San
Finna N°458 du
07 au 13 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
MANIFESTE
POUR LA REFONDATION NATIONALE
DU CONTENU ET DE LA MISE EN ŒUVRE
Au
moment de boucler, voici le Manifeste pour la Refondation
que nous avons reçu des « Refondateurs ».
Parmi les signataires de ce Manifeste, il y a comme on
dit des « balèzes », des hommes dont
l’empreinte est incontestable dans l’histoire
de ce pays. Parmi ceux-ci, on compte des anciens ministres
d’Etat, des anciens ministres, députés,
grands syndicalistes, conseillers municipaux. Si les règles
du jeu avaient été respectées et
si comme Salif Diallo l’a dernièrement confessé
avec courage, certains des partis qu’ils dirigent
n’avaient été systématiquement
déstabilisés, privés de leur suffrage,
la configuration de nos institutions (Exécutif,
Législatif, Judiciaire…) et la qualité
de notre gouvernance seraient différentes aujourd’hui.
Ce sont donc ces hommes politiques, qui n’ont jamais
été pour nombre d’entre eux indifférents
aux grandes crises nationales, qui proposent la Refondation.
Ca ne peut pas passer inaperçu, ni au-dedans ni
au dehors du pays, à moins que la volonté
ne soit encore et toujours pour la fuite en avant, les
demi mesures qui ne touchent pas au fond des problèmes,
qui préservent les petits intérêts
au lieu de l’intérêt général.
Lisez donc ce véritable Appel au sursaut qu’ils
viennent de lancer au pouvoir en particulier et au peuple
dans son entièreté !
PREAMBULE
En
Afrique comme dans le reste du monde, la démocratie
est attaquée à l’intérieur
des pays par la dénaturation du mandat populaire
en raison de la substitution de la volonté des
gouvernants à celle des gouvernés. Il s’agit
là d’une dysfonction institutionnelle historique
qui favorise la démocratie d’opinion et plus
encore, la mondialisation ultralibérale qui transfère
la souveraineté des peuples vers les organisations
financières internationales.
Notre pays vit, en plus de la crise générale
de la représentation, une crise de régime,
doublée d’une crise de société
qui l’expose, si des réformes structurelles
ne sont pas opérées, à une explosion.
Les séries d’émeutes passées
sont à cet égard des signes avant-coureurs,
à ne point prendre à la légère.
La situation aurait pu être moins graves si nous
n’avions pas raté depuis les années
90, des occasions historiques qui nous engageaient déjà
dans la voie de la refondation telles: la table ronde
des partis politiques, le forum de réconciliation
nationale, la conférence nationale, la mise en
œuvre du Rapport du Collège de sages, les
processus électoraux…etc.
Nous sommes convaincus tout particulièrement que
la non application des conclusions et recommandations
du Collège de sages, auquel nous rendons un hommage
particulier, restera sans aucun doute comme l’un
des plus grands gâchis dans l’histoire politique
du Burkina, l’une des raisons profondes de la déchéance
sociopolitique que connaît notre pays. C’est
en tenant compte de la dimension globale et multiforme
de la crise actuelle que la refondation de la gouvernance
nationale est préconisée comme la solution
indispensable.
Le présent manifeste constitue un message, il est
notre appel à tous les patriotes, et démocrates
du pays, les politiques comme les acteurs de la société
civile pour prendre en charge cette œuvre de refondation
nationale. C’est aussi notre engagement à
contribuer au changement tant souhaité par les
populations car, en dépit de toutes les entraves
et adversités de toute nature, notre peuple n’est
pas fataliste, il est capable de s’assumer en toute
souveraineté.
En proposant ce manifeste, les forces signataires savent
que la refondation ne pourrait être une question
véritablement nationale que si elle est perçue
comme une œuvre commune à tous ceux qui aspirent
au changement ! C’est pourquoi notre démarche
s’appuie fortement sur le Rapport du Collège
de Sages comme document fondamental de référence
dans l’œuvre de refondation.
LES
OBJECTIFS DE LA REFONDATION
La
refondation ne repose pas sur la politique de la «
tabula rasa » ; elle projette, tout en sauvegardant
les acquis, de recadrer la gouvernance en la remodelant
au niveau des structures, des comportements et des ressources
humaines. Elle se fixe ainsi les objectifs essentiels
ci après:
La réorientation du processus de démocratisation
;
La réhabilitation du politique et de la politique
;
La remise en confiance du peuple ;
La réappropriation par le peuple des biens collectifs
du pays ;
Une concertation sans exclusive afin de promouvoir un
nouveau contrat social.
PREMIERE
PARTIE
DES LECONS MAL APPRISES DU PASSE ET DE LA CRISE CONTINUEE
I.
HERITAGE COLONIAL
En
Afrique francophone, l’évolution normale
de nos pays vers la démocratie et les indépendances,
initiée à partir de la Constitution française
de 1946, a été contrariée et bloquée
par la constitution putschiste de 1958 du Général
de Gaulle dont des copies tropicalisées ont été
imposées à nos peuples par des régimes
successifs à la dévotion des intérêts
français. C’est ce qui explique notamment
les crises récurrentes qui ont secoué nos
pays à l’occasion de chacune desquelles chaque
peuple a essayé de trouver des solutions, tout
en essayant d’inventer une démocratie qui
garantisse les libertés fondamentales, les droits
humains, une gestion responsable et transparente des affaires
publiques, une meilleure représentation de la volonté
populaire et une meilleure répartition de la richesse
nationale.
II.
LES EXPERIENCES NATIONALES
Le
Peuple burkinabé a une riche expérience
de la gestion des crises et a fait preuve d’un véritable
génie inventif pour trouver la forme de démocratie
qui lui convient, ne se départissant pas des principes
universels. Ce sont des gouvernants qui, toujours, à
peine sortis des périodes chaudes des crises, ont
remis en cause les consensus démocratiques de gestion
des affaires. On peut à titre illustratif citer
: la crise de 1966 et tout ce qui a été
mis en œuvre et les immenses sacrifices consentis
par le peuple pour sortir de la crise et redresser le
pays ; la crise de 1975 a été surmontée
en 1976 par la mise en place d’une Commission spéciale,
véritable conférence nationale souveraine
avant la lettre pour inventer une forme démocratique
consensuelle de gestion des affaires du pays ; la crise
de 1987 a vu naître plusieurs initiatives de solutionnement
démocratique jusqu’à l’avènement
de la 4ème République ; la crise de 1998,
plus profonde et plus sérieuse, a vu le peuple
dans toutes ses composantes, dans un sursaut patriotique,
se mobiliser en acceptant comme plateforme de sortie de
crise, le Rapport et les recommandations du Collège
de Sages initié par le président du Faso
lui-même.
Depuis la relecture unilatérale du code électoral,
l’escamotage des recommandations du Collège
de sages, après l’organisation de la Journée
du pardon, le refus du pouvoir d’appliquer les autres
recommandations, le Burkina Faso n’a cessé
de replonger dans une crise profonde.
III.
LA CRISE PERMANENTE
Les
révélateurs de cette retombée dans
la crise ont été successivement les protestations
et les revendications des organisations syndicales et
des partis politiques, les mutineries dans les casernes,
les différentes émeutes jusqu’à
celle de février 2008 contre la vie chère
et les mouvements de protestations en cours des organisations
syndicales. Il n’y a plus aucun doute : le Burkina
Faso est en pleine crise, et au nombre des principales
causes de cette crise, s’inscrit la culture politique
de la classe dirigeante actuelle qui est convaincue qu’elle
peut rouler le peuple dans toutes ses composantes, pour
poursuivre ses entreprises de prédation et de violence
politique.
Le pouvoir actuel doit reconnaître qu’il y
a crise.
DEUXIEME
PARTIE
LA GOUVERNANCE NATIONALE LEGITIME
DIALOGUE REFONDATEUR INCLUSIF ET REPUBLICAIN
(Du Contenu et de la mise en oeuvre)
I-
DU CONTENU
*
La refondation au plan institutionnel et politique
Le
cœur du problème, c’est la crise des
institutions et la faillite de la représentation
politique. C’est là le mal originel qui bouche
les artères du corps social, entraînant toutes
les manifestations cliniques qu’on observe en terme
de monarchisation du régime, de récupération
du pouvoir judiciaire, d’impunité, d’insécurité,
de désespérance en la démocratie,
de corruption, de mauvaises politiques sectorielles, de
fracture sociale et nationale source d’émeutes
récurrentes.
La
priorité sera la reconstruction d’un système
politique reposant sur des institutions de contrepoids,
une véritable séparation des pouvoirs, un
président élu au suffrage universel direct
dans le cadre du régime présidentiel pur
ou semi-présidentiel et une assemblée élue
dans les mêmes conditions tout en limitant les risques
de concurrence entre les deux pouvoirs, ou bien un régime
parlementaire avec un premier Ministre nommé au
sein de la majorité parlementaire, responsable
devant la représentation nationale et un président
élu par celle-ci.
L’organe judiciaire sera véritablement émancipé
de l’Exécutif avec un Conseil supérieur
de la Magistrature désaffilié du pouvoir
politique et une Haute Cour de justice qui, outre ses
attributions actuelles, sera compétente pour juger
tout citoyen accusé de crimes exceptionnels contre
les droits humains.
La réforme concernera le Conseil constitutionnel
(prérogatives, composition, saisine…).
Il
faudra ensuite réhabiliter le droit de suffrage
et celui des partis. Ce qui se fera en reconnectant la
décision et le contrôle, en combattant toutes
les formes de manipulation électorale pour redonner
au Peuple les moyens d’être le propre gardien
de son pouvoir :
-reconnaissance de l’initiative législative
et référendaire, du droit de révocation
des mandats
-promotion au rang de principes intangibles (comme c’est
le cas de la forme républicaine de l’Etat),
de l’impossible révision de la limitation
des mandats à deux termes, de la révocation
des droits à la désobéissance civile
et à la résistance à l’oppression.
- garantie effective de la démocratie par l’assainissement
du cadre d’expression politique (conditions de création,
de financement et de fonctionnement des partis politiques,
des médias, du CSC, de la CENI, de la dépolitisation
de l’administration, interdiction de mise en place
de structures partisanes en son sein ce qui suppose la
fin de la collusion entre le parti au pouvoir et l’Etat
(Parti Etat).
- délimitation claire des rôles respectifs
des partis politiques et des organisations de la société
civile pour mettre fin au risque d’instrumentalisation
et de confrontation de ces deux pôles.
- droit de vote obligatoire, mais en contrepartie tenir
compte des votes nuls et d’un seuil de 50 % pour
valider le scrutin.
L’armée nationale sera réhabilitée,
modernisée, dépolitisée et ramenée
au respect du cantonnement juridique et territorial. La
révision du statut des militaires sera une réalité,
les méthodes de recrutement des jeunes, revues,
pour mettre fin aux passe-droits. Les primes d’installation
seront servies aux militaires partis en retraite et qui
n’en ont pas encore bénéficié.
*
La refondation au plan économique et social
Malgré
les satisfecit du FMI et le taux de croissance stabilisé
de 6 %, le secteur économique et social est en
difficulté prononcée. La paupérisation
s’aggrave, le chômage gagne tous les secteurs.
Les jeunes désertent l’arrière-pays
et envahissent les villes. La famille nucléaire
éclate et les mœurs se délitent avec
en toile de fond, une valse sans fin des étiquettes.
L’endettement hypothèque l’avenir du
pays en particulier celui de la jeunesse.
Il y a une collusion monstrueuse entre responsables politiques
et acteurs économiques, ce qui fausse la concurrence
grâce aux délits d’initiés et
aux monopoles.
Il
faut réduire le train de vie de l’Etat, abandonner
les projets dispendieux et surréalistes, refonder
les politiques d’intervention sociale au niveau
de l’éducation, de la santé, réexaminer
les privatisations et supprimer les monopoles accordés
à certains opérateurs économiques
pour les importations des produits de grande consommation
: riz, sucre, huile, nescafé, savon…etc.
Face à la crise actuelle deux importantes options
: revaloriser ce qui est produit par nous en particulier
les cultures vivrières et rendre transparente la
politique des Prix.
Il faut réformer la fiscalité pour la mettre
au service d’une meilleure redistribution des richesses.
Des mesures de valorisation du pouvoir d’achat des
populations seront prises : revalorisation du capital
national ; augmentation des salaires ainsi que l’allocation
des étudiants.
Il faudra opérer l’état des lieux
des politiques de jeunesse et d’emploi, se tourner
résolument vers les secteurs de l’informatique
porteurs d’avenir et impliquer les entreprises dans
la politique d’emplois et le financement des projets
de jeunes.
Le rôle et la place des chefs coutumiers devront
faire l’objet d’une réflexion sérieuse
et concertée.
*
La refondation de la politique extérieure
L’Etat
doit être doté d’une nouvelle politique
extérieure structurée et adaptée
aux impératifs d’intégration régionale
et de la mondialisation.
Il s’agit ici d’abandonner la diplomatie de
prestige, de leadership et d’ingérence qui
sert d’autres intérêts que ceux du
peuple. Par ailleurs il faut promouvoir de projets à
forte intensité d’intégration, par
des investissements dans les zones frontalières,
par le développement de « joint venture »,
par des traités portant sur la régulation
de flux migratoires…, etc. Au plan continental,
la politique sera de réformer l’Union africaine
pour donner plus de pouvoirs à la commission et
pour transférer au niveau continental, certaines
prérogatives nationales telles que celles relatives
à la défense, la diplomatie, la monnaie
et l’environnement entre autres.
II.-
DE LA MISE EN OEUVRE
*
Stratégie interne propre aux refondateurs
Les
refondateurs sont porteurs d’un projet ; ils doivent
arrêter la démarche la plus appropriée
pour sa réalisation.
La toute première priorité pour eux, c’est
de s’identifier, de délimiter le champ de
la refondation et d’adopter un agenda général
de travail.
Il leur faudra après s’associer aux bonnes
volontés qui partagent le même objectif.
Il s’agira ici, au-delà des partis politiques,
d’élargir les rangs en oeuvrant avec les
autres structures de la société civile,
les ONG, les associations, les syndicats avec les intellectuels,
les étudiants… qui sont également
convaincus que la Refondation est la solution à
la crise nationale.
Une plate-forme élargie devra consacrer la volonté
de lutte commune des structures politiques et sociales,
avec une coordination bicéphale. L’accent
doit être mis ici, à cette étape de
la lutte commune, sur tous les moyens d’information,
de vulgarisation du concept et de la plateforme.
*
Stratégie externe propre au pouvoir
Il
faut être deux pour entreprendre un dialogue ; alors
il faut porter l’exigence devant le chef de l’Etat
qui doit, conformément à l’article
36 de la Constitution alinéa 3 qui lui accorde
les prérogatives de fixer les grandes orientations
de la politique de l’Etat, jouer sa partition.
Il le fera en réévaluant les politiques
induites du mythe de la stabilité et de la croissance
positive harmonisée pour prendre les mesures qui
s’imposent.
La Constitution lui offre notamment à travers les
articles 49, 50, 51, 59…, toutes les possibilités
pour permettre la gestion, dans le respect de nos lois,
de la période de la refondation comme de renouvellement
proprement dit des institutions.
A cette étape de notre démarche, le but
poursuivi par notre Manifeste, c’est de réintroduire
à l’échelle du pays, le débat
pour le changement, afin de forger un consensus national
large et durable qui favorise la mise en œuvre des
conclusions et recommandations historiques de toutes les
occasions manquées depuis une vingtaine d’années
qui sont encore d’actualité et qui viennent
enrichir les orientations et options du présent
Manifeste.
Les signataires saluent toutes les initiatives annoncées
ou en cours, individuelles ou organisées (notamment
dans le cadre de la société civile qui se
bat contre la vie chère) qui participent du règlement
en profondeur de la crise.
Ils invitent le pouvoir et tous ceux qui lui sont assujettis
à ne pas reproduire les schémas du passé
en biaisant avec les causes profondes du ras le bol, en
cherchant des faux fuyants et des solutions partielles
aux seules fins de protéger des intérêts
particuliers. Le dialogue doit être soutenu par
la bonne foi et une volonté de ne pas répudier
les engagements pris.
Les signataires en appellent à une mobilisation
citoyenne inclusive qui vise la résolution du mal
vivre national de façon globale. Ils invitent en
conséquence le peuple burkinabé dans ses
différentes composantes à un sursaut patriotique
pour refonder la gouvernance nationale.
C’est la voie de la sagesse qui nous permettra de
préserver les acquis et d’instaurer une gouvernance
responsabilisée au bénéfice de tous.
Fait
à Ouagadougou, le 05 Avril 2008
Ont signé :
-
L’Autre Burkina/PSR
-
Parti Africain de l’Indépendance (PAI)
Président
national
Dr Alain ZOUBGA
Secrétaire
G énéral
Soumane TOURE
-
Parti Ecologiste pour le Développement du Burkina
(PEDB)
-
Parti Républicain pour l’Intégration
et la Solidarité (PARIS)
Président
Yacouba TOURE
Président
Cyril GOUNGOUNGA
-
Parti national républicain/Juste Voie
-
Parti Socialiste Paysan (PNR/JV) (PSP)
Président
Christian KONE
Président
Dr Jean-Jacques ZEBA
-
Rassemblement des Ecologistes du Burkina Faso (RDEBF)
-
Union pour la Démocratieet
le Développement (UDD)
Président
Ram
OUEDRAOGO Clément
Président
Toubé DAKIO
-
Union Nationale pour la Démocratie et le Développement
(UNDD)