San
Finna N°459 du
14 au 20 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
JACK
LANG BRISE L’OMERTA FRANÇAFRICAINE
ET PROVOQUE UN RAFFUT DU DIABLE
Depuis
la visite de Jack Lang en Côte d’Ivoire, on
ne lit plus que des articles du style : « …Jack
Lang a rendu visite au dictateur Gbagbo ; il est allé
s’éclater en boîte de nuit avec Gbagbo
pendant que les Ivoiriens meurent dans les manifestations
contre la vie chère… ». Que penser
de tout ce matraquage médiatique ?
Jack
Lang, rompant une quarantaine observée par
quasiment toutes les forces politiques à
l’époque de Jacques Chirac mais aussi
de Nicolas Sarkozy, s’est effectivement rendu
en Côte d’Ivoire pour des contacts tous
azimuts. Cet éminent membre du Parti Socialiste
a rencontré les représentants significatifs
de la classe politique (Bédié, Ouattara,
Soro…) et il a aussi rencontré le président
Laurent Gbagbo.
Avec
lui, il a visité quelques sites de réalisation
des grands travaux, des hôpitaux… Il
s’est fait expliquer au cours de ces rencontres,
certains évènements que le pays a
vécus comme l’attaque de Bouaké.
Et puis, la délégation socialiste
a accepté d’accompagner le numéro
un ivoirien dans l’un des quartiers les plus
populaires de la capitale, véritable coupe-gorge
selon les uns, pour toucher du doigt les réalités
sociales dans ce milieu internationalement connu.
Sans sécurité particulière,
ils ont marché plus de 800 mètres
et pour rentrer dans le tempérament du milieu,
ils sont allés dans la boîte de nuit
appartenant à Didier Drogba, et là
ils ont esquissé quelques pas de danse filmés,
semble-t-il, par des amateurs.
Jack Lang
Il n’en a pas fallu plus pour que, de tous les coins
de France et de Navarre, viennent de certains milieux,
des critiques, nous replongeant en pleine transe comme
au plus chaud de la guerre punitive, pour refus de déstabilisation
et d’exploitation de ses ressources, contre la Côte
d’Ivoire.
Au cours d’une émission sur la chaîne
française I Télé, des personnalités
au nombre desquelles un ministre du gouvernement, ont
remis au goût du jour les clichés tant véhiculés
par les médias en uniforme sur Gbagbo le Boulanger,
l’Ivoiritaire…
Plusieurs conclusions s’imposent.
La
Coalition anti-Gbagbo a des racines et des complicités
très profondes. Elle survit au départ
de Jacques Chirac. Cette complicité (incompréhensible
alors que face à l’impuissance de la
communauté internationale, les protagonistes
ont avancé dans la sortie de crise) ne peut
que convaincre de l’insatisfaction d’une
certaine élite politique et économique
de voir les Ivoiriens réussir dans la reconquête
de leur concorde, de leur unité…
Laurent
Gbagbo
Les
Ivoiriens et les Africains comprendront encore mieux
le complot permanent dont le continent reste la
victime.
Jack Lang et nombre de socialistes français
ont fait le choix de l’avenir (même
si au sein du parti, on peut comprendre qu’il
y ait encore des irréductibles !), celui
de la mémoire et de la nécessaire
restauration des bonnes relations entre le PS et
le FPI comme celles entre la France et la Côte
d’Ivoire.
Ils ont aussi pris l’option de traquer la vérité
dans ce dossier en demandant une commission d’enquête
internationale ; une commission qui ferait la lumière
sur le comportement des forces françaises en Côte
d’Ivoire et notamment à l’occasion
et à la suite des évènements de Bouaké.
Après avoir fait le point sur place et compris
la force déstabilisatrice des médias aux
ordres, Jack Lang reconduit cette exigence du PS. On ne
comprendrait pas qu’on la rejette, à moins
que le souci de la vérité, de la réconciliation,
ne soit pas également partagé en France
dans tous les segments de la vie politique et économique
!
Quant à ceux qui critiquent bêtement le fait
qu’il soit allé en boîte de nuit pour
« s’éclater » alors que le lendemain,
il y avait un mort suite aux troubles contre la vie chère,
on pourrait rétorquer : mais est-ce que Jack Lang
pouvait savoir qu’il y aurait un mort suite le lendemain,
suite à des émeutes ? Qui plus est, la délégation
est restée surtout à l’extérieur
avec les Ivoiriens, la danse filmée et dénigrée
n’a duré que quelques minutes et ce n’est
pas un crime. Au contraire, c’est tout un symbole
: celui du pays qui est sur le chemin de la paix définitive
et qui a le droit de se réjouir de cette perspective.
10 minutes d’attitude positive en boîte de
nuit pour un pays qui sort de la plus grave crise de son
histoire ne valent vraiment pas tout ce déchaînement
de haine médiatique, à moins que ceux qui
appuient sur ce petit fait et qui ont tant misé
sur le départ de Laurent Gbagbo n’aient pas
encore totalement désarmé !