CRISE
AU FASO
CE MANQUE D’ETAT QUI INQUIETE
Lorsque
dans un Etat, la rumeur prend la place de la communication démocratique,
que par presses interposées, la guerre des clans fait rage
entre éléments du pouvoir, on peut se dire qu’il
y a quelque chose qui se déglingue dans la machine. Lorsqu’en
plus, devant les effets conjugués des tensions nationales
et internationales, la gouvernance manque de réponses appropriées
pour calmer la colère montante des populations, alors là
on se dit que l’Etat déserte de son espace et de
ses obligations. C’est cette impression qui règne
actuellement au Burkina Faso alors que le dernier coup de gueule
des émeutiers de février est loin de s’être
dissipé ainsi qu’en attestent les ralliements aux
manifestations et mots d’ordre de grève lancés
par les syndicats et autres organisations de la société
civile.
En témoignent également
les mobilisations toujours constantes au niveau de plusieurs secteurs
de la vie nationale et qui renforcent le courant de tous ceux
qui sont maintenant convaincus que les choses ne peuvent plus
continuer comme avant, qu’il faut que ça change !
C’est apparemment ce sentiment
que ne semble pas encore bien percevoir le pouvoir qui tarde à
s’exprimer à due hauteur du mécontentement
national. En Côte d’Ivoire, en Haïti, la rue
a grondé et les pouvoirs dans ces pays ont pris des mesures
adaptées tout en communiquant au niveau le plus élevé.
Non seulement chez nous le peuple n’a pas droit à
une véritable explication mais on sent en arrière-plan
un travail dangereux des conservateurs et autres courtisans.
On voudrait
snober les protestations populaires en surfant sur les
causes exogènes de la crise qui frappe indistinctement
nombre de pays africains. On oublie que si effectivement,
le Burkina Faso, pays pauvre et enclavé, sans pétrole
(important une grande partie de ses besoins alimentaires)
est dépendant des données de la vie économique
et financière internationale, il a aussi ses propres
responsabilités endogènes qui découlent
de ses politiques conjoncturelles inadaptées et
d’une gouvernance qui laisse à désirer
tellement elle a creusé la fracture sociale et
nationale. Les gouvernants ne veulent pas reconnaître
cette réalité. |

Marche
du 15/03/2008 |
Cela choque
au moment même où la communauté internationale
prend la mesure de la situation et que criant au désastre,
le FMI, la Banque Mondiale, l’Union européenne
s’engagent à doubler l’aide alimentaire
à l’Afrique. Le moins que l’on puisse
faire face à cette mobilisation en cours pour nous
laver le dos, c’est de nous donner la peine de nous
rincer le visage, comme dit l’adage. L’Etat
devrait avec responsabilité s’atteler à
faire le point de la situation, à préparer
les décisions de fond à la mesure des défis. |
Mais l’Etat ne se fait plus
tellement sentir, et cela est d’autant plus inquiétant
que partout, on nous dit que la crise internationale est partie
pour au moins 10 ans, qu’elle oblige à envisager
rapidement le renouvellement de la politique de l’aide,
de la politique agricole en la liaisonnant avec ces phénomènes
globaux que sont l’explosion démographique, les changements
climatiques, la diminution des terres consacrées à
la culture vivrière au profit des biocarburants…
Bref, à problème structurel, il faut rapidement
des réponses structurelles sinon ce sont des millions de
morts qui s’annoncent, surtout en Afrique. Ne serait-ce
qu’en raison de la vigueur de cette sonnette d’alarme,
nous devrions accepter de reconnaître que nous sommes entrés
dans une période de crise. Même les Etats européens
le reconnaissent et s’organisent en interne comme dans le
cadre européen pour faire face aux défis collectifs.
L’Etat burkinabé
est manifestement en retard de sensibilisation, d’organisation
et de mobilisation. Attitude qui frise d’autant plus la
désinvolture qu’il est une victime de choix de cette
catastrophe en marche et que surtout, il vient d’avoir la
preuve que ventre affamé n’a point d’oreilles.
Il nous fait faux bond quand il devrait déjà être
à la bourre pour remplir sa part d’obligations et
promouvoir un consensus national le plus large possible afin de
préparer les Burkinabé à une nouvelle gouvernance
qui suppose d’énormes sacrifices de la part de tous.
Curieusement,
on l’aura remarqué, c’est justement au moment
où l’on a besoin de sentir les effets tant vantés
de la stabilité, du renforcement de l’Etat, de l’institutionnalisation
des pouvoirs, que le pouvoir se fait évanescent. Il ne
pointe tout au plus le bout du nez que pour faire des propositions
telles que la réduction des missionnaires à l’étranger,
l’interdiction faite aux ministres de sortir avec leurs
4/4… dont on se gausse tant elles sont insusceptibles de
changer les choses et surtout de préparer le peuple aux
chocs annoncés. Cette vacuité de l’Etat angoisse
et convainc d’autant plus qu’il y a comme un ver dans
le fruit qu’on n’entend pas le chef de l’Etat,
qu’ on ne sent même pas venir des répliques
du parti majoritaire et des structures satellites des tontons,
tanties… (d’habitude si remuants). Ils sont neutralisés
par des querelles intestines et tout cela n’augure rien
de bon pour la République !