Mise à jour le 13/04/2008
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San Finna N°459 du 14 au 20 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FAUT-IL, FACE A LA CRISE, OPTER POUR LA REFONDATION OU LA REVOLUTION ?

Le fait que le Burkina Faso soit en situation de crise ne pose plus véritablement de problèmes sauf pour quelques esprits qui frisent la mauvaise foi. Mais là où les débats sont assez vifs, c’est par rapport au remède à apporter. Si pour les uns, il faut aller dans le sens de réformes profondes et notamment dans celui d’une refondation qui préserve les acquis, pour les autres, il est trop tard : seule une révolution peut guérir le pays de son mal qui le ronge. Deux sons de cloche.

LA REFONDATION : LA JUSTE OPTION

C’est vrai qu’on en trouve encore pour affirmer qu’il n’y a rien au village sauf à la limite une petite mésintelligence au niveau du gouvernement et que tout -comme d’habitude- rentrera bien vite dans l’ordre. En vérité, il s’agit là de quelques conservateurs soucieux de préserver leurs privilèges mais qui peinent à convaincre. Nul au Burkina Faso n’ignore que la situation est sur la pente glissante. Non seulement après 20 ans d’exercice du pouvoir en solitaire, c’était prévisible mais au-delà de son usure naturelle, le pouvoir a accumulé des chocs qui lui viennent de l’extérieur mais qui découlent aussi de la nature de sa gouvernance. Tout cela a atteint un stade critique. Si le premier Ministre lui-même parle de la nécessité de profondes réformes, c’est qu’il y a des dysharmonies, des dysfonctionnements auxquels il faut au plus vite s’attaquer. La question maintenant est celle de savoir comment mettre en œuvre ces réformes, jusqu’où les conduire. Les Refondateurs disent qu’il faut éviter les replâtrages, accepter courageusement et avec humilité une pause réparatrice. Ils n’ont pas tort car lorsqu’on passe en revue les différents secteurs de la vie nationale, on en trouve rarement qui estiment que tout est satisfaisant, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans la justice, dans le commerce, dans le monde agricole, dans l’armée, dans la fonction publique…, les demandes sont aux réajustements et même aux ruptures. Il en va de même pour ce grand chantier de la démocratie où l’on n’en finit pas de dénoncer les sorties de route inquiétantes. Sur la question, même les partenaires habituellement si conciliants avec le pouvoir, osent maintenant donner des mauvais points. La refondation dont il est question n’est ni un condensé de réformettes ni la solution par la révolution ; c’est la part de sacrifice patriotique pour sauvegarder l’essentiel. Ce n’est pas Ibrahim Tamboura, commerçant, qui dira le contraire, lui qui clame qu’ « On peut arranger les choses sans tout casser, sans faire couler le sang. On a déjà vu ça dans le passé, ça n’a pas servi. Il est plus facile de détruire que de construire ». Opinion partagée par Ali Kaboré, Etudiant à Ouagadougou, pour qui la refondation conçue comme mode de réforme par le dialogue républicain inclusif est la Solution capable de déboucher sur un nouveau contrat social qui préserve le pays de l’aventure. De fait, ceux qui s’accrochent à cette idée de refondation ne sont pas idiots : ils savent que le coup d’Etat nous mènera nulle part, nous fera régresser mais ils savent aussi que des mesurettes concédées avec en plus à l’idée de reprendre d’une main ce qu’on aura donné de l’autre, compte tenu des problèmes monstres que connaît le Faso, ne servira à rien du tout. Alors, il faut pas hésiter : une vraie et belle refondation décidée d’accord partie, et non une révolution, c’est vraiment ce qu’il nous faut !





TOMI.

LA REVOLUTION : LA SEULE OPTION

Depuis la célébration du vingtième anniversaire du 15 Octobre, qui a vu la participation de Mariam Sankara aux côtés des Sankaristes, tout le monde sait que le cœur de beaucoup de jeunes Burkinabé a basculé vers la révolution. Cela s’est fait avec d’autant plus de naturel qu’ils ont de cette période qu’ils n’ont pas connue, une adhésion mythique renforcée par la perte des perspectives que leur offre le quotidien sous la 4ème République. Nul autant que les jeunes ne vivent dans le corps et l’esprit des dures conditions de la crise que traverse le pays. Prescrire donc la refondation comme remède à cette dernière relève d’une naïveté renversante. C’est partir d’une double méprise. La première, c’est de croire qu’il est possible, en offrant le rachat au pouvoir en place, de l’amener à changer au point d’être disposé à perdre un peu de ses privilèges. Erreur : comme la presse le montre abondamment ces temps-ci, depuis que la refondation est proposée, ces gens-là n’ont pas le sentiment que quelque chose peut troubler leur règne éternel. La refondation est une hérésie à leurs yeux. Le pays est pour eux, il doit le rester envers et contre tout. Et ils ne sont pas prêts à laisser prendre de simples coups de sang entre eux pour un tsunami politique. Ils peuvent tout au plus, par stratégie, faire semblant d’être intéressé par l’idée mais avec en arrière-pensée comme ils l’ont toujours fait, de vider la refondation de tout contenu au cas où… Deuxième méprise : proposer la refondation, c’est croire qu’on peut encore réparer ce qui est gâté. Re-erreur : quand c’est gâté fini comme on dit, c’est gâté pour toujours! Nous nous trouvons dans la situation type où le mal est si profond qu’il faut changer, et les structures, et les hommes qui les ont incarnées. Nous sommes même plus encore dans la situation où il faut révolutionnariser les mentalités, les décaper de toutes les strates de corruption, de mensonges, de violences, de fraudes, qui ont créé de nouvelles références sociales à l’opposé de celles héritées de nos ancêtres et des valeurs universelles de justice, de démocratie, de soumission à l’empire du droit. Kouldiaty Jean-Marie, enseignant dans le privé, a son opinion bien arrêtée là-dessus : « Au temps de la révolution, nous n’avions peut-être pas la démocratie mais nous avions la solidarité, la bonne gestion. La corruption n’avait pas droit de cité, le travail était valorisé et l’on apprenait à inculquer à la jeunesse, l’intérêt de compter sur nos propres moyens, de consommer nos propres productions. Pour moi, c’était la belle époque et je ne vois aucune possibilité de réparer le mal qui a été fait à notre pays en dehors d’un changement radical qui pour moi, se nomme la Révolution ». Voilà qui conforte la position de tous ceux qui disent qu’il ne faut pas perdre de temps, qu’il faut passer aux choses sérieuses en arrêtant de rêver debout à une refondation à laquelle les tenants du pouvoir ne sont même pas prêts ! Vive la révolution pour que renaisse le Burkina Faso, pays des hommes intègres !


TOZI.

Citation de la semaine

«Les salaires doivent être maniés avec beaucoup de prudence, car, de nos jours, la masse salariale totale couvre 47% des recettes de l’Etat»

Ministre des Finances, Jean-Baptiste COMPAORE
(qui disait ignorer le jour où interviendrait
la prochaine augmentation de salaire )






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