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LA REFONDATION : LA JUSTE OPTION
C’est
vrai qu’on en trouve encore pour affirmer
qu’il n’y a rien au village sauf à
la limite une petite mésintelligence au niveau
du gouvernement et que tout -comme d’habitude-
rentrera bien vite dans l’ordre. En vérité,
il s’agit là de quelques conservateurs
soucieux de préserver leurs privilèges
mais qui peinent à convaincre. Nul au Burkina
Faso n’ignore que la situation est sur la
pente glissante. Non seulement après 20 ans
d’exercice du pouvoir en solitaire, c’était
prévisible mais au-delà de son usure
naturelle, le pouvoir a accumulé des chocs
qui lui viennent de l’extérieur mais
qui découlent aussi de la nature de sa gouvernance.
Tout cela a atteint un stade critique. Si le premier
Ministre lui-même parle de la nécessité
de profondes réformes, c’est qu’il
y a des dysharmonies, des dysfonctionnements auxquels
il faut au plus vite s’attaquer. La question
maintenant est celle de savoir comment mettre en
œuvre ces réformes, jusqu’où
les conduire. Les Refondateurs disent qu’il
faut éviter les replâtrages, accepter
courageusement et avec humilité une pause
réparatrice. Ils n’ont pas tort car
lorsqu’on passe en revue les différents
secteurs de la vie nationale, on en trouve rarement
qui estiment que tout est satisfaisant, que tout
va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans
la justice, dans le commerce, dans le monde agricole,
dans l’armée, dans la fonction publique…,
les demandes sont aux réajustements et même
aux ruptures. Il en va de même pour ce grand
chantier de la démocratie où l’on
n’en finit pas de dénoncer les sorties
de route inquiétantes. Sur la question, même
les partenaires habituellement si conciliants avec
le pouvoir, osent maintenant donner des mauvais
points. La refondation dont il est question n’est
ni un condensé de réformettes ni la
solution par la révolution ; c’est
la part de sacrifice patriotique pour sauvegarder
l’essentiel. Ce n’est pas Ibrahim Tamboura,
commerçant, qui dira le contraire, lui qui
clame qu’ « On peut arranger les choses
sans tout casser, sans faire couler le sang. On
a déjà vu ça dans le passé,
ça n’a pas servi. Il est plus facile
de détruire que de construire ». Opinion
partagée par Ali Kaboré, Etudiant
à Ouagadougou, pour qui la refondation conçue
comme mode de réforme par le dialogue républicain
inclusif est la Solution capable de déboucher
sur un nouveau contrat social qui préserve
le pays de l’aventure. De fait, ceux qui s’accrochent
à cette idée de refondation ne sont
pas idiots : ils savent que le coup d’Etat
nous mènera nulle part, nous fera régresser
mais ils savent aussi que des mesurettes concédées
avec en plus à l’idée de reprendre
d’une main ce qu’on aura donné
de l’autre, compte tenu des problèmes
monstres que connaît le Faso, ne servira à
rien du tout. Alors, il faut pas hésiter
: une vraie et belle refondation décidée
d’accord partie, et non une révolution,
c’est vraiment ce qu’il nous faut !
TOMI. |
LA
REVOLUTION : LA SEULE OPTION
Depuis
la célébration du vingtième
anniversaire du 15 Octobre, qui a vu la participation
de Mariam Sankara aux côtés des Sankaristes,
tout le monde sait que le cœur de beaucoup
de jeunes Burkinabé a basculé vers
la révolution. Cela s’est fait avec
d’autant plus de naturel qu’ils ont
de cette période qu’ils n’ont
pas connue, une adhésion mythique renforcée
par la perte des perspectives que leur offre le
quotidien sous la 4ème République.
Nul autant que les jeunes ne vivent dans le corps
et l’esprit des dures conditions de la crise
que traverse le pays. Prescrire donc la refondation
comme remède à cette dernière
relève d’une naïveté renversante.
C’est partir d’une double méprise.
La première, c’est de croire qu’il
est possible, en offrant le rachat au pouvoir en
place, de l’amener à changer au point
d’être disposé à perdre
un peu de ses privilèges. Erreur : comme
la presse le montre abondamment ces temps-ci, depuis
que la refondation est proposée, ces gens-là
n’ont pas le sentiment que quelque chose peut
troubler leur règne éternel. La refondation
est une hérésie à leurs yeux.
Le pays est pour eux, il doit le rester envers et
contre tout. Et ils ne sont pas prêts à
laisser prendre de simples coups de sang entre eux
pour un tsunami politique. Ils peuvent tout au plus,
par stratégie, faire semblant d’être
intéressé par l’idée
mais avec en arrière-pensée comme
ils l’ont toujours fait, de vider la refondation
de tout contenu au cas où… Deuxième
méprise : proposer la refondation, c’est
croire qu’on peut encore réparer ce
qui est gâté. Re-erreur : quand c’est
gâté fini comme on dit, c’est
gâté pour toujours! Nous nous trouvons
dans la situation type où le mal est si profond
qu’il faut changer, et les structures, et
les hommes qui les ont incarnées. Nous sommes
même plus encore dans la situation où
il faut révolutionnariser les mentalités,
les décaper de toutes les strates de corruption,
de mensonges, de violences, de fraudes, qui ont
créé de nouvelles références
sociales à l’opposé de celles
héritées de nos ancêtres et
des valeurs universelles de justice, de démocratie,
de soumission à l’empire du droit.
Kouldiaty Jean-Marie, enseignant dans le privé,
a son opinion bien arrêtée là-dessus
: « Au temps de la révolution, nous
n’avions peut-être pas la démocratie
mais nous avions la solidarité, la bonne
gestion. La corruption n’avait pas droit de
cité, le travail était valorisé
et l’on apprenait à inculquer à
la jeunesse, l’intérêt de compter
sur nos propres moyens, de consommer nos propres
productions. Pour moi, c’était la belle
époque et je ne vois aucune possibilité
de réparer le mal qui a été
fait à notre pays en dehors d’un changement
radical qui pour moi, se nomme la Révolution
». Voilà qui conforte la position de
tous ceux qui disent qu’il ne faut pas perdre
de temps, qu’il faut passer aux choses sérieuses
en arrêtant de rêver debout à
une refondation à laquelle les tenants du
pouvoir ne sont même pas prêts ! Vive
la révolution pour que renaisse le Burkina
Faso, pays des hommes intègres !

TOZI.
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