San
Finna N°460 du
21 au 27 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
THABO
MBEKI
PALE SUCCESSEUR DE « MADIBA » DEVANT L’HISTOIRE
C’est
vrai que les exemples sont rares de femmes ou d’hommes
succédant à de grands « chênes
» politiques et qui arrivent à laisser des
traces indélébiles dans l’histoire.
Mais Thabo M’Beki, pensait-on, avait de quoi figurer
parmi les rares exceptions.
Né
en 1942 dans le Transkei, il avait pour père le
célèbre Govan M’Beki, membre fondateur
de l’ANC et qui a passé 20 ans de prison,
comme on le sait, à Robben Island aux côtés
de Nelson Mandela. Thabo M’Beki adhère dès
l’âge de 14 ans, à la Ligue des jeunes
de l’ANC puis, exfiltré du pays, il poursuit
des études en Angleterre où il obtient un
diplôme d’économie à l’Université
du Sussex avant de se retrouver à Moscou à
l’Ecole du Parti communiste pour une formation militaire
de 3 ans à l’Institut Lénine de Moscou.
Dans
les années 70, il est le Secrétaire
d’Olivier Tambo, président en exil
de l’ANC. Il devient chef de service d’information
et de propagande puis tout normalement, le Monsieur
le Ministre des Affaires étrangères
de l’ANC.
Thabo
Mbeki et Robert Mugabe
Lorsqu’il
rentre au pays, il est choisi parmi les éléments-clés
des négociations avec le pouvoir blanc.
C’est tout naturellement qu’il se
retrouve Vice président de Mandela en 1994
et qu’il est porté à la tête
de l’Etat en 1999 pour un premier mandat
et en 2004 pour le second et dernier.
Alors
que son départ s’annonce, il n’a
pas voulu ou pu, comme certains chefs d’Etat
africains,
triturer la constitution pour garder le pouvoir.
Il n’a pas pu non plus, comme Nestor Kirchner,
céder le fauteuil à son épouse
ou comme Poutine, quitter la présidence pour
une Primature revalorisée. L’aurait-il
voulu du reste qu’il aurait eu moult difficultés.
La bonne preuve : la seule volonté de rester
à la tête de l’ANC a été
battue en brèche par un Jacob Zuma, à
la personnalité controversée, sujette
à caution mais qui a su développer
pour sa personne, une attirance des militants de
l’ANC au point d’avoir toutes les chances
de devenir le prochain président de l’Afrique
du Sud.
Thabo M’Beki aura été le propre artisan
de cette défaveur populaire à son endroit.
Les privilèges de la naissance ne lui ont pas été
d’un grand secours ni la formation acquise à
l’étranger, non plus que l’expérience
acquise aux côtés du vieux leader, Olivier
Tambo. Il est resté un personnage à l’insipidité
légendaire, distant, comme en apesanteur par rapport
aux problèmes, aux douleurs et aux joies de son
peuple.
Passe encore que l’homme ait eu une telle attitude
s’il avait pu la traduire en gestion bénéfique
et anticipatrice pour son pays. Tel ne fut pas le cas
car en plus de sa fadeur, il a eu des prises de position,
des comportements qui petit à petit, ont érodé
le capital naturel de confiance qu’il avait en accédant
au pouvoir.
Contrairement à Nelson Mandela, très communicatif
et tellement porté au partage qu’il avait
largement délégué les pouvoirs exécutifs,
lui l’héritier s’est appliqué
à placer ses fidèles dans tous les secteurs-clé
de l’Etat, à la Banque centrale, dans les
services fiscaux, à la télévision,
à l’Etat-major de l’Armée, faisant
de même au niveau de l’ANC.
Dans les grands domaines de politique nationale et internationale,
il n’a pas toujours eu les prises de position les
plus heureuses. A l’heure du bilan, on retiendra
certes qu’il a été un des fondateurs
de la renaissance africaine bien qu’elle ait fait
« plouf » avec le NEPAD ; on retiendra aussi
sa prise de position courageuse en faveur de Laurent Gbagbo,
victime d’une agression néocolonialiste.
On félicitera aussi son engagement à combler
le gap qui existait entre Sud Africains blancs et noirs,
à la faveur de l’ « Employment Equity
Act » encore appelé politique de rattrapage
entre groupes ou d’embauche équitable. Mais
au versant des échecs, comme la balance se fait
lourde !
Sa présidence sera spécialement tâchée
d’une pierre noire à cause de ses déclarations
incompréhensibles, pour tout dire loufoques, par
rapport à l’origine du sida et aux moyens
de le traiter.
Son soutien à Robert Mugabe constitue un autre
échec retentissant, incommodant pour l’Afrique
du Sud, pays par excellence des combattants de la liberté
qui se trouve par son fait à défendre l’arbitraire,
à soutenir un sacré dictateur contre tout
un peuple. Cela est difficilement acceptable, pas seulement
par l’opposition sud-africaine qui y voit une forfaiture
mais par le Prix Nobel Desmond Tutu et par Jacob Zuma
lui-même qui, malgré les précautions
de langage, n’hésite pas à exprimer
sa perplexité voire ses inquiétudes par
rapport à l’incompréhensible lien
qui unit Mbeki à Mugabe. On comprend que dans ces
conditions les Sud-Africains ne trouvent pas déplacé,
loin de là, que Morgan Tsvangirai en soit arrivé
à demander que le numéro un Sud africain
soit déchargé de sa médiation au
Zimbabwe !
Comme pour ne pas arranger les choses, voilà qu’alors
qu’il voulait que soient déchargées
des armes à destination de Harare, convoyées
par un cargo chinois, malgré l’opposition
du Syndicat des dockers sud-africains, la justice le rappelle
au respect de la loi et s’oppose au déchargement
des armes.
Au total, s’il est une marque que Thabo M’Beki
finira par laisser pour la postérité, c’est
celle d’avoir eu cet art consommé de sortir
de l’histoire par la petite porte ! C’est
bien triste pour lui mais tout autant pour de nombreux
Africains qui avaient espéré qu’il
soit l’un des reconstructeurs de la démocratie
et de l’espoir en Afrique en ce moment où
le besoin s’en fait le plus sentir face aux défis
à relever !
VT
N’OUBLIONS
PAS NOS FRERES ZIMBABWEENS QUI SE BATTENT POUR
LA LIBERTE ET LE PAIN DANS LE SILENCE HONTEUX
DE L’UNION AFRICAINE !