RETOUR
SUR LES TRACES
DE LA « GENERALE DE LA GASTRONOMIE »
Les
images lancinantes de ces étudiantes aux ventres
proéminents tels des enfants souffrants de Kwashiorkor,
dansaient toujours dans ma mémoire mais également,
ces déclarations et confidences qu’elles
ne se sont pas privées de faire. Ces cadres de
demain en avaient décidément gros sur
le cœur, mais certaines informations étaient
bien entendu à prendre avec des pincettes ou
au conditionnel. C’est pour cerner encore l’information
au plus juste qu’après notre article de
la semaine passée, la Rédaction de San
Finna m’a dépêché pour aller
à la recherche de la gérante de la «
Générale de la Gastronomie » (GEGA).
M’étant
laissé dire que cette gérante serait
résidente à Koudougou et pour permettre
aux responsables de ce restaurant collectif, de
s’exprimer par rapport aux récriminations
supposées ou vraies des étudiants,
je prenais à nouveau le car le 17 avril
dernier aux seules fins de la (ou de les) rencontrer.
C’est sous un soleil de plomb que mes investigations
ont eu lieu. J’avais le bic dans une main
et un paquet de mouchoirs en papier dans l’autre
tellement je suais à grosses gouttes. D’abord,
j’ai entrepris d’aller voir Monsieur
le Directeur Régional du |
Employée
d’un restaurant universitaire
|
Centre
Régional des œuvres universitaires
de Koudougou. Mal m’en prit ! Conduit dans
son bureau, je l’ai trouvé en pleine
rédaction, m’a-t-il semblé,
d’un droit de réponse à notre
endroit puisque le Journal San Finna était
bien en évidence sur la table à
sa droite. J’eus droit au refrain du genre
«Vous auriez pu approcher nos services avant
de publier de telles choses ». Rien d’autre
de bien croustillant n’est ressorti de cet
entretien tendu. Dur, dur, le métier de
journaliste ! |
Aussitôt après l’accueil plutôt
frisquet du DR du CROUK, je me suis rendu au service
de santé dudit centre mais j’y ai appris
que ce service ne serait pas outillé pour des
contrôles pointus en diététique.
Je me suis alors rabattu sur les installations de la
« Générale de la Gastronomie ».
Il était 12 h 20 mn et le gérant adjoint
Moussa Mohamed n’était pas là. Après
avoir décliné mon identité, on
me fera savoir que l’intéressé serait
de retour à GEGA autour de 13 heures. De retour
à l’heure dite, mes sens exercés
de journaliste m’on fait percevoir une certaine
ambiance au sein du personnel de la cuisine et du personnel
d’appui. Notre précédent article
était encore passé par là, et des
conversations à voix basse ne trompaient pas
à cet égard. Au fil des échanges,
j’ai été étonné d’apprendre
que la gérante de GEGA, tout comme les bureaux
de la structure, étaient à Ouagadougou
alors que nombre d’étudiants m’avaient
affirmé le contraire. Le gérant adjoint
Moussa Mohamed me mit en contact avec Ouagadougou. Je
tairai ici la nature d’une conversation que j’ai
eue alors avec un inconnu qui s’était fait
passer pour le conseiller juridique de GEGA, mais toujours
est-il qu’après des échanges aigre-doux,
il m’a été organisé une visite
guidée de toute la structure à Koudougou.
Il faut dire qu’après cet échange
musclé de part et d’autre avec l’anonyme,
le ton a fini par se policer avec, il faut le dire,
la volonté manifeste de Madame Malicka Yugo/Séré,
la directrice gérante, de rester dans les civilités.
J’obtins en plus un rendez-vous pour le lendemain
18 Avril à 11 h 30 mn avec la directrice à
Ouagadougou.
Mais pour en revenir à la visite guidée,
même s’il y a des choses à redire,
le profane que je suis a toutefois trouvé une
installation assez professionnelle et bien tenue. Les
serveurs et serveuses sont habillés en blouse
blanche et même qu’un masque en tissu blanc
leur cache la bouche. Le cube d’assaisonnement
utilisé dans la préparation est la marque
‘‘Calnort’’. En plus du menu
traditionnel riz, couscous, haricots, les étudiants
ont droit quelquefois à du tô et au zamné,
même au gaonré. Cette visite, histoire
peut-être de me faire juger sur pièce,
s’est achevée par un repas offert par le
restaurant. C’était du riz au soumbala
accompagné de viande ; sinon il y avait aussi,
au menu, du couscous que j’ai goûté.
Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai
pas ressenti de troubles particuliers et mon transit
s’opère sans encombres. Mais bon, je suis
un homme !
Dans la soirée du 17 avril, j’ai appris
que les filles qui avaient été identifiées
sur la photo illustrant le précédent article
avaient reçu des convocations. Tiens tiens !
Renseignement pris, on me fit savoir que c’est
le Chef de service restauration qui les convoquait à
son service pour le 18 Avril 2008 à 16 heures,
heure à laquelle elles sont d’habitude
en cours. Bref ! Mais avant de reprendre le car pour
Ouagadougou, je me suis promis d’en savoir plus
et de connaître les motivations de la Direction
du CROUK en convoquant 3 personnes sur les 5 qui sont
intervenues dans l’article. Le Directeur Régional
me confiera que c’est dans la dynamique du CROUK
que d’entendre les filles pour mieux cerner le
problème et voir qu’est-ce qui pourrait
être fait s’il y avait réellement
matière à intervenir. Donc nous attendons
les conclusions de ce conciliabule avec impatience pour
tirer toutes les conséquences.
Le lendemain, à 12 h 33 mn, j’étais
au secrétariat de la Directrice de GEGA à
Ouagadougou, Madame Malicka Yugo/Séré.
Quand elle me permit enfin de rentrer dans son bureau,
je vis qu’elle était assistée par
Monsieur Kiéma Rasmané certainement un
de ses fidèles lieutenants. Je ne reviendrais
pas sur certains détails qui ont prévalu
tout au long de nos échanges. Mais Madame Yugo
dit avoir pour souci permanent que « Ces enfants
mangent sainement » puisqu’elle n’aimerait
pas que ses propres enfants se retrouvent un jour dans
une situation peu appréciable. Elle dira aussi
que, titulaire d’une maîtrise en sciences
économiques, elle aurait pu être journaliste
ou autre. ‘’J’ai fait le choix de
faire l’entreprise et j’ai le souci permanent
de le faire bien’’ dit-elle. Rappelons que
la « Générale de la Gastronomie
» existe voilà trois (03) ans et elle intervient
aussi en restauration collective à l’EIER.
Même si mes échanges avec Monsieur Kiéma
ont failli enflammer l’air, c’est avec beaucoup
de courtoisie et de respect que nous nous sommes quitté,
fermant à 13 h 29 mn du même coup ce dossier
GEGA en attendant bien sûr d’autres éléments
plus probants.
Au
stade actuel de nos recherches qui ont pour seul but
de porter l’information la plus juste possible
à l’opinion en vue de la préservation
de la santé des étudiants burkinabé,
l’objet central de nos préoccupations n’a
pas été réglé dans la mesure
où le phénomène dont les filles
nous ont parlé, reste toujours inexpliqué.
Maintenant, il faudra peut-être pousser plus loin
les investigations notamment scientifiques et médiatiques
par l’entrée en lice d’autres confrères
qui pourraient à leur façon, apporter
une vérification empirique par rapport à
la réalité de l’existence du problème.
Il faudrait, au-delà de Koudougou, étendre
ces recherches dans l’ensemble des « Restau
U » du pays en auditionnant même dans l’anonymat,
les étudiantes et étudiants. Affaire à
suivre en tout cas pour notre part !
Aristide
Ouédraogo
DERNIERE
MINUTE
Au
moment de boucler, nous recevons effectivement un étonnant
droit de réponse émanant du Directeur
du Centre régional des œuvres universitaires
de Koudougou (CROUK) qui conteste l’existence
d’une cité appelée « Guantanamo
» (pourtant ainsi baptisée par les étudiants)
et qui dénonce, dans l’ignorance royale
des précautions stylistiques utilisées
par l’auteur de l’article pour parler de
la question, le fait donc incorrect que San Finna ait
mentionné de façon affirmative l’utilisation
de formol et de Maggi blanc par la GEGA. Le document
aussi affirme que les filles présentées
sur la photo et entendues par le CROUK auraient, sans
manifester le désir de produire un droit de réponse
ou de nous assigner en justice, objecté avoir
parlé à «l’ ami de l’oncle
d’une co-chambrière », pas à
un journaliste en tant que tel. Elles auraient en quelque
sorte -à l’insu de leur plein gré-
parlé en off, sans pour autant relever une contestation
au fond, de l’écrit. Nous ne manquerons
pas de revenir sur la suite à donner à
ce droit de réponse qui, a priori, nous semble
sans effet puisqu’en aucun cas, dans notre écrit,
nous n’avons mis en cause cet organisme en tant
que structure, ni dans ses rapports avec la GEGA.