Mise à jour le 20/04/2008
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San Finna N°460 du 21 au 27 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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LES REFONDATEURS ET LA PRESSE
LE GRAND ORAL

Comme une suite logique et attendue de la publication (voir San Finna n° 458 du 7 au 13 avril 2008) de leur Manifeste, les refondateurs ont donné, le mercredi 16 avril dernier, à l’invitation de l’Association des femmes pour la lutte contre la pauvreté et l’impunité (AFLPI), une conférence de presse dans la salle de conférence du Liptako Gourma. Compte-rendu et commentaires.

Dentrée de jeu, relevons la forte présence des médias nationaux mais aussi et surtout l’exceptionnelle mobilisation des médias d’Etat : télévision et radio nationales, radio rurale, AIB, Sidwaya. Au Burkina, si les conférences de presse sont un mode de communication très usité par les partis politiques, les médias d’Etat ne nous ont guère habitués à y répondre de manière aussi représentative surtout lorsqu’il s’agit de partis jugés infréquentables comme certains de ceux qui sont signataires du Manifeste. On pourrait y voir un heureux début de refondation avant l’heure, qui ne dit pas son nom !

Le mot de bienvenue reviendra à une représentante de l’Association des femmes pour la lutte contre la pauvreté et l’impunité (AFLPI), Diane Patricia Vokouma. Ensuite, la déclaration liminaire, délivrée sur un ton solennel par le Docteur Alain Zoubga, président de l’Autre Burkina/PSR (assisté de Soumane Touré, Secrétaire général du PAI et de Ram Ouédraogo, Président du RDEB), permettra à la presse et aux invités, d’en connaître un peu plus sur le Manifeste à travers les trois indications majeures de son contenu :

1) Un diagnostic sans complaisance de l’état de crise que vit le Burkina

2) Ce que ce Manifeste n’est pas

3) Les objectifs poursuivis et les propositions pour y parvenir.

LE DIAGNOSTIC DE L’ETAT DE CRISE

La déclaration fut une invite à ne pas se tromper de crise et à ne pas céder à la tentation de sa minimisation. En effet, en dépit des évidences criardes de la prévalence de cette crise comme l’attestent les récentes émeutes enregistrées dans plusieurs villes et localités du pays, et de bien d’autres explosions de violences diverses antérieures ayant ébranlé la paix sociale et que les 9 regrettent au passage, il s’en trouve qui cèdent à une tentation de banalisation

De gauche à droite, Hermann Yaméogo
et Clément Dakio aux premières loges

des causes et des effets de la crise et même d’en rire. La déclaration prévient : « Et comme à chaque fois qu’une proposition nouvelle est faite, certains pourraient en rigoler, la renvoyant au musée des rêveries. Aujourd’hui, il est évident qu’il faut cesser de rigoler car la menace est réelle et des voix plus autorisées que les nôtres reprennent en écho le bien fondé de nos mises en garde. Alors, il faut se mettre au plus tôt à la tâche car le péril est déjà à nos portes ».

CE QUE LE MANIFESTE N’EST PAS

La proposition de refondation, est-il précisé, n’appelle pas à la révolution. Elle ne repose pas sur la politique de la « tabula rasa », c’est-à-dire de la table rase. L’explication s’adresse à ceux qui, au Burkina, ont de tout temps fait montre de conservatisme obtus. Toutefois, la refondation n’est pas soluble dans les « petites réformes » politiques quand on se trouve devant l’urgence de refonder un contrat social face à une crise structurelle de gouvernance.

Ensuite, les conférenciers précisent qu’ils n’ont pas « la prétention d’être une force d’avant-garde ni même un front de partis politiques » et que le Manifeste « n’est pas non plus un programme politique ». Précision oh combien nécessaire dans un Burkina où réduire les idées et les concepts est en passe de s’inscrire comme un sport national. Alors, quel message les refondateurs ont-ils voulu faire passer « dans les villes et villages du pays, jusque dans nos lieux de travail et dans nos habitations » ?

LES OBJECTIFS DE LA REFONDATION

Pour sortir de la crise, il faut, selon les 9, recadrer la gouvernance au niveau des structures et au niveau des comportements des hommes et des femmes de notre pays ». Aussi, attendent-ils des autorités des gestes forts qui traduisent leur disposition au dialogue refondateur. Il s’agirait par exemple « non seulement de la libération de tous ceux qui ont été jugés et écroués » à la suite des dernières émeutes mais aussi d’une « amnistie générale incluant en particulier toutes les procédures liées à des faits de contestation de la gouvernance, qu’elles soient en instance ou qu’elles aient abouti à des condamnations ». Voilà balisé le cadre de la conférence !

En prenant la parole, Touré Soumane n’a pas failli à sa réputation de grand tribun. Très en verve, il souligna tout d’abord que c’est l’une des rares fois que des partis politiques, sans distinction de couleur idéologique ou d’orientation politique, se retrouvent et entament une initiative d’interpellation et de rassemblement de toutes les forces vives de la nation autour de la nécessité d’une remise en cause de la gouvernance nationale et de propositions de sortie de crise. Puis, il relèvera, contrairement aux habitudes de nos leaders, le rôle anticipateur de Me Hermann Yaméogo dans l’entreprise de refondation. Pour lui, cela fait un temps déjà que le fils de Maurice, comme il aime le nommer avec un humour valorisant, prêchait tel Jean-Baptiste dans le désert, son idée de consensus, de refondation, jusqu’à ce que la survenance de la présente crise fasse apparaître aux yeux de tous, y compris aux siens, la justesse de l’analyse et la pertinence des propositions dont il faisait cas. Pour Soumane Touré, l’heure est grave et le sursaut national nécessaire car le caractère mondial de la crise ne pourra qu’aggraver les causes endogènes déjà préoccupantes. Le pouvoir, dans l’intérêt national, gagnerait à en faciliter la mise en œuvre en se donnant pour point de départ, les propositions consensuelles issues des travaux du Collège de Sages créé par Blaise Compaoré lui-même et qu’il s’était publiquement engagé à appliquer, mais qu’ils se dépêcha d’oublier, une fois la crise passée.

Pour Ram Ouédraogo, qui a été Président du Comité de mise en oeuvre des recommandations de la Commission pour la réconciliation nationale, puis Président du Comité technique d'appui au Gouvernement pour la mise en oeuvre des engagements pris par le Chef de l'Etat le 30 mars 2001 lors de la Journée Nationale de Pardon, il y a eu trahison vis-à-vis des recommandations du Collège de Sages car il était prévu que soit créée une structure de suivi des applications des recommandations. Ils avaient également escompté que l’autorité morale des Religieux et des Chefs coutumiers allait être garante, en son temps, de cette mise en œuvre, ce qui aurait évité au pays de se retrouver encore aujourd’hui en situation de crise généralisée.

Sur ce, les journalistes engagèrent les questions.

« Quand on regarde le groupe des partis signataires, on constate qu’aucun d’eux n’est représenté à l’Assemblée nationale. Donc, votre idée de refondation, est-ce que ce n’est pas une manière de survivre ? »

« L’Assemblée nationale travaille déjà sur des réformes. Est-ce que vous avez été contacté dans ce sens ? »

« Certains d’entre vous ont été des collaborateurs de Blaise Compaoré. Est-ce qu’ils ne sont pas par conséquent tout aussi responsables de la crise que nous vivons ? »

«Comment comptez-vous mettre en œuvre la Refondation ? »

« Quelle relations peut-il y avoir entre la refondation et ceux qui ont lancé l’idée d’un forum ? »

« Par le passé, Hermann a été le leader de la CFD et Soumane, celui de l’ARDC, et ils se sont combattus à ce titre. Comment cela se fait-il qu’ils se retrouvent aujourd’hui ensemble ? »

« J’aimerais savoir si les refondateurs seraient intéressés par un gouvernement de large rassemblement ? »

« Que pensez-vous de la prolifération des cultures OGM à la faveur de la crise alimentaire mondiale ? »

« Quels commentaires faites-vous de l’éviction de Salif Diallo du gouvernement ? »

C’est un rien agacé que Soumane Touré, avant de répondre aux questions, relève qu’il faudrait que certains journalistes fassent l’effort de se mettre au courant du fonctionnement d’une république. En effet, dira-t-il, si l’on relève la pertinence de certaines questions, d’autres par contre trahissent malheureusement les insuffisances de leurs auteurs. Il déplorera le fait qu’après plus de 15 ans de vie démocratique, certains journalistes en soient encore au brassage des idées toutes faites, du genre « alliance contre nature » ou « qu’est-ce qu’un libéral comme Hermann Yaméogo fait avec un communiste comme Soumane Touré ? ». Il fit savoir que tout d’abord, l’animation de la vie politique relève d’un droit constitutionnel et que ce serait plutôt le contraire qu’il faudrait condamner car il est inconcevable que, face à l’ampleur de la crise, des partis dignes de ce nom se murent dans le silence sous prétexte qu’ils ne sont pas à l’Assemblée. Quand la maison brûle, ceux qui sont à l’intérieur ne mégotent pas sur le teint, la taille, le sexe de ceux qui accourent avec des sceaux d’eau pour aider à éteindre !

S’agissant de l’ancienne opposition CFD/ARDC, le secrétaire général du PAI relèvera qu’il ne voyait pas en quoi cela les empêcherait de se retrouver pour défendre des idées communes. A chaque période, ses préoccupations, en somme ! Concernant les réformes de l’Assemblée nationale et l’idée de la tenue d’un forum, Soumane assura que ces initiatives ne peuvent être que bienvenues mais il fit cependant remarquer que la majorité parlementaire qui parle aujourd’hui des réformes est celle-là même qui tritura le code électoral consensuellement élaboré avant les législatives de 2002, ce qui engendra le doute sur l’objectivité de leurs futures positions.

Quant à ses rapports avec Me Yaméogo, il soulignera que ce n’est pas la première fois qu’ils se retrouvent : « Après la crise consécutive aux évènements de Sapouy, nous avons tous les deux travaillé aux réformes politiques et institutionnelles ». C’était, expliqua-t-il, au moment où le Collectif était à bout de souffle et où la crise courrait le risque de se terminer sans qu’il n’en soit tiré aucun avantage pour le combat mobilisateur mené par le peuple, et ce tandem a permis des réformes importantes : la mise en place d’un gouvernement renforcé par un Protocole d’accord qui a travaillé à des élections législatives les plus équilibrées de toute l’histoire de la 4ème République.

Le Docteur Alain Zoubga apportera également sa contribution aux réponses. Pour lui, le fait que des partis hier adversaires se retrouvent en alliance autour d’idées communes à défendre, ne confère que plus de mérite à ces partis et à leur projet. Il ajouta qu’il faut savoir se départir des fausses querelles, des étiquettes trop vite collées, pour ne retenir que l’essentiel. Cet essentiel, c’est l’esprit même qui anime l’initiative des refondateurs.

Sur la question d’une éventuelle participation à un gouvernement de large ouverture, la réponse fournie par le praesidium fut sans équivoque : il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, la priorité c’est l’assainissement du cadre de la gouvernance, le subsidiaire devant venir de surcroît. Mais ils ont tenu à préciser que si en bout de chaîne, la question se posait, ils y répondraient, sans en faire une question embarrassante, dans le cadre précis d’objectifs.

Sur les OGM, Ram Ouédraogo n’a pas estimé nécessaire d’y répondre, les jugeant hors sujet. Soumane Touré soutiendra qu’en l’état actuel des choses, les OGM constituent une sérieuse menace pour notre agriculture. Au regard de la manière dont les exploitent des firmes comme Monsanto, les OGM ne peuvent qu’asservir l’agriculture burkinabé. Il estime cependant que si des chercheurs burkinabé réussissaient pour le cas du riz, à développer des variétés bien adaptées aux réalités de notre agriculture -avec les précautions qu’il se doit, s’entend- il n’y aurait pas de raison de les rejeter systématiquement.

La question du départ de Salif Diallo du gouvernement amena une réflexion ironique de Soumane Touré qui provoqua l’hilarité dans la salle : «L’affaire de Salif Diallo ne doit pas nous empêcher de nous préoccuper des questions majeures du pays. Et puis, lorsqu’une telle affaire révèle la maladie d’un adversaire, d’un système qui nous a fait tant souffrir, vous n’allez quant même pas lui souhaiter un prompt rétablissement, non ?».

Ce fut aussi l’occasion pour Me Hermann Yaméogo, d’intervenir dans le débat. Bien que n’étant pas au praesidium, l’on sentait bien que si ce dernier ne prenait pas la parole, cette conférence de presse aurait eu un goût d’inachevé.

Le président de l’UNDD commença par remercier la presse pour l’intérêt qu’elle a manifesté à la Refondation en se déplaçant si massivement pour cette conférence de presse. Il a rappelé ensuite aux journalistes l’importance que les médias jouent dans la prise de conscience de la gravité de la situation que nous connaissons. La profondeur de la crise requiert selon lui, tout leur professionnalisme dans leur mission d’information. Pour sa part, il ne peut pas se résoudre à considérer comme de vrais patriotes, tous ceux qui en dépit des évidences, s’échinent à dénier son caractère structurel à la crise.

Me Hermann Yaméogo ne manquera pas de parler du courage politique de ses partenaires refondateurs et particulièrement de celui de Soumane Touré dont certains estiment qu’ils forment tous les deux, un attelage bien curieux. Pour lui, Soumane Touré est un homme qui sait dire non quand les circonstances l’exigent mais qui va aussi au bout de ses convictions lorsqu’il les estime justes et fondées.

Il reviendra ensuite sur l’enchaînement des fautes politiques ayant eu pour effet « construction du monstre démocratique » qui nous tient lieu de système de gouvernance. Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, le Burkina Faso s’étrangle du fait de la marche hors normes constitutionnelles de l’Etat, de la monopolisation sans précédent des espaces politiques et économiques par une minorité. Parlant enfin de Salif Diallo, il dira que l’homme est ce qu’il est mais qu’il faut lui reconnaître le courage d’avoir reconnu le rôle qu’il a joué dans le démantèlement en particulier de certains partis d’opposition au Burkina Faso, ce qui fonde notamment aujourd’hui ces derniers à mettre en doute la légitimité des institutions.

C’est sur cette parole profonde d’Hermann Yaméogo, ouvrant tout un champ de réflexion, que Alain Zoubga, très calme, contagieux de conviction, a mis fin à la conférence de presse des refondateurs considérée par beaucoup comme un test probant.

Lamine Koné






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