Mise à jour le 20/04/2008
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San Finna N°460 du 21 au 27 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

INAUGURATION DU SIEGE ET LANCEMENT DES ACTIVITES DE LA FEDAP/BC
LES LANTERNES ONT-ELLES ETE ECLAIREES A L’OCCASION ?

Si la « Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré » (FEDAP/BC) n’est pas née comme au forceps dans les hurlements, les larmes et le sang, c’est dans des questionnements mêlés d’appréhensions, de prophéties heureuses ou cabalistiques. La rumeur la plus forte faisait de ce réceptacle de tanties, tontons, cousins, frérots, copains et nous en passons, un cheval de Troie devant, sur la dépouille du CDP, parrainer François Compaoré jusqu’aux cimes du pouvoir. Telle semblait être, selon la rumeur, la volonté de son frère de Président acquis à la succession par le sang (« fratrilinéaire » en l’espèce) plutôt que par la volonté du peuple démocratiquement exprimé. C’est dire que l’inauguration du siège et le lancement de ses activités, le samedi 19 avril 2008, ne pouvaient que relancer les supputations. Parmi celles-ci, il y avait ces allégations prédisant que la cérémonie consacrerait à coup sûr un processus de transformation de l’association en un appareil partisan aux mains de François Compaoré : « Vous voyez, le départ de Salif Diallo est une éviction confirmative du complot en marche des frères Compaoré contre l’Etat républicain burkinabé. Ils veulent à tout jamais, faire main basse sur le pays ! ». Mais il y avait aussi toutes ces insinuations et crispations autour de la vie chère et de ses conséquences dont on accusait l’association d’indifférence : « Pendant qu’on meurt de faim, que même les partenaires nous prédisent le pire pour demain et nous disent d’arrêter les bamboulas et autres ‘endjaillements’, on convie par cars entiers, des festoyeurs pour des agapes et autres beuveries ! ». Il paraissait difficile que dans circonstances, la FEDAP/BC dame sur toutes ces critiques, aigreurs et interrogations ! Par stratégie, par prudence, il fallait évoquer in limine litis ces questions avant de passer à l’essentiel, pour ainsi dire. Cet exercice a été respecté. Jusqu’à quel point ? C’est là la question mais voyons voir !

Alors, la FEDAP/BC sera-t-elle oui ou non transformée en un parti politique au service des ambitions de François Compaoré ? Là-dessus, nous avons droit à une réponse à double détente. Si c’est la question de la mutation en parti, ce ne semble pas pour le moment être à l’ordre du jour : « Nous tenons à rappeler et à réaffirmer ici le caractère apolitique de cette fédération ». Mais précision qui vaut son pesant d’or : l’association ne s’interdit pas de se préoccuper de politique, voire même d’œuvrer à la protection d’un ordre politique ou de la
dévolution du pouvoir : « Cependant, il y a également lieu de rappeler qu’il est aujourd’hui impératif pour chacun de savoir et comprendre que les questions touchant à la vie et à l’avenir de la nation toute entière ne peuvent plus être l’apanage des seuls professionnels de la politique. C’est grâce à la synergie d’action de toutes les composantes de la société que notre pays pourra progresser, et la FEDAP/BC s’inscrit dans cette logique ». Cela vaut ce que ça vaut mais nous sommes au Burkina Faso : les supputations continuent.

Le Président de la FEDAP/BC,
Gaston B. Soubeïga



S’agissant maintenant de la 2ème préoccupation, cette vie chère, va-t-on enfin prendre le problème à bras le corps ? En quelques mots, la position a été définie : « Il est utile et important de signaler que le phénomène de la vie chère, s’il est une réalité incontestable, n’est pas propre au seul Burkina Faso. Il est mondial et semble échapper à tout contrôle que ce soit ». Maintenant, ce qu’il faut recommander, c’est « un sursaut de raison et de patriotisme pour gérer ce phénomène dans son aspect conjoncturel ». Mais si cette crise échappe à tout contrôle, comme il a été relevé, on retiendra que ce n’est pas par une gestion purement conjoncturelle qu’on en viendra à bout ni par une « efficacité politique et technique fondée sur une vision claire pour ce qui est de la solution durable ». Là, nous nageons en plein vocabulaire, en plein galimatias alors que la situation, par sa gravité, pose des questions structurelles auxquelles il faut donner des réponses structurelles. Autant dire que ici également, les interrogations et les inquiétudes ont toutes les chances de perdurer.

La part du feu faite à ces préoccupations majeures pour l’opinion, on en vient au « plat du jour », essentielle pour la FEDAP/BC : les affaires domestiques. Il sera d’abord précisé ce qu’on savait déjà : que l’association est née pour rassembler les forces vives afin de mieux soutenir l’action du chef de l’Etat relative à la paix, au développement mais aussi pour jouer le rôle inédit d’intermédiaire, de fil de conducteur de qualité entre lui et le peuple. Bref, il faut croire à une innovation dans le régime représentatif ! Serait-ce une innovation dans le régime représentatif, dans le système partisan ? Le CDP n’est-il plus le fidèle mandataire de Blaise Compaoré, la courroie entre lui et le peuple ? On se le demande !

Ceci étant, le souci de l’heure des militants et responsables de la FEDAP/BC, c’est la mise en place de leur instrument. Pour cela, ils invitent à travailler à de multiples niveaux pour une mobilisation subséquente. A cette fin, il s’agira de faire comprendre entre autres que notre héritage coutumier ne peut survivre que dans un contexte de paix ; que la foi, les valeurs religieuses, ne peuvent prospérer que dans la pratique du pardon et de l’amour de son prochain, qui sont source de paix ; que les affaires ne peuvent croître dans un pays que si la paix est cultivée, que la finalité de la mission syndicale ne vaut que dans un contexte d’Etat de droit. Le fin mot de l’histoire, pour renforcer et faire grandir l’association, c’est que responsables coutumiers, religieux, économiques, syndicaux comme les simples citoyens fassent de la vision et du programme de Blaise Compaoré (« Le progrès continu pour une société d’espérance ») le fétiche, le Coran, la Bible, la Thora.

Mais pour tout cela, l’accent doit être mis sur la structuration à laquelle les responsables se sont attachés sans attendre puisqu’ils ont déjà le récépissé en main depuis le 31 décembre 2007. La cérémonie de ce jour est une autre étape de cette structuration avec cette pendaison de la crémaillère. Le siège qui est inauguré grâce à de généreuses contributions et qu’il faudra animer par une fréquentation assidue, permettra une plus grande action et opérationnalisation de l’association.

Voilà le résumé de l’allocution du Président de l’association, Gaston B. Soubeïga, à l’occasion de la cérémonie de lancement des activités et de l’inauguration du siège.

Dans le jeu des questions/réponses avec les journalistes, on peut retenir (et il fallait s’y attendre) qu’il a été encore question de la création du parti de François Compaoré. L’affirmation a été réitérée que l’association était une organisation de la société civile soutenant le Président dans ses efforts de paix et de progrès. Le président précise cependant que l’association n’exclut pas de soutenir le chef de l’Etat lors d’une élection présidentielle. On risque de finir par nous convaincre que l’affaire de François Compaoré dauphin désigné, est vraiment une horrible méchanceté, une bombe à fragmentation lancée dans l’opinion pour déstabiliser le chef de l’Etat notamment par médias interposés. Qui vivra, verra !

Quels sont ceux qui ont honoré de leur présence, cette cérémonie ? On relèvera entre autres, Mohamed Sogli, Barro Djanguinaba, Amad Bandré Ouédraogo, Oumarou Kanazoé, Alizeta Gando Ouédraogo, François Compaoré et Madame, quelques membres du gouvernement dont Seydou Bouda, le Laarlé Naaba, Evariste Bassolet…

Le fait marquant, c’est l’absence des anciens ténors du CDP. Pourquoi quand on sait que, jusqu’à preuve du contraire, ils ne sont pas des ennemis de Blaise Compaoré ? Mystère et boule de gomme ! Mais il faut reconnaître qu’il y a eu du beau monde et qu’on a tenu particulièrement à relever une participation de 200 personnes venues du Yatenga. Comme pour dire que tout va ! Serait-ce là finalement la raison d’être de cette manifestation ou cache-t-elle des dessous plus profonds et plus complexes d’un redéploiement pour sceller de nouvelles confiances quand les anciennes se débandent par l’action du temps et des assurances acquises à l’ombre du pouvoir ? Attendons de voir venir et ne succombons surtout pas à l’attrait factice des écumes !


Bala Sibiri






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