INAUGURATION
DU SIEGE ET LANCEMENT DES ACTIVITES DE LA FEDAP/BC
LES LANTERNES ONT-ELLES ETE ECLAIREES A L’OCCASION
?
Si
la « Fédération associative pour
la paix et le progrès avec Blaise Compaoré
» (FEDAP/BC) n’est pas née comme
au forceps dans les hurlements, les larmes et le sang,
c’est dans des questionnements mêlés
d’appréhensions, de prophéties
heureuses ou cabalistiques. La rumeur la plus forte
faisait de ce réceptacle de tanties, tontons,
cousins, frérots, copains et nous en passons,
un cheval de Troie devant, sur la dépouille
du CDP, parrainer François Compaoré
jusqu’aux cimes du pouvoir. Telle semblait être,
selon la rumeur, la volonté de son frère
de Président acquis à la succession
par le sang (« fratrilinéaire »
en l’espèce) plutôt que par la
volonté du peuple démocratiquement exprimé.
C’est dire que l’inauguration du siège
et le lancement de ses activités, le samedi
19 avril 2008, ne pouvaient que relancer les supputations.
Parmi celles-ci, il y avait ces allégations
prédisant que la cérémonie consacrerait
à coup sûr un processus de transformation
de l’association en un appareil partisan aux
mains de François Compaoré : «
Vous voyez, le départ de Salif Diallo est une
éviction confirmative du complot en marche
des frères Compaoré contre l’Etat
républicain burkinabé. Ils veulent à
tout jamais, faire main basse sur le pays ! ».
Mais il y avait aussi toutes ces insinuations et crispations
autour de la vie chère et de ses conséquences
dont on accusait l’association d’indifférence
: « Pendant qu’on meurt de faim, que même
les partenaires nous prédisent le pire pour
demain et nous disent d’arrêter les bamboulas
et autres ‘endjaillements’, on convie
par cars entiers, des festoyeurs pour des agapes et
autres beuveries ! ». Il paraissait difficile
que dans circonstances, la FEDAP/BC dame sur toutes
ces critiques, aigreurs et interrogations ! Par stratégie,
par prudence, il fallait évoquer in limine
litis ces questions avant de passer à l’essentiel,
pour ainsi dire. Cet exercice a été
respecté. Jusqu’à quel point ?
C’est là la question mais voyons voir
!
Alors,
la FEDAP/BC sera-t-elle oui ou non transformée
en un parti politique au service des ambitions
de François Compaoré ? Là-dessus,
nous avons droit à une réponse
à double détente. Si c’est
la question de la mutation en parti, ce ne semble
pas pour le moment être à l’ordre
du jour : « Nous tenons à rappeler
et à réaffirmer ici le caractère
apolitique de cette fédération
». Mais précision qui vaut son
pesant d’or : l’association ne s’interdit
pas de se préoccuper de politique, voire
même d’œuvrer à la protection
d’un ordre politique ou de la |
dévolution
du pouvoir : « Cependant, il y a également
lieu de rappeler qu’il est aujourd’hui
impératif pour chacun de savoir et comprendre
que les questions touchant à la vie et
à l’avenir de la nation toute entière
ne peuvent plus être l’apanage des
seuls professionnels de la politique. C’est
grâce à la synergie d’action
de toutes les composantes de la société
que notre pays pourra progresser, et la FEDAP/BC
s’inscrit dans cette logique ».
Cela vaut ce que ça vaut mais nous sommes
au Burkina Faso : les supputations continuent. |
Le
Président de la FEDAP/BC,
Gaston B. Soubeïga
|
S’agissant maintenant de la 2ème préoccupation,
cette vie chère, va-t-on enfin prendre le problème
à bras le corps ? En quelques mots, la position
a été définie : « Il est
utile et important de signaler que le phénomène
de la vie chère, s’il est une réalité
incontestable, n’est pas propre au seul Burkina
Faso. Il est mondial et semble échapper à
tout contrôle que ce soit ». Maintenant,
ce qu’il faut recommander, c’est «
un sursaut de raison et de patriotisme pour gérer
ce phénomène dans son aspect conjoncturel
». Mais si cette crise échappe à
tout contrôle, comme il a été
relevé, on retiendra que ce n’est pas
par une gestion purement conjoncturelle qu’on
en viendra à bout ni par une « efficacité
politique et technique fondée sur une vision
claire pour ce qui est de la solution durable ».
Là, nous nageons en plein vocabulaire, en plein
galimatias alors que la situation, par sa gravité,
pose des questions structurelles auxquelles il faut
donner des réponses structurelles. Autant dire
que ici également, les interrogations et les
inquiétudes ont toutes les chances de perdurer.
La part du feu faite à ces préoccupations
majeures pour l’opinion, on en vient au «
plat du jour », essentielle pour la FEDAP/BC
: les affaires domestiques. Il sera d’abord
précisé ce qu’on savait déjà
: que l’association est née pour rassembler
les forces vives afin de mieux soutenir l’action
du chef de l’Etat relative à la paix,
au développement mais aussi pour jouer le rôle
inédit d’intermédiaire, de fil
de conducteur de qualité entre lui et le peuple.
Bref, il faut croire à une innovation dans
le régime représentatif ! Serait-ce
une innovation dans le régime représentatif,
dans le système partisan ? Le CDP n’est-il
plus le fidèle mandataire de Blaise Compaoré,
la courroie entre lui et le peuple ? On se le demande
!
Ceci étant, le souci de l’heure des militants
et responsables de la FEDAP/BC, c’est la mise
en place de leur instrument. Pour cela, ils invitent
à travailler à de multiples niveaux
pour une mobilisation subséquente. A cette
fin, il s’agira de faire comprendre entre autres
que notre héritage coutumier ne peut survivre
que dans un contexte de paix ; que la foi, les valeurs
religieuses, ne peuvent prospérer que dans
la pratique du pardon et de l’amour de son prochain,
qui sont source de paix ; que les affaires ne peuvent
croître dans un pays que si la paix est cultivée,
que la finalité de la mission syndicale ne
vaut que dans un contexte d’Etat de droit. Le
fin mot de l’histoire, pour renforcer et faire
grandir l’association, c’est que responsables
coutumiers, religieux, économiques, syndicaux
comme les simples citoyens fassent de la vision et
du programme de Blaise Compaoré (« Le
progrès continu pour une société
d’espérance ») le fétiche,
le Coran, la Bible, la Thora.
Mais pour tout cela, l’accent doit être
mis sur la structuration à laquelle les responsables
se sont attachés sans attendre puisqu’ils
ont déjà le récépissé
en main depuis le 31 décembre 2007. La cérémonie
de ce jour est une autre étape de cette structuration
avec cette pendaison de la crémaillère.
Le siège qui est inauguré grâce
à de généreuses contributions
et qu’il faudra animer par une fréquentation
assidue, permettra une plus grande action et opérationnalisation
de l’association.
Voilà le résumé de l’allocution
du Président de l’association, Gaston
B. Soubeïga, à l’occasion de la
cérémonie de lancement des activités
et de l’inauguration du siège.
Dans
le jeu des questions/réponses avec les journalistes,
on peut retenir (et il fallait s’y attendre)
qu’il a été encore question de
la création du parti de François Compaoré.
L’affirmation a été réitérée
que l’association était une organisation
de la société civile soutenant le Président
dans ses efforts de paix et de progrès. Le
président précise cependant que l’association
n’exclut pas de soutenir le chef de l’Etat
lors d’une élection présidentielle.
On risque de finir par nous convaincre que l’affaire
de François Compaoré dauphin désigné,
est vraiment une horrible méchanceté,
une bombe à fragmentation lancée dans
l’opinion pour déstabiliser le chef de
l’Etat notamment par médias interposés.
Qui vivra, verra !
Quels sont ceux qui ont honoré de leur présence,
cette cérémonie ? On relèvera
entre autres, Mohamed Sogli, Barro Djanguinaba, Amad
Bandré Ouédraogo, Oumarou Kanazoé,
Alizeta Gando Ouédraogo, François Compaoré
et Madame, quelques membres du gouvernement dont Seydou
Bouda, le Laarlé Naaba, Evariste Bassolet…
Le fait marquant, c’est l’absence des
anciens ténors du CDP. Pourquoi quand on sait
que, jusqu’à preuve du contraire, ils
ne sont pas des ennemis de Blaise Compaoré
? Mystère et boule de gomme ! Mais il faut
reconnaître qu’il y a eu du beau monde
et qu’on a tenu particulièrement à
relever une participation de 200 personnes venues
du Yatenga. Comme pour dire que tout va ! Serait-ce
là finalement la raison d’être
de cette manifestation ou cache-t-elle des dessous
plus profonds et plus complexes d’un redéploiement
pour sceller de nouvelles confiances quand les anciennes
se débandent par l’action du temps et
des assurances acquises à l’ombre du
pouvoir ? Attendons de voir venir et ne succombons
surtout pas à l’attrait factice des écumes
!
Bala
Sibiri