MORT
SUSPECTE DE MAURICE OUEDRAOGO A LA MACO
LE REGISSEUR REAGIT
(« Non, la MACO n’est pas un lieu d’extermination
» !)
A
la suite de notre article sur la mort suspecte
du détenu Maurice Ouédraogo à
la Maison d’arrêt et de correction
de Ouagadougou, nous avons cherché à
entrer en contact avec le Régisseur,
l’Inspecteur de sécurité
pénitentiaire, |
Adama
Rouamba
(Photo:www.Lefaso.net) |
Adama
Rouamba. Alors que nous pensions que nous finirions
d’user nos semelles à courir après
cet entretien, il nous a donné son accord.
Nous ne sommes pas déçus et nous
pensons que le lecteur ne le sera pas non plus.
Au-delà de cette malheureuse affaire,
le Régisseur nous a gratifié d’un
échange direct, instructif dont chacun,
autorités comme justiciables, gagnerait
à en faire son profit. Espérons
en tout cas qu’éclairé sur
la vie réelle dans ce milieu carcéral,
les difficultés auxquelles fait face
la Garde pénitentiaire mais aussi sur
la volonté d’apporter la lumière
sur la mort de Maurice Ouédraogo, et
sur les sévices qu’auraient subi
certains détenus, on avancera vers l’élucidation
des faits et l’amélioration de
la situation à la MACO. |
San
Finna : Est-il exact qu’un détenu du
nom de Maurice Ouédraogo serait mort par défaut
d’assistance ?
Adama Rouamba (A.R.) : Il est exact qu’un
détenu répondant du nom de Maurice Ouédraogo
est décédé ici même à
la MACO le 4 avril dernier aux environs de 17 heures.
Maintenant, par défaut d’assistance,
là, je ne suis pas d’accord avec vous.
Je ne pense pas que ce soit le cas.
San
Finna : Avait-il eu des soins appropriés avant
?
A.R : Cette question, je l’ai posée
au Major de l’infirmerie qui serait en train
de faire des investigations là-dessus parce
que ça remonte au 04 avril 2008. J’ai
peur de donner des affirmations qui ne seront pas
exactes sans les résultats de l’investigation.
San
Finna : Pouvez-vous nous donner une précision
du lieu où il serait décédé
?
A.R : Au vu du compte rendu que j’ai,
il aurait piqué une crise dans sa cellule de
détention et le chef de poste qui a été
informé de sa situation a envisagé une
évacuation médicale et immédiate
au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo.
C’est là-bas qu’on évacue
d’habitude les détenus. Malheureusement,
c’est en voulant le faire sortir pour l’évacuer
qu’on a constaté qu’il est décédé
des suites de sa maladie. C’est ce que dit le
compte-rendu. Le corps a été remis aux
parents le 5 avril 2008 pour l’inhumation.
San
Finna : Est-il vrai qu’on lui aurait refusé
des soins avant son décès ?
A.R : J’ai eu vent de ces informations
ou de ces rumeurs. En prison, c’est très
difficile quand un évènement se produit
comme ça d’avoir une information exacte
et lorsque l’information, vous le recevez, elle
vient tardivement. Quand bien même, elle est
tardive, soit elle est inexacte soit elle est manipulée,
et c’est très difficile. Alors, nous
faisons très attention. Néanmoins, j’ai
entendu des choses ça et là et nous
sommes en train d’enquêter. Quand on écoute
une partie des détenus, Maurice serait malade
et ils ont tenté de lui trouver des médicaments
à l’intérieur du bâtiment.
Ils ont pu ensuite alerter la Garde afin qu’on
l’amène au poste pour des soins appropriés
et de l’autre côté, les agents
auraient refusé qu’il puisse sortir parce
que c’était une question de sécurité
et que les détenus qui étaient placés
en observation devaient attendre. Et d’un côté,
les agents qui estiment que c’était quand
même curieux, pour quelqu’un qui est malade,
d’être alerte quand on lui dit de se lever
pour aller à l’infirmerie. Toujours est-il
que le détenu est mort dans sa cellule. Défaut
d’assistance, je ne le pense.
San
Finna : Négligence, peut-être ?
A.R : Négligence, non ! Je ne le pense
pas. Cela ne peut pas être de la négligence…
San
Finna : Mais quand vous dites que certains agents
ne croyaient pas à sa maladie alors qu’ils
ne font pas partie du corps médical, comment
pouvez-vous nommer ça ?
A.R : La conduite à tenir, c’était
de l’évacuer s’il n’y a pas
un médecin sur place. S’il y a un médecin,
il faut le faire recevoir. Ca n’a pas été
le cas mais toujours est-il que Maurice Ouédraogo
est décédé en détention.
San
Finna : Certains détenus qui auraient protesté,
auraient été victimes de sévices
corporels. En avez-vous eu vent ?
A.R : Nous sommes en train d’enquêter
sur tout ça. Si effectivement, ça a
été le cas, les incriminés vont
répondre.
San
Finna : Quel genre de sanctions auraient-ils si c’était
le cas ?
A.R : Nous sommes des fonctionnaires et sommes
soumis à la procédure disciplinaire
des sanctions disciplinaires, et nous sommes aussi,
comme tous les citoyens, soumis aux dispositions du
code de procédure pénale et du code
pénal. Mais là où je ne suis
pas d’accord avec vous, c’est quand vous
affirmez qu’on a laissé mourir Maurice
Ouédraogo.
San
Finna : N’avez-vous pas remarqué les
précautions stylistiques ?
A.R : Mais franchement, c’est choquant
et ce que j’ai encore lu chez vous qui m’a
vraiment choqué, c’est quand vous dites
qu’au lieu que la MACO soit un lieu de correction,
on prend correction au pied de la lettre. Non, la
MACO est bel et bien un lieu de correction mais non
un lieu d’extermination .Nous donnons tout ce
que nous pouvons pour satisfaire et rendre agréable
le séjour des détenus. Aussi, nous sommes
là pour les assister. Si les agents sont devenus
méfiants et arrivent à certaines affirmations,
nous avons des faits antérieurs qui les amènent
quelquefois à l’être. Prenez l’exemple
du détenu Oumar Tiemtoré : il a tué
3 personnes à Sindou lors d’une attaque
à main armée le 25 juillet 2006. Il
a été transféré ici mais
à la suite de la prise de certaines substances,
il est tombé dans un état comateux et
une fois à l’hôpital, il s’est
évadé. Ce sont des substances qui circulent
dans la prison. Il y a une autre substance qu’ils
consomment à l’intérieur : c’est
du phosphore et je ne sais pas comment ils se débrouillent
pour l’avoir mais après l’avoir
pris, la personne commence par vomir du sang et il
faut l’évacuer. Ces derniers temps, nous
avons des menaces au sein de la prison et la détention
n’est pas tranquille. Ca veut dire que certains
sont franchement difficiles. Il y a même des
détenus qui refusent de quitter les bâtiments
même pour des soins et la garde est obligée
d’intervenir avec les médecins. Certains
même refusent d’aller au Palais où
on les attend pour les libérer.
Vous savez, je ne voudrais pas amender les agents
; il se peut que les agents aient manqué d’attention
mais il est probable aussi que ce sont les actes auxquels
on est habitué et que cela provoque quelquefois
des incidents. Mais dire que ce sont des homicides
ou des défauts d’assistance, franchement
ce n’est pas intéressant.
San
Finna : Fouillez-vous les cellules pour confisquer
toutes ces substances ou non ?
A.R : Nous le faisons tous les jours. Le
problème, on ne fouille pas les parents des
détenus, et c’est eux qui amènent
certaines substances pour les détenus. Quelquefois,
on arrête des parents ici qui amènent
des substances comme la drogue. Par exemple, le nombre
de détenus ayant été conduit
à l’hôpital en mars dernier était
de 29 et le nombre de détenus hospitalisé
était de 5. Et actuellement, les évasions
se font à partir de l’hôpital.
Donc, il y a une certaine réticence qui est
cultivée face à certains cas. ET puis,
il y a une délinquance particulière
que les détenus développent ici et qui
est inquiétante. Et l’agent, par moment,
a la crainte du détenu et il a aussi la crainte
de la hiérarchie. Sinon, tous les jours, on
sort des malades du bâtiment et certains même
refusent de sortir. Et puis, les détenus ne
dénoncent pas les faits à temps. C’est
par la presse que j’apprends certaines choses.
C’est déplorable mais ça fait
déjà l’objet d’une enquête
et les résultats seront transmis à qui
de droit.
San
Finna : Avons-nous omis d’aborder un sujet qui
vous tient particulièrement à cœur
?
A.R : Franchement, j’aime lire votre
journal et aussi la presse en général
quand j’ai l’occasion. Cela ouvre la prison
sur l’extérieur et cela permet aux gens
d’avoir un regard sur ce que nous faisons. Et
comme la République nous fait confiance, nous
devons quand même suivre ce que la loi dit en
matière de traitement des détenus. C’est
par la presse aussi que nous pouvons voir comment
les citoyens apprécient notre travail. Nous
voudrions aussi que vous approchiez l’information
juste. Nous faisons de notre mieux pour le bien-être
du détenu.
Aristide Ouédraogo