Mise à jour le 27/04/2008
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San Finna N°461 du 28 Avril au 04 Mai 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

MORT SUSPECTE DE MAURICE OUEDRAOGO A LA MACO
LE REGISSEUR REAGIT
(« Non, la MACO n’est pas un lieu d’extermination » !)

A la suite de notre article sur la mort suspecte du détenu Maurice Ouédraogo à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, nous avons cherché à entrer en contact avec le Régisseur, l’Inspecteur de sécurité pénitentiaire,

Adama Rouamba
(Photo:www.Lefaso.net)
Adama Rouamba. Alors que nous pensions que nous finirions d’user nos semelles à courir après cet entretien, il nous a donné son accord. Nous ne sommes pas déçus et nous pensons que le lecteur ne le sera pas non plus. Au-delà de cette malheureuse affaire, le Régisseur nous a gratifié d’un échange direct, instructif dont chacun, autorités comme justiciables, gagnerait à en faire son profit. Espérons en tout cas qu’éclairé sur la vie réelle dans ce milieu carcéral, les difficultés auxquelles fait face la Garde pénitentiaire mais aussi sur la volonté d’apporter la lumière sur la mort de Maurice Ouédraogo, et sur les sévices qu’auraient subi certains détenus, on avancera vers l’élucidation des faits et l’amélioration de la situation à la MACO.

San Finna : Est-il exact qu’un détenu du nom de Maurice Ouédraogo serait mort par défaut d’assistance ?

Adama Rouamba (A.R.) :
Il est exact qu’un détenu répondant du nom de Maurice Ouédraogo est décédé ici même à la MACO le 4 avril dernier aux environs de 17 heures. Maintenant, par défaut d’assistance, là, je ne suis pas d’accord avec vous. Je ne pense pas que ce soit le cas.

San Finna : Avait-il eu des soins appropriés avant ?

A.R :
Cette question, je l’ai posée au Major de l’infirmerie qui serait en train de faire des investigations là-dessus parce que ça remonte au 04 avril 2008. J’ai peur de donner des affirmations qui ne seront pas exactes sans les résultats de l’investigation.

San Finna : Pouvez-vous nous donner une précision du lieu où il serait décédé ?

A.R :
Au vu du compte rendu que j’ai, il aurait piqué une crise dans sa cellule de détention et le chef de poste qui a été informé de sa situation a envisagé une évacuation médicale et immédiate au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo. C’est là-bas qu’on évacue d’habitude les détenus. Malheureusement, c’est en voulant le faire sortir pour l’évacuer qu’on a constaté qu’il est décédé des suites de sa maladie. C’est ce que dit le compte-rendu. Le corps a été remis aux parents le 5 avril 2008 pour l’inhumation.

San Finna : Est-il vrai qu’on lui aurait refusé des soins avant son décès ?

A.R :
J’ai eu vent de ces informations ou de ces rumeurs. En prison, c’est très difficile quand un évènement se produit comme ça d’avoir une information exacte et lorsque l’information, vous le recevez, elle vient tardivement. Quand bien même, elle est tardive, soit elle est inexacte soit elle est manipulée, et c’est très difficile. Alors, nous faisons très attention. Néanmoins, j’ai entendu des choses ça et là et nous sommes en train d’enquêter. Quand on écoute une partie des détenus, Maurice serait malade et ils ont tenté de lui trouver des médicaments à l’intérieur du bâtiment. Ils ont pu ensuite alerter la Garde afin qu’on l’amène au poste pour des soins appropriés et de l’autre côté, les agents auraient refusé qu’il puisse sortir parce que c’était une question de sécurité et que les détenus qui étaient placés en observation devaient attendre. Et d’un côté, les agents qui estiment que c’était quand même curieux, pour quelqu’un qui est malade, d’être alerte quand on lui dit de se lever pour aller à l’infirmerie. Toujours est-il que le détenu est mort dans sa cellule. Défaut d’assistance, je ne le pense.

San Finna : Négligence, peut-être ?

A.R :
Négligence, non ! Je ne le pense pas. Cela ne peut pas être de la négligence…

San Finna : Mais quand vous dites que certains agents ne croyaient pas à sa maladie alors qu’ils ne font pas partie du corps médical, comment pouvez-vous nommer ça ?

A.R :
La conduite à tenir, c’était de l’évacuer s’il n’y a pas un médecin sur place. S’il y a un médecin, il faut le faire recevoir. Ca n’a pas été le cas mais toujours est-il que Maurice Ouédraogo est décédé en détention.

San Finna : Certains détenus qui auraient protesté, auraient été victimes de sévices corporels. En avez-vous eu vent ?

A.R :
Nous sommes en train d’enquêter sur tout ça. Si effectivement, ça a été le cas, les incriminés vont répondre.

San Finna : Quel genre de sanctions auraient-ils si c’était le cas ?

A.R :
Nous sommes des fonctionnaires et sommes soumis à la procédure disciplinaire des sanctions disciplinaires, et nous sommes aussi, comme tous les citoyens, soumis aux dispositions du code de procédure pénale et du code pénal. Mais là où je ne suis pas d’accord avec vous, c’est quand vous affirmez qu’on a laissé mourir Maurice Ouédraogo.

San Finna : N’avez-vous pas remarqué les précautions stylistiques ?

A.R :
Mais franchement, c’est choquant et ce que j’ai encore lu chez vous qui m’a vraiment choqué, c’est quand vous dites qu’au lieu que la MACO soit un lieu de correction, on prend correction au pied de la lettre. Non, la MACO est bel et bien un lieu de correction mais non un lieu d’extermination .Nous donnons tout ce que nous pouvons pour satisfaire et rendre agréable le séjour des détenus. Aussi, nous sommes là pour les assister. Si les agents sont devenus méfiants et arrivent à certaines affirmations, nous avons des faits antérieurs qui les amènent quelquefois à l’être. Prenez l’exemple du détenu Oumar Tiemtoré : il a tué 3 personnes à Sindou lors d’une attaque à main armée le 25 juillet 2006. Il a été transféré ici mais à la suite de la prise de certaines substances, il est tombé dans un état comateux et une fois à l’hôpital, il s’est évadé. Ce sont des substances qui circulent dans la prison. Il y a une autre substance qu’ils consomment à l’intérieur : c’est du phosphore et je ne sais pas comment ils se débrouillent pour l’avoir mais après l’avoir pris, la personne commence par vomir du sang et il faut l’évacuer. Ces derniers temps, nous avons des menaces au sein de la prison et la détention n’est pas tranquille. Ca veut dire que certains sont franchement difficiles. Il y a même des détenus qui refusent de quitter les bâtiments même pour des soins et la garde est obligée d’intervenir avec les médecins. Certains même refusent d’aller au Palais où on les attend pour les libérer.

Vous savez, je ne voudrais pas amender les agents ; il se peut que les agents aient manqué d’attention mais il est probable aussi que ce sont les actes auxquels on est habitué et que cela provoque quelquefois des incidents. Mais dire que ce sont des homicides ou des défauts d’assistance, franchement ce n’est pas intéressant.

San Finna : Fouillez-vous les cellules pour confisquer toutes ces substances ou non ?

A.R :
Nous le faisons tous les jours. Le problème, on ne fouille pas les parents des détenus, et c’est eux qui amènent certaines substances pour les détenus. Quelquefois, on arrête des parents ici qui amènent des substances comme la drogue. Par exemple, le nombre de détenus ayant été conduit à l’hôpital en mars dernier était de 29 et le nombre de détenus hospitalisé était de 5. Et actuellement, les évasions se font à partir de l’hôpital. Donc, il y a une certaine réticence qui est cultivée face à certains cas. ET puis, il y a une délinquance particulière que les détenus développent ici et qui est inquiétante. Et l’agent, par moment, a la crainte du détenu et il a aussi la crainte de la hiérarchie. Sinon, tous les jours, on sort des malades du bâtiment et certains même refusent de sortir. Et puis, les détenus ne dénoncent pas les faits à temps. C’est par la presse que j’apprends certaines choses. C’est déplorable mais ça fait déjà l’objet d’une enquête et les résultats seront transmis à qui de droit.

San Finna : Avons-nous omis d’aborder un sujet qui vous tient particulièrement à cœur ?

A.R :
Franchement, j’aime lire votre journal et aussi la presse en général quand j’ai l’occasion. Cela ouvre la prison sur l’extérieur et cela permet aux gens d’avoir un regard sur ce que nous faisons. Et comme la République nous fait confiance, nous devons quand même suivre ce que la loi dit en matière de traitement des détenus. C’est par la presse aussi que nous pouvons voir comment les citoyens apprécient notre travail. Nous voudrions aussi que vous approchiez l’information juste. Nous faisons de notre mieux pour le bien-être du détenu.


Aristide Ouédraogo






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