Mise à jour le 27/04/2008
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San Finna N°461 du 28 Avril au 04 Mai 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

POINT DE VUE
COUP DE GUEULE POUR NON-ASSISTANCE
AU PEUPLE ZIMBABWEEN EN DANGER

« Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon n’en peut plus de voir mépriser la volonté du peuple zimbabwéen avec pour risque de compromettre la crédibilité du processus électoral en Afrique. Pour lui, il faut que quelque chose soit fait pour sortir de cette situation intolérable. On a envie de lancer à la figure de l’organisation mondiale qu’elle ne récolte que ce qu’elle a semé, elle qui a été toujours frileuse dans la défense de la vraie démocratie, des droits de l’opposition, préférant à chaque fois couvrir les forfaitures électorales, les modifications pirates des
constitutions, pour avoir la paix et ne pas déplaire aux dictateurs en place. Mais pour la circonstance et tenant compte de l’intérêt du peuple zimbabwéen, je trouve qu’on doit l’appuyer dans ses exhortes et espérer que ce faisant, de nouvelles orientations soient impulsées au niveau des Nations Unies pour qu’il soit mieux compris que la bonne gouvernance, spécialement démocratique, c’est définitivement le plus sûr moyen de garantir la paix et le développement en Afrique comme dans le monde.

Ban Ki Moon


Peut-être qu’avec la crise alimentaire mondiale (à quelque chose malheur pouvant être bon !) l’on veillera, dans la perspective de refonder les politiques d’aide à l’agriculture, à mettre l’accent sur la rénovation des gouvernances en Afrique et donc, sur le rétablissement des fondamentaux de la démocratie. Sans cela, on ne pourra pas faire face aux catastrophes annoncées.

‘Il est temps pour l'Afrique de monter au créneau’, s’est de son côté écriée –exaspérée- le 17 avril dernier, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice face au silence honteux de l’Afrique devant le drame que vit le peuple zimbabwéen. Pour le coup, même s’il y a beaucoup à redire à l’endroit de ces puissances pas toujours bien placées pour donner des leçons, il faut reconnaître qu’il y a de quoi baisser la tête de déshonneur. Passe encore que ce soient les anciens colonisateurs qui nous persécutent, nous dénient toute liberté, nous pouvons crier à juste titre à l’injustice, mais quand nous sommes les propres tortionnaires de nos peuples et qu’on ne sent pas venir la solidarité africaine, cela renforce les clichés véhiculés depuis la nuit des temps, sur l’Africain rigolard, pas méchant pour un sou mais cependant prêt à vendre ses propres fils plutôt qu’à leur voler au secours.

Moi, je prie Dieu que ce qui s’annonce au Zimbabwe ne se réalise pas. J’implore le Tout Puissant que Robert Mugabe (encouragé par Thabo M’Beki, par la démission de la SADC et le silence de l’Union Africaine) ne soit renforcé dans sa conviction qu’il a droit de vie et de mort sur son peuple et qu’il franchisse le rubicond pour lui voler sa victoire en ne craignant pas pour cela de faire verser son sang.

Si pour nous punir de nos lâchetés, Dieu laissait les choses aller au pire comme il l’a fait pour Sodome et Gomorrhe, ce serait très triste, mais moi je ne peux pas me taire, encore moins m’y résoudre. Je n’ai pas le pouvoir et les moyens de sensibiliser ceux qui ont la décision au plan national et international mais j’ai ma voix, ma plume, pour me désolidariser du silence complice qu’il y a en Afrique et surtout au Burkina Faso, mon pays, à cet égard. Ca me fait très mal au cœur.

Je me dis que même si on ne peut rien pour les Zimbabwéens, on peut au moins écrire pour exprimer sa révolte, dire qu’il n’est pas normal que pour satisfaire les lubies d’un seul homme, on place un peuple promis au bonheur, dans l’extrême précarité, dans la privation de la liberté et du pain. Rien ne justifie qu’on fasse passer le bonheur d’un homme avant celui de son peuple, même s’il a été à l’origine de sa libération des serres coloniales ! Rien ne permet qu’on observe « l’omerta » en faveur d’un Mugabe qui est en train de devenir pire que le colonisateur des mains duquel il a délivré son peuple.

Au Burkina Faso, je rage parce à part quelques rares partis d’opposition (L’UNDD dans l’Observateur Paalga) et quelques organes de presse (L’Observateur Paalga, San Finna), on ne dénonce pas, comme cela se devrait, la suprême injustice qu’on inflige au peuple zimbabwéen.

Je fulmine parce que j’ai même lu des plumes qui s’enflammaient pour Robert Mugabe, le présentant comme une référence pour l’Afrique et reprenant à l’envie ses plaidoiries contre le colonisateur, cause de tous les malheurs du Zimbabwe. Tout cela, dans la plus grande ignorance des millions de Zimbabwéens qui fuient le pays et de ceux qui y souffrent et qui y meurent… C’est coupable d’avoir de tels propos, de tels mots, parce qu’ils dévalorisent l’Africain et contribuent à le maintenir dans l’obscurantisme, à le livrer pieds et poings liés à tous ses exploiteurs.

Mais je dis tout de même que rien n’est perdu. Les Kenyans l’ont montré. Aux Zimbabwéens d’être courageux. Si la solidarité africaine n’est pas là, le temps fera son œuvre et leur rendra justice des horreurs que leur impose le vieux dictateur en fin de voyage et donc, de méfaits. Comme disait l’Ecclésiaste, « Il est un temps pour tout ».

Je dis courage à Morgan Tsvangirai qui en ce moment traverse le continent de part en part pour demander (certains diront non sans raison pour mendier) la solidarité à l’endroit de ses frères. Moi, je ne suis rien mais il a mon soutien. Et si ma foi, à Dieu plaise, demain l’Union africaine se retrouvait sur le banc des accusés, c’est avec plaisir que je viendrais comme témoin à charge pour apporter mon témoignage pour sa juste condamnation, pour les torts qu’elle a durablement causés, au-delà du Zimbabwe, à l’Afrique ».

Kadio Harouna,
Juriste
Membre du Bureau Exécutif National de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) – www.undd.org
76 51 51 48


DERNIERE MINUTE

Alors qu’on annonce les résultats du recomptage de la présidentielle pour le 28 avril prochain et que la victoire du MDC de Morgan Tsvangirai est confirmée par la structure électorale zimbabwéenne pour les législatives, des dépêches font déjà état de ce que la victoire serait acquise à Tsvangirai pour la présidentielle. On ne sait pas ce que fera Robert Mugabe. Le temps risque d’arriver où les organisations régionales africaines, l’Union africaine, l’Union européenne, l’ASEAN, l’ALENA…, les Nations Unies, devront reconnaître la victoire totale du MDC prendre des dispositions au plan international, pour l’assumation de leurs responsabilités d’Etat, prévoir en cas de besoin, notamment pour faire pression sur le vieux dictateur, la mise en place d’une juridiction pénale internationale ad hoc.





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