SECRETAIRE
GENERAL DE L’ONU
UNE VISITE D’ECHANGES QUI TOURNE A LA « RECUP »
Après
Accra au Ghana le 21 avril dernier où il a pris part à
la 12ème session de la Conférence des Nations Unies
sur le commerce et le Développement (CNUCED XII), et le
Liberia où il a aussi séjourné, le secrétaire
général des Nations Unies a fait un détour
dans notre pays le 22 avril en partance pour la Côte d’Ivoire
où il est arrivé le 23 avril 2008. Beaucoup se faisaient
un plaisir de cette visite. Les autorités bien sûr,
qui y voyaient comme une marque de considération, politiquement
et diplomatiquement importante à leur égard ; les
journalistes qui escomptaient de ce séjour, en savoir un
peu plus sur la vision du Secrétaire général
par rapport à la crise mondiale qui frappe plus durement
les pays pauvres que les autres ; et bien de Burkinabé
qui, avec eux, se faisaient également une joie d’interpeller
l’illustre hôte au sujet de questions brûlantes
de l’heure intéressant le continent comme celles
liées à la gouvernance et plus spécifiquement
celles relatives au Zimbabwe, en Somalie et dans le Détroit
d’Aden…
Ce
qu’on peut relever après le départ de
Ban Ki Moon, c’est qu’il y en a qui sont contents
et d’autres qui le sont moins. |
Ceux
qui ne sont pas contents, ce sont évidemment les
journalistes qui n’ont pas pu, (sauf évidemment
les « élus » de l’occasion, RNB
et BBC version anglaise qu’on a autorisé à
poser des questions) prendre part à cette conférence
de presse ouverte qui avait été annoncée
dans le programme juste après la visite au Chef de
l’Etat, Blaise Compaoré, et qui a été
de façon stalinienne, omis par la suite. Tout avait
été fait comme s’il fallait, à
la réflexion, éviter des contacts indésirables
qui donneraient l’occasion de poser des questions
déplacées. |
Ban
Ki Moon en plein speech |
C’est donc dans une atmosphère aseptisée que
Ban Ki Moon a été conduit de place en place pour
voir le chef de l’Etat, le Premier Ministre, le président
de l’Assemblée nationale, le personnel des Nations
Unies à Ouagadougou et pour finir, au Secteur 28, à
cette école Manegda où, avec son épouse,
il a procédé à une plantation d’arbres
et à un lâcher de colombes. On comprend donc que
beaucoup de journalistes l’aient « amer », ce
d’autant que le coup leur a déjà été
joué à l’occasion de la visite de Bernard
Kouchner.
Ceux qui se félicitent, de bien entendu, ce sont les autorités
qui, si elles gardent le triomphe modeste, s’en remettent
aux laudateurs et autres griots de service, pour mousser à
volonté le passage de Ban Ki Moon jusqu’à
le présenter comme un satisfecit à la gouvernance
nationale et un camouflet à ceux qui, comme les Refondateurs,
n’en ont que contre la crise et la nécessité
de repenser la gouvernance nationale.
Ce qu’il faut en dire, c’est que c’est dommage
que l’exercice de communication, de dialogue, tant prêché
dans les instances onusiennes, n’ait pas eu à s’illustrer
à Ouagadougou. Ban Ki Moon aurait gagné à
entendre plusieurs sons pour se faire une idée de la gouvernance
nationale du niveau de prise de conscience par rapport à
la crise mondiale et de mobilisation pour y faire face collectivement
en interne.
Comment cacher aussi la perplexité de beaucoup de Burkinabé
devant l’exploitation, la récupération qu’on
fait aujourd’hui de ce séjour ? En effet, tirer argument
des appréciations de Ban Ki Moon pour moquer les refondateurs
qui vivraient sur une autre planète («les refondateurs
ne sont certainement pas sur la même planète»,
in Sidwaya du 24-04-2008), n’est pas à l’avantage
de ceux qui soutiennent cette idée ni du reste, à
l’avantage du visiteur. De deux choses l’une : ou
bien, Ban Ki Moon pense effectivement ce qu’il a dit et
alors c’est qu’il ignore les rapports, les déclarations
des institutions du système des Nations Unies qui, toutes
tendances confondues, soutiennent que la crise sera plus terrible
pour les pays pauvres (dont le Burkina Faso) et qui évoquent
des problèmes de refondation de politiques agricoles voire
même de gouvernance nationale, qu’il ignore totalement
le classement peu flatteur du pays produit par le PNUD, de celui
de Transparency International sur la corruption et de bien d’autres
structures du genre qui s’intéressent aux critères
de la bonne gouvernance ; ou bien alors, et c’est ce que
nous pensons, il a respecté les règles de convenance
diplomatique et dit des « mots bateau » (« J’ai
le plus profond respect pour le président Compaoré
et pour l’oeuvre qu’il accomplit pour la paix et pour
la stabilité dans la région. Il a toute ma reconnaissance
pour tous les efforts qu’il a entrepris au plan régional
pour résoudre les nombreux problèmes" in Le
Pays du 24 avril 2008) sans se douter qu’on en ferait des
exploitations aussi débridées.
S’agissant particulièrement de ceux qui montent en
neige les appréciations de Ban Ki Moon, on peut aussi se
demander qui finalement vit dans une autre planète ou à
Ouaga 2000 : ceux qui, en dépit du mécontentement
exprimé dans tous les secteurs de la vie nationale (qui
débouche de plus en plus sur des émeutes) continuent
de soutenir que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes
au Faso, ou ceux qui, tout en reconnaissant que nous ne sommes
pas logés à la même enseigne que la Somalie,
le Darfour…, n’en dénoncent pas moins les dérives
en cours pour demander, de façon préventive, de
s’asseoir autour d’une table ronde afin de faire le
diagnostic et de chercher les moyens pour détourner sinon
amortir les chocs qui viennent ?
Voilà
ce qu’on peut dire de cette visite du SG de l’ONU
et du « commerce » qui en est fait. Une visite qui,
si elle était souhaitée par tout Burkinabé
aimant son pays, laisse tout de même un goût d’inachevé
à beaucoup.