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LA
CROISADE INTERNATIONALE POUR UNE REFONDATION DE
LA POLITIQUE D’AIDE A L’AGRICULTURE
EST-ELLE SINCERE OU NON ?
Face
à la crise mondiale, on sent une agitation
de la part des partenaires techniques et financiers
autour de la dénonciation des dangers à
venir, surtout pour les pays pauvres, mais aussi
par rapport à la mobilisation de l’aide
d’urgence à apporter aux pays en danger
de famine pour parer au plus pressé. Il y
en a qui applaudissent, soutenant que c’est
un déclic pour plus de solidarité
internationale et que cela fera contagion et favorisera
même la réflexion pour la bonne gouvernance
politique et économique. Pour d’autres,
faut pas s’y tromper : il y en a qui ont vu
dans ce malheur qui s’annonce, encore une
occasion de s’en mettre plein les poches,
comme on l’a toujours fait en agitant les
peurs et en exploitant les misères. S’ils
se démènent comme de beaux diables,
c’est pour encore se sucrer sur le dos des
victimes potentielles : les pauvres. Deux sons de
cloche. |
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LA REACTION MONDIALE EST DESINTERESSEE
Pour
une fois au moins, la communauté internationale
a pris le taureau par les cornes. Les émeutes
qui ont touché pas moins de 37 pays dans
le monde, principalement en Afrique, titillent la
conscience internationale et éveillent les
opinions publiques sur les risques que pourrait
entraîner une famine généralisée
dans les pays pauvres. Déjà que les
pays du Nord peinent à endiguer les flots
d’émigrés, qu’est-ce que
ce sera avec la déferlante de hordes de femmes
et d’hommes dont la faim aura encore plus
aiguisé les audaces ? Il faut donc comprendre
l’élan de solidarité qui s’est
manifesté. Même si on peut suspecter
son caractère noble, humanitaire, le fait
est là que tous ces pays développés
savent que les conséquences désastreuses
d’une crise généralisée
ne se feront pas seulement sentir en Afrique. Il
ne faut donc pas voir le mal partout mais imaginer
qu’à quelque chose malheur puisse être
bon et que la volonté des partenaires d’engager
la réflexion sur une refondation des politiques
d’aide à l’agriculture et de
gouvernance ne soient pas hypocrites. De toutes
les façons, les pays africains n’ont
pas le choix. L’aide internationale, ils en
ont besoin car les données de la crise sont
telles qu’ils sont incapables de la maîtriser
tout seuls. Les Etats européens eux-mêmes
sont obligés de concevoir la formule de gouvernement
économique communautaire pour y faire face.
C’est dire qu’en plus de l’apport
international, ils doivent au plan régional,
avancer plus hardiment dans l’intégration
pour trouver des formes de résistance plus
adaptées et plus efficaces contre la crise.
Des voix se sont élevées au plan national
pour mettre l’accent sur cette mobilisation
au plan régional pour trouver des solutions
durables à la crise. James Wolfensohn, ancien
patron de la Banque mondiale, revenait sur cette
urgence en affirmant que l’Afrique ne peut
s’en sortir que par l’intégration
». Pour sa part, l’UEMOA a voulu joindre
le geste à la parole en se retrouvant à
Abidjan pour tenter de mobiliser 100 milliards de
FCFA dans l’optique d’engager les réformes
indispensables. Toutes choses qui ne doivent pas
dispenser, en interne, de mettre un peu d’ordre
dans la gouvernance des Etats, de combattre la corruption,
les fraudes, les violences, de chercher à
rétablir les fondamentaux de la bonne gouvernance,
en quelque sorte. En conclusion, la réaction
internationale, pour une fois, va au fond des choses.
Elle peut, en jouant de pressions positives, favoriser
les changements structurels qui s’imposent
face à la crise structurelle.
TOMI. |
L’AGITATION
MONDIALE EST CALCULEE
Les partenaires n’arrêtent pas de prévenir
contre la famine qui vient et les horreurs qu’elle
va déchaîner, surtout dans les pays
les plus pauvres. Ils parlent si fort, avec apparemment
tant de conviction, que les bourses commencent à
se délier. Mais il faut prendre le temps
d’écouter ceux qui disent de faire
attention parce qu’il pourrait y avoir anguille
sous roche. Les mêmes qui aujourd’hui
sont transis de compassion pour nous ont il n’y
a pas longtemps, sachez-le, réduit leur aide
publique au développement, sachant très
bien que l’Afrique en avait besoin. Ils ont
été aussi, ne l’oublions pas,
ceux qui ont de différentes façons
contraint les pays africains à s’engager
dans la monoculture, dans les politiques au détriment
des cultures vivrières qui font tant défaut
aujourd’hui, l’ajustement structurel
forcé qui a abandonné à leur
sort les secteurs sociaux de base tels la santé,
l’éducation…. C’est aussi
eux qui ont catapulté les pays pauvres dans
la mondialisation ultralibérale sans préparation,
sans mise à niveau comme si on voulait les
voir « terminés » par des adversaires
voraces et hors de portée. Les décisions
ont toujours été ainsi prises du haut
et imposées au bas de l’échelle.
Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui disent
que toutes ces politiques étaient fausses
et qui, sans prendre le temps de s’amender,
de réparer les torts commis, même pas
de nous interroger sur nos attentes, nos réflexions,
viennent encore avec des solutions clés en
main pour, disent-ils, nous aider à faire
face au défi. Ca suffit ! L’Afrique
a suffisamment de compétences, d’expériences,
pour être en mesure de proposer ses propres
schémas de développement. Tout cet
argent qu’on mobilise, en décidant
déjà de son affectation, sans avoir
pris le soin d’aider à assainir les
fondamentaux de la gouvernance, de briser les chaînes
de détournement de l’aide au développement
en amont comme en aval, risque de nous exposer encore
aux dilapidations de toujours. Je suis tout à
fait de l’avis du Président Abdoulaye
Wade qui montre la plus grande réserve par
rapport à cette mobilisation des humanitaires
et de certains Partenaires. Comme l’eau va
à la rivière, l’aide a toujours
beaucoup profité à ceux qui la donnent
et à ceux qui pullulent dans le secteur juteux
de l’humanitaire, et si rien n’est changé
dans les structures d’accueil, de gestion,
dans la conduite des Etats, il n’y a pas de
raison que ça change. Les populations seront
toujours les dindons de la farce de l’aide
au développement !
TOZI. |