Mise à jour le 27/04/2008
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San Finna N°461 du 28 Avril au 04 Mai 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

LA CROISADE INTERNATIONALE POUR UNE REFONDATION DE LA POLITIQUE D’AIDE A L’AGRICULTURE EST-ELLE SINCERE OU NON ?

Face à la crise mondiale, on sent une agitation de la part des partenaires techniques et financiers autour de la dénonciation des dangers à venir, surtout pour les pays pauvres, mais aussi par rapport à la mobilisation de l’aide d’urgence à apporter aux pays en danger de famine pour parer au plus pressé. Il y en a qui applaudissent, soutenant que c’est un déclic pour plus de solidarité internationale et que cela fera contagion et favorisera même la réflexion pour la bonne gouvernance politique et économique. Pour d’autres, faut pas s’y tromper : il y en a qui ont vu dans ce malheur qui s’annonce, encore une occasion de s’en mettre plein les poches, comme on l’a toujours fait en agitant les peurs et en exploitant les misères. S’ils se démènent comme de beaux diables, c’est pour encore se sucrer sur le dos des victimes potentielles : les pauvres. Deux sons de cloche.

LA REACTION MONDIALE EST DESINTERESSEE

Pour une fois au moins, la communauté internationale a pris le taureau par les cornes. Les émeutes qui ont touché pas moins de 37 pays dans le monde, principalement en Afrique, titillent la conscience internationale et éveillent les opinions publiques sur les risques que pourrait entraîner une famine généralisée dans les pays pauvres. Déjà que les pays du Nord peinent à endiguer les flots d’émigrés, qu’est-ce que ce sera avec la déferlante de hordes de femmes et d’hommes dont la faim aura encore plus aiguisé les audaces ? Il faut donc comprendre l’élan de solidarité qui s’est manifesté. Même si on peut suspecter son caractère noble, humanitaire, le fait est là que tous ces pays développés savent que les conséquences désastreuses d’une crise généralisée ne se feront pas seulement sentir en Afrique. Il ne faut donc pas voir le mal partout mais imaginer qu’à quelque chose malheur puisse être bon et que la volonté des partenaires d’engager la réflexion sur une refondation des politiques d’aide à l’agriculture et de gouvernance ne soient pas hypocrites. De toutes les façons, les pays africains n’ont pas le choix. L’aide internationale, ils en ont besoin car les données de la crise sont telles qu’ils sont incapables de la maîtriser tout seuls. Les Etats européens eux-mêmes sont obligés de concevoir la formule de gouvernement économique communautaire pour y faire face. C’est dire qu’en plus de l’apport international, ils doivent au plan régional, avancer plus hardiment dans l’intégration pour trouver des formes de résistance plus adaptées et plus efficaces contre la crise. Des voix se sont élevées au plan national pour mettre l’accent sur cette mobilisation au plan régional pour trouver des solutions durables à la crise. James Wolfensohn, ancien patron de la Banque mondiale, revenait sur cette urgence en affirmant que l’Afrique ne peut s’en sortir que par l’intégration ». Pour sa part, l’UEMOA a voulu joindre le geste à la parole en se retrouvant à Abidjan pour tenter de mobiliser 100 milliards de FCFA dans l’optique d’engager les réformes indispensables. Toutes choses qui ne doivent pas dispenser, en interne, de mettre un peu d’ordre dans la gouvernance des Etats, de combattre la corruption, les fraudes, les violences, de chercher à rétablir les fondamentaux de la bonne gouvernance, en quelque sorte. En conclusion, la réaction internationale, pour une fois, va au fond des choses. Elle peut, en jouant de pressions positives, favoriser les changements structurels qui s’imposent face à la crise structurelle.



TOMI.

L’AGITATION MONDIALE EST CALCULEE

Les partenaires n’arrêtent pas de prévenir contre la famine qui vient et les horreurs qu’elle va déchaîner, surtout dans les pays les plus pauvres. Ils parlent si fort, avec apparemment tant de conviction, que les bourses commencent à se délier. Mais il faut prendre le temps d’écouter ceux qui disent de faire attention parce qu’il pourrait y avoir anguille sous roche. Les mêmes qui aujourd’hui sont transis de compassion pour nous ont il n’y a pas longtemps, sachez-le, réduit leur aide publique au développement, sachant très bien que l’Afrique en avait besoin. Ils ont été aussi, ne l’oublions pas, ceux qui ont de différentes façons contraint les pays africains à s’engager dans la monoculture, dans les politiques au détriment des cultures vivrières qui font tant défaut aujourd’hui, l’ajustement structurel forcé qui a abandonné à leur sort les secteurs sociaux de base tels la santé, l’éducation…. C’est aussi eux qui ont catapulté les pays pauvres dans la mondialisation ultralibérale sans préparation, sans mise à niveau comme si on voulait les voir « terminés » par des adversaires voraces et hors de portée. Les décisions ont toujours été ainsi prises du haut et imposées au bas de l’échelle. Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui disent que toutes ces politiques étaient fausses et qui, sans prendre le temps de s’amender, de réparer les torts commis, même pas de nous interroger sur nos attentes, nos réflexions, viennent encore avec des solutions clés en main pour, disent-ils, nous aider à faire face au défi. Ca suffit ! L’Afrique a suffisamment de compétences, d’expériences, pour être en mesure de proposer ses propres schémas de développement. Tout cet argent qu’on mobilise, en décidant déjà de son affectation, sans avoir pris le soin d’aider à assainir les fondamentaux de la gouvernance, de briser les chaînes de détournement de l’aide au développement en amont comme en aval, risque de nous exposer encore aux dilapidations de toujours. Je suis tout à fait de l’avis du Président Abdoulaye Wade qui montre la plus grande réserve par rapport à cette mobilisation des humanitaires et de certains Partenaires. Comme l’eau va à la rivière, l’aide a toujours beaucoup profité à ceux qui la donnent et à ceux qui pullulent dans le secteur juteux de l’humanitaire, et si rien n’est changé dans les structures d’accueil, de gestion, dans la conduite des Etats, il n’y a pas de raison que ça change. Les populations seront toujours les dindons de la farce de l’aide au développement !

TOZI.

Citation de la semaine

«Diviser pour régner est une devise valable.
Mais rassembler et guider en est une bien meilleure.»

Margaret THATCHER






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