San
Finna N°501 du
09 au 15 Février 2009 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
LES
ETATS-UNIS D’AFRIQUE
LE MYTHE PEUT-IL FORCER LA REALITE AVEC MOUAMMAR KADHAFI
?
DES BURKINABE SE PRONONCENT
Kadhafi
a été porté à la tête
de l’Union africaine. Cela fait des gorges
chaudes de la part d’un certain nombre de
chefs d’Etat qui craignent que l’Afrique
ne
Le
colonel Kadhafi quitte le 12e sommet de l'Union
africaine.
( Photo : AFP )
souffre
d’une gestion fantasque et que, obnubilé
par son rêve d’unité africaine,
le grand Bédouin ne brûle les étapes
pour compromettre en fait, la réalisation
de cette unité. Pendant que le débat
bat son plein, on ne peut s’empêcher
de se dire que, même si le « Guide »
est l’électron libre que l’on
sait, il pourrait avoir quelque ressort qui lui
permette de booster l’Union africaine. D’ailleurs,
on savait bien qu’il était un personnage
plutôt fantasque mais on ne l’en courtisait
pas moins, il n’y a pas encore si
longtemps, jusqu’à lui offrir sur un
plateau d’argent, son Union africaine si désirée.
Ses foucades rendront-elles détestable le
rêve de fédération africaine
ou saura-t-il modérer suffisamment ses incartades,
sa phobie de la démocratie, sa mégalomanie
pour ne mettre en avant que le seul intérêt
du continent africain ? C’est toute la question.
Mais sans préjuger, nous avons essayé
de savoir auprès d’une brochette de
Burkinabé de tous horizons, ce qu’ils
pensent de cette élection. Voici la question
que nous avons posé : « Que pensez-vous
de l’élection de Mouammar Kadhafi à
la tête de l’Union africaine et de son
projet sur les Etats-Unis d’Afrique ? »
Mariam
Ouédraogo, Secrétaire nationale chargée
de la promotion de la Femme : « Mon parti
ne s’est pas encore prononcé. Mais sur le
sujet, j’ai parcouru quelques journaux et je me
suis entretenue avec le président de mon parti.
L’opinion que je vais émettre, tout à
fait personnelle, n’en reflète pas moins
cependant le point de vue de Me Hermann Yaméogo.
Avant toute chose, je tiens à dire clairement que
je n’adhère pas à la conception que
Kadhafi a de la gouvernance politique de son pays et du
continent. Nous sommes attachés, à l’UNDD,
aux droits de l’homme, à la démocratie
et à une politique de gestion des flux migratoires
plus humaine, plus solidaire, plus fraternelle, et entre
nous Africains surtout lorsqu’on se déclare
comme Kadhafi, être le continuateur de l’œuvre
de Kwame N’Nkrumah. Ceci dit, nous sommes tout aussi
intrinsèquement liés à l’intégration,
à la fédération africaine. Or, la
fédération, de quelque côté
que l’on se trouve dans le monde, ne s’est
jamais réalisée par un coup de baguette
magique. Il a souvent fallu la construire par les larmes
et par le sang. Il en a ainsi été des Etats-Unis,
de la Fédération canadienne, de celle de
Russie ou d’Afrique du Sud…. Et dans la plupart
des cas, c’est parce qu’il y a eu ou des leaders
charismatiques, courageux, que des foules ont pu être
entraînées à leur suite, pour réaliser
la fédération. De ce point de vue, de tous
les chefs d’Etat africains, Kadhafi est celui qui
semble le plus à même d’impulser cette
énergie pour aller de l’avant.
Autre chose : l’intégration qui était
déjà une priorité dans les années
60 et que N’Nkrumah, grand visionnaire, demandait
de réaliser avant la consolidation des nationalismes,
est encore plus de nos jours, une obligation catégorique
pour nos dirigeants et nos peuples. On constate malheureusement
que 50 ans après, on en est à perpétuer
le clivage stérile entre partisans de la fédération
immédiate et de la fédération à
petits pas. La ligne de démarcation qu’on
a sentie à la dernière réunion de
l’Union africaine entre fédéralistes
et souverainistes reflète cette même réalité.
C’est comme si on n’avait pas bougé
en 50 ans. Et ce qui est encore plus pitoyable, c’est
qu’on se répand sur les frasques d’un
Kadhafi uniquement pour masquer des résistances
à abandonner des parcelles de souveraineté
au profit d’une entité supranationale appelée
Fédération. La vérité, c’est
que chacun veut toujours rester seigneur chez lui, même
quand sa Seigneurie périclite et que le devoir
d’union s’impose de plus en plus par les faits.
Je pense qu’il faut sortir de l’impasse surtout
que, quand on regarde bien, tout le monde est d’accord
pour les Etats-Unis d’Afrique. Si tel est le cas,
on peut laisser Kadhafi réaliser, avant la fin
de son mandat, ses Etats-Unis d’Afrique avec ceux
qui sont d’ores et déjà prêts,
les autres pouvant au fur et à mesure qu’ils
seront prêts, rejoindre la grande famille. Les fédérations
ne se construisent pas en une fois et définitivement.
En Europe, l’Union européenne a imité
ce schéma de l’intégration à
forme concentrique avec le Benelux ».
Stanislas
Bama : Chef de département Géographique
(Université de Ouagadougou)
Moi
personnellement je ne crois pas au Colonel Kadhafi. Parce
que ce monsieur prend ses rêves pour la réalité.
C’est pour cela que je ne crois pas à son
projet de l’Union Africaine. Quant à sa présidence
de l’Union africaine, je pense qu’il va prendre
des décisions à sa tête sans concertation
avec les autres chefs d’Etats. Le principal défaut
du Colonel Kadhafi, c’est qu’il minimise les
autres chefs d’Etats. Il le fait tout simplement
parce qu’il a beaucoup d’argent, parce qu’il
a plusieurs fois aidé certains chefs d’Etats
financièrement. Pour cela donc, il se prend pour
le centre de la terre et n’a pas de pensée
pour les autres chefs d’Etats. Sa présidence
de l’Union africaine à mon avis sera catastrophique.
Ça le sera pour lui-même et pour l’Afrique.
Je vais vous dire pourquoi : il prendra des décisions
sans se référer aux autres chefs d’Etats.
Alors eux aussi vont se sentir frustrés. On se
souvient qu’au dernier sommet d’Addis-Abeba,
il a eu des altercations avec le président ougandais
; je sais qu’avec le président Wade, les
choses ne sont pas comme il le faut. L’absence d’un
certain nombre de chefs d’Etats a aussi posé
problème. Ils ont trouvé des prétextes
pour ne pas y aller parce qu’ils sont gênés
par cette histoire de l’Union Africaine avec Kadhafi.
S’il tient aux Etats-Unis d’Afrique c’est
parce que tout simplement il veut en être le Président.
Et si ce projet se réalise et que l’on propose
par exemple un Wade comme Président ou encore Blaise
Compaoré, vous allez constater que Kadhafi va se
retirer. Il parle de ce projet parce qu’il pense
qu’il doit être le Président parce
que d’un, il a l’argent, et deux, parce qu’il
en est l’initiateur.
Dans la réalité, il faut reconnaître
que l’Afrique est très morcelée. Il
y a l’Afrique du sud qui ne se sent pas concernée
par les problèmes du continent, les pays du Maghreb,
la Libye, la Tunisie ce n’est pas leur problème.
Prenez un pays comme l’Egypte, le Président
Moubarak ne va jamais aux sommets de l’Union Africaine,
ça ne l’intéresse pas, il ne se sent
pas concerné. Du coup, on a une Afrique avec plusieurs
sous-espaces, il y a l’Afrique du nord, l’Afrique
du sud, l’Afrique de l’ouest, etc. tout cela
fait qu’il est difficile de parler des Etats-Unis
d’Afrique. Je crois qu’il est mieux de suivre
l’option des chefs d’Etats qui disent qu’il
faut aller progressivement, par étapes vers les
Etats-Unis d’Afrique. Cela me semble une position
réfléchie. Dans ces types de situation,
il faut aller doucement, progressivement pour permettre
de régler les problèmes au fur et à
mesure. Sinon pour conclure, la Présidence de l’Union
Africaine de Kadhafi va être une catastrophe en
2009 pour lui-même et pour l’Union Africaine.