DIFFEREND
MALGACHE
RAVALOMANANA N’A PAS BENEFICIE D’UN QUITUS
IL A REÇU UN SEVERE AVERTISSEMENT
Dès
le début de l’éclatement de la crise malgache,
la tentation était pesante pour beaucoup de prendre partie
pour le Président en exercice au détriment de
son adversaire.
Ce
qui frappait alors, c’étaient des considérations
personnelles, les similitudes plutôt frappantes
entre les deux hommes. Marc |
RAJOELINA
ET RAVALOMANANA (Photo L’Express)
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Ravalomanana
et Andry Rajoelina étaient tous deux des «
Self made men » (NDLR : hommes qui se sont faits
tout seuls, ayant réussi par leurs seules force
et volonté) ; ils étaient tous deux des
hommes d’affaires milliardaires ayant décroché
la mairie de Tananarive |
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et ayant affirmé leurs prétentions présidentielles
à partir de leur élection à la tête
de la mairie de la capitale. Le jugement sur les comportements
ne pouvait qu’inciter à la banalisation de
la contestation pour ne la ramener qu’à un
simple accès d’ambition personnelle. |
L’autre élément qui pouvait renforcer cette
dépréciation de la crise se trouvait, disons,
dans l’amateurisme de l’un et le professionnalisme
de l’autre. Le premier, Andry Rajoelina apparaissait plutôt
comme un dilettante, excité par les vivats des masses
qu’il drainait et qui croyait que cette vague suffisait
à le mener droit à la tête de l’Etat.
Pour cela, il a « balancé » décision
péremptoire sur décision péremptoire, sans
qu’on en voie les résultats sur le terrain. Il
a confondu vitesse et précipitation. L’autre, pas
du tout excité, avec un flegme britannique, très
net, s’est gardé de faire dans la répression
à tout va, dans les arrestations, dans les déclarations
intempestives. Il a laissé l’opinion juge de l’inconsistance
de son vis-à-vis. Du coup, la balance a eu tendance à
pencher en faveur de la responsabilité contre l’aventure
et il semble, sauf extraordinaire, que Ravalomanana soit en
passe de sauver son fauteuil.
Mais au-delà de la gestuelle, de la forme pour tout dire,
il faut prendre en considération le fond. Or, quel est-il,
celui-là ?
Il réside dans ce mécontentement populaire et
dans cette colère (et même cette rage dirions-nous)
dus aux promesses non tenues du président en exercice,
à l’utilisation par ce dernier des privilèges
d’Etat pour favoriser ses entreprises personnelles. Cette
exaspération des Malgaches est également liée
à l’inaptitude de l’Etat à réduire
la pauvreté, à obtenir un meilleur partage de
l’effort national qui contracte l’écart grandissant
entre ces trop-riches et ces trop-pauvres. En y regardant de
plus près, on verrait qu’il ne faut pas trop tôt
crier victoire, donner le bon Dieu sans confession à
Ravalomanana et recaler illico presto Andry Rajoelina parce
qu’il n’a pas la « tchatche », la maîtrise
de soi. C’est justement l’erreur qui n’a pas
été commise par l’Union européenne
qui, sans être pro-Rajoelina, n’a pas hésité
à suivre la mesure prise par le FMI de retarder le déblocage
de son aide budgétaire. Si justement le FMI a décidé
de suspendre l’examen du dossier malgache en attendant
la note explicative du gouvernement sur la procédure
suivie pour l’acquisition du nouvel avion présidentiel,
l’UE a estimé pour sa part que la gestion des finances
publiques vers la fin de l'exercice 2008 n'a pas été
saine. L’Ambassadeur de l’UE, Jean-Claude Boidin,
a été parfaitement clair à cet égard
: “ Les bailleurs de fonds ont remarqué un manque
de transparence dans la manipulation du budget de l’Etat
”. Préalable de fond, s’il en était
!
Et quand on y pense bien, si le jeune maire a été
soutenu par la classe politique, la société civile,
avec en prime des adhésions populaires dans bien de villes
de la grande Ile, c’est donc bien parce que la Cause avait
de la substance. Ce n’est pas seulement parce qu’ils
avaient envie de connaître les frissons de la grande vitesse
avec « TGV » !
Retenons donc que le maire fébrile a surtout été
et reste jusqu’à preuve du contraire, le vecteur
d’une alerte, que Ravalomanana ferait bien de prendre
au sérieux pour ne pas devoir faire face demain à
un autre assaut, peut-être mieux préparé
dans la forme comme dans le fond. Ravalomanana, en conclusion,
est loin d’avoir eu un quitus ; il a reçu un avertissement,
et quand on sait combien les Malgaches sont prompts à
remettre ça, il ferait bien d’en tirer les meilleures
leçons, de retirer vite fait, bien fait, son projet d’acquisition
d’avion présidentiel quand les populations souffrent
le martyr mais d’une manière générale,
de revoir sa gouvernance nationale pour la recadrer au goût
des attentes populaires et des exigences démocratiques.
DERNIERE MINUTE : Au moment de boucler, nous
apprenons qu’Andry Rajoelina, qu’on pensait plutôt
affaibli, a continué dans son un bras de fer avec le
président Marc Ravalomanana en prenant la tête,
le samedi 07 février 2009 devant plus de 20.000 partisans,
d'une "Haute autorité de transition". Une proche
du maire élu a déclaré ceci : "Vu
le vide institutionnel relatif à la procédure
de destitution du président (...), Andry Rajoelina est
nommé président de la Haute autorité de
transition". Il a ensuite nommé son Premier ministre,
Roindefo Monja, un homme politique de Tulear (sud-ouest). Nous
apprenons également, et hélas, que plus de 35
personnes ont été tuées par les forces
de l’ordre à l’occasion de ce grand rassemblement.
Sans sommation ! Est-ce à dire que le flegme de Ravalomanana
a cédé le pas à la répression ?
On ne saurait lui recommander une telle fuite en avant !