Mise à jour le 08/02/2009
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San Finna N°501 du 09 au 15 Février 2009
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

  

Au courant de la plume

DIFFEREND MALGACHE
RAVALOMANANA N’A PAS BENEFICIE D’UN QUITUS
IL A REÇU UN SEVERE AVERTISSEMENT

Dès le début de l’éclatement de la crise malgache, la tentation était pesante pour beaucoup de prendre partie pour le Président en exercice au détriment de son adversaire.

Ce qui frappait alors, c’étaient des considérations personnelles, les similitudes plutôt frappantes entre les deux hommes. Marc

RAJOELINA ET RAVALOMANANA (Photo L’Express)
Ravalomanana et Andry Rajoelina étaient tous deux des « Self made men » (NDLR : hommes qui se sont faits tout seuls, ayant réussi par leurs seules force et volonté) ; ils étaient tous deux des hommes d’affaires milliardaires ayant décroché la mairie de Tananarive
et ayant affirmé leurs prétentions présidentielles à partir de leur élection à la tête de la mairie de la capitale. Le jugement sur les comportements ne pouvait qu’inciter à la banalisation de la contestation pour ne la ramener qu’à un simple accès d’ambition personnelle.


L’autre élément qui pouvait renforcer cette dépréciation de la crise se trouvait, disons, dans l’amateurisme de l’un et le professionnalisme de l’autre. Le premier, Andry Rajoelina apparaissait plutôt comme un dilettante, excité par les vivats des masses qu’il drainait et qui croyait que cette vague suffisait à le mener droit à la tête de l’Etat. Pour cela, il a « balancé » décision péremptoire sur décision péremptoire, sans qu’on en voie les résultats sur le terrain. Il a confondu vitesse et précipitation. L’autre, pas du tout excité, avec un flegme britannique, très net, s’est gardé de faire dans la répression à tout va, dans les arrestations, dans les déclarations intempestives. Il a laissé l’opinion juge de l’inconsistance de son vis-à-vis. Du coup, la balance a eu tendance à pencher en faveur de la responsabilité contre l’aventure et il semble, sauf extraordinaire, que Ravalomanana soit en passe de sauver son fauteuil.

Mais au-delà de la gestuelle, de la forme pour tout dire, il faut prendre en considération le fond. Or, quel est-il, celui-là ?

Il réside dans ce mécontentement populaire et dans cette colère (et même cette rage dirions-nous) dus aux promesses non tenues du président en exercice, à l’utilisation par ce dernier des privilèges d’Etat pour favoriser ses entreprises personnelles. Cette exaspération des Malgaches est également liée à l’inaptitude de l’Etat à réduire la pauvreté, à obtenir un meilleur partage de l’effort national qui contracte l’écart grandissant entre ces trop-riches et ces trop-pauvres. En y regardant de plus près, on verrait qu’il ne faut pas trop tôt crier victoire, donner le bon Dieu sans confession à Ravalomanana et recaler illico presto Andry Rajoelina parce qu’il n’a pas la « tchatche », la maîtrise de soi. C’est justement l’erreur qui n’a pas été commise par l’Union européenne qui, sans être pro-Rajoelina, n’a pas hésité à suivre la mesure prise par le FMI de retarder le déblocage de son aide budgétaire. Si justement le FMI a décidé de suspendre l’examen du dossier malgache en attendant la note explicative du gouvernement sur la procédure suivie pour l’acquisition du nouvel avion présidentiel, l’UE a estimé pour sa part que la gestion des finances publiques vers la fin de l'exercice 2008 n'a pas été saine. L’Ambassadeur de l’UE, Jean-Claude Boidin, a été parfaitement clair à cet égard : “ Les bailleurs de fonds ont remarqué un manque de transparence dans la manipulation du budget de l’Etat ”. Préalable de fond, s’il en était !

Et quand on y pense bien, si le jeune maire a été soutenu par la classe politique, la société civile, avec en prime des adhésions populaires dans bien de villes de la grande Ile, c’est donc bien parce que la Cause avait de la substance. Ce n’est pas seulement parce qu’ils avaient envie de connaître les frissons de la grande vitesse avec « TGV » !


Retenons donc que le maire fébrile a surtout été et reste jusqu’à preuve du contraire, le vecteur d’une alerte, que Ravalomanana ferait bien de prendre au sérieux pour ne pas devoir faire face demain à un autre assaut, peut-être mieux préparé dans la forme comme dans le fond. Ravalomanana, en conclusion, est loin d’avoir eu un quitus ; il a reçu un avertissement, et quand on sait combien les Malgaches sont prompts à remettre ça, il ferait bien d’en tirer les meilleures leçons, de retirer vite fait, bien fait, son projet d’acquisition d’avion présidentiel quand les populations souffrent le martyr mais d’une manière générale, de revoir sa gouvernance nationale pour la recadrer au goût des attentes populaires et des exigences démocratiques.


DERNIERE MINUTE : Au moment de boucler, nous apprenons qu’Andry Rajoelina, qu’on pensait plutôt affaibli, a continué dans son un bras de fer avec le président Marc Ravalomanana en prenant la tête, le samedi 07 février 2009 devant plus de 20.000 partisans, d'une "Haute autorité de transition". Une proche du maire élu a déclaré ceci : "Vu le vide institutionnel relatif à la procédure de destitution du président (...), Andry Rajoelina est nommé président de la Haute autorité de transition". Il a ensuite nommé son Premier ministre, Roindefo Monja, un homme politique de Tulear (sud-ouest). Nous apprenons également, et hélas, que plus de 35 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre à l’occasion de ce grand rassemblement. Sans sommation ! Est-ce à dire que le flegme de Ravalomanana a cédé le pas à la répression ? On ne saurait lui recommander une telle fuite en avant !

La Rédaction

 






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