DISTRIBUTION
DE BONS D’ACHATS ALIMENTAIRES
QU’EN PENSENT DES BURKINABE ?
La
première distribution de bons d’achat
alimentaires sur le continent, a eu lieu à
Ouagadougou, pour aider 120.000 personnes qui souffrent
de la cherté de la vie.
Les participants à ce programme managé
par le Programme alimentaire mondial (PAM) recevront
un bon d'achat d'une valeur de 1.500 francs CFA. Chaque
famille recevra jusqu'à six coupons par mois,
et ce pendant six mois. Pour un bon d'achat, chaque
famille peut se rendre dans un magasin qui a passé
un contrat avec le PAM et reçoit du maïs,
de l'huile, du sucre, du sel et du savon en échange
du coupon. Une compagnie locale de micro-finance,
Microfi, est chargée de payer les commerçants.
L’opération sera étendue le mois
prochain à Bobo-Dioulasso pour 60.000 personnes.
Sachez que les pays donateurs à l'opération
de bons d'achat sont : Le royaume d'Arabie Saoudite
(5 millions de dollars), le Burkina Faso (1,2 millions
de dollars) et une structure des Nations Unies (750
000 dollars).
Nous avons tendu notre micro pour savoir
ce qu’en pensent des Burkinabé.
Bernadette
Kaboré, Ménagère au Secteur 13
de Ouaga : «C’est bien mais j’aimerais
bien savoir comment on a choisi les familles qui vont
bénéficier. Qu’on nous dise vite
sinon, presque tout le monde a des problèmes
pour survivre. J’espère que le nombre
de familles qui vont être aidées va augmenter
et que la mienne en fera partie, car c’est pas
beaucoup ce qu’on donne mais ça peut
aider quand on a si peu, surtout que vous m’avez
expliqué que c’est fait en plusieurs
fois».
Paul
Ilboudo, Commerçant à Gounghin (Ouaga)
: « Pourquoi on a choisi notre pays
? Je me demande. On peut croire que c’est pour
faire de la publicité au régime pour
montrer qu’on s’inquiète du sort
du peuple. Mais la mesure est si petite par rapport
aux problèmes immenses que je me demande si
c’est ça qu’on devait faire, si
ça va servir quelque chose. Ceux qui aident
pour ce programme, doivent faire en sorte que tout
le monde bénéficie un peu. Sinon, c’est
pas la peine, et en tous cas, pour moi, c’est
au pouvoir d’empêcher que le sac de maïs
monte jusqu’à 30 ou 35.000 car le peuple
ne peut pas l’accepter. On n’a pas produit
autant de céréales au Faso pour en manquer
! C’est inacceptable ».
Aziz
Sirima, Etudiant à Koudougou : «Bien
qu’il soit préférable d’apprendre
à pêcher qu’à recevoir perpétuellement
du poisson, l’aumône a aussi une utilité
sociale indéniable. Du reste, les religions
en font une pratique institutionnalisée. Mais
elle peut aboutir à des effets pervers. Au
Faso, pays qu’on encense à intervalles
réguliers pour ses réussites à
tout point de vue, on entend de plus en plus parler
de « restau du cœur », mais pas à
la manière du bon Coluche. Les élections
sont proches et il faut s’attacher des fidélités
par le ventre. Cette aumône-là, on n’en
veut pas. On apprend aussi qu’il a été
décidé, comme en temps de guerre, de
distribuer des tickets d’alimentation. Sommes-nous
arrivés à un tel point de pénurie
qu’il nous faille exhiber ainsi notre indigence
? Pourquoi alors tous ces discours sur le fait que
tout va bien ? Pourquoi n’avoir pas prévenu
que la disette était à nos portes ?
Ce n’est pas du tout un signe de bonne gouvernance.
Et puis, même s’il fallait contre mauvaise
fortune faire bon cœur, parce qu’on ne
refuse pas un don, quels en seront les bénéficiaires
quand on sait que le Système ici est organisé
de telle sorte que n’a pas droit qui veut à
un marché, à une bourse, à un
prêt … ? »
Haoua
Ouédraogo, femme d’affaires à
Ouaga (centre ville) : « Je trouve
que c’est très bien et je félicite
cette mesure. Le pouvoir a compris qu’il fallait
vraiment agir, et il a bougé. Petit à
petit, même si c’est dur, on va réussir.
Des gens vont être soulagés mais bien
sûr, on ne pourra pas aider tout le monde. C’est
déjà un effort que je salue vraiment».
Jean
Dabiré, Enseignant dans la privé à
Ouaga : « Pour moi, ça veut
bien dire que notre pays est à la limite de
la famine, qu’il est plus touché que
les autres. Pas étonnant avec ces prix exagérés
des céréales. Le pouvoir veut calmer
les gens car si ça continue, ça va péter
mais je me demande si ça va suffire. Le pouvoir,
au lieu d’avoir recours à ces petits
pansements, devrait lutter pour que nos céréales
se vendent à un prix normal et baisser sérieusement
le prix des carburants. Là, tout le monde va
sentir que ça va mieux, et pas quelques familles
seulement. Si ça continue comme ça,
en tout cas, je ne sais pas où on va. Il y
a aussi que je me demande sur quelle base la compagnie
locale de micro-finance s’est retrouvée
attributaire, si on peut dire, de ce marché».
Thierry Nabyouré