Mise à jour le 15/02/2009
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San Finna N°502 du 16 au 22 Février 2009
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

DISTRIBUTION DE BONS D’ACHATS ALIMENTAIRES
QU’EN PENSENT DES BURKINABE ?

La première distribution de bons d’achat alimentaires sur le continent, a eu lieu à Ouagadougou, pour aider 120.000 personnes qui souffrent de la cherté de la vie.

Les participants à ce programme managé par le Programme alimentaire mondial (PAM) recevront un bon d'achat d'une valeur de 1.500 francs CFA. Chaque famille recevra jusqu'à six coupons par mois, et ce pendant six mois. Pour un bon d'achat, chaque famille peut se rendre dans un magasin qui a passé un contrat avec le PAM et reçoit du maïs, de l'huile, du sucre, du sel et du savon en échange du coupon. Une compagnie locale de micro-finance, Microfi, est chargée de payer les commerçants.

L’opération sera étendue le mois prochain à Bobo-Dioulasso pour 60.000 personnes.

Sachez que les pays donateurs à l'opération de bons d'achat sont : Le royaume d'Arabie Saoudite (5 millions de dollars), le Burkina Faso (1,2 millions de dollars) et une structure des Nations Unies (750 000 dollars).


Nous avons tendu notre micro pour savoir ce qu’en pensent des Burkinabé.

Bernadette Kaboré, Ménagère au Secteur 13 de Ouaga : «C’est bien mais j’aimerais bien savoir comment on a choisi les familles qui vont bénéficier. Qu’on nous dise vite sinon, presque tout le monde a des problèmes pour survivre. J’espère que le nombre de familles qui vont être aidées va augmenter et que la mienne en fera partie, car c’est pas beaucoup ce qu’on donne mais ça peut aider quand on a si peu, surtout que vous m’avez expliqué que c’est fait en plusieurs fois».

Paul Ilboudo, Commerçant à Gounghin (Ouaga) : « Pourquoi on a choisi notre pays ? Je me demande. On peut croire que c’est pour faire de la publicité au régime pour montrer qu’on s’inquiète du sort du peuple. Mais la mesure est si petite par rapport aux problèmes immenses que je me demande si c’est ça qu’on devait faire, si ça va servir quelque chose. Ceux qui aident pour ce programme, doivent faire en sorte que tout le monde bénéficie un peu. Sinon, c’est pas la peine, et en tous cas, pour moi, c’est au pouvoir d’empêcher que le sac de maïs monte jusqu’à 30 ou 35.000 car le peuple ne peut pas l’accepter. On n’a pas produit autant de céréales au Faso pour en manquer ! C’est inacceptable ».

Aziz Sirima, Etudiant à Koudougou : «Bien qu’il soit préférable d’apprendre à pêcher qu’à recevoir perpétuellement du poisson, l’aumône a aussi une utilité sociale indéniable. Du reste, les religions en font une pratique institutionnalisée. Mais elle peut aboutir à des effets pervers. Au Faso, pays qu’on encense à intervalles réguliers pour ses réussites à tout point de vue, on entend de plus en plus parler de « restau du cœur », mais pas à la manière du bon Coluche. Les élections sont proches et il faut s’attacher des fidélités par le ventre. Cette aumône-là, on n’en veut pas. On apprend aussi qu’il a été décidé, comme en temps de guerre, de distribuer des tickets d’alimentation. Sommes-nous arrivés à un tel point de pénurie qu’il nous faille exhiber ainsi notre indigence ? Pourquoi alors tous ces discours sur le fait que tout va bien ? Pourquoi n’avoir pas prévenu que la disette était à nos portes ? Ce n’est pas du tout un signe de bonne gouvernance. Et puis, même s’il fallait contre mauvaise fortune faire bon cœur, parce qu’on ne refuse pas un don, quels en seront les bénéficiaires quand on sait que le Système ici est organisé de telle sorte que n’a pas droit qui veut à un marché, à une bourse, à un prêt … ? »

Haoua Ouédraogo, femme d’affaires à Ouaga (centre ville) : « Je trouve que c’est très bien et je félicite cette mesure. Le pouvoir a compris qu’il fallait vraiment agir, et il a bougé. Petit à petit, même si c’est dur, on va réussir. Des gens vont être soulagés mais bien sûr, on ne pourra pas aider tout le monde. C’est déjà un effort que je salue vraiment».

Jean Dabiré, Enseignant dans la privé à Ouaga : « Pour moi, ça veut bien dire que notre pays est à la limite de la famine, qu’il est plus touché que les autres. Pas étonnant avec ces prix exagérés des céréales. Le pouvoir veut calmer les gens car si ça continue, ça va péter mais je me demande si ça va suffire. Le pouvoir, au lieu d’avoir recours à ces petits pansements, devrait lutter pour que nos céréales se vendent à un prix normal et baisser sérieusement le prix des carburants. Là, tout le monde va sentir que ça va mieux, et pas quelques familles seulement. Si ça continue comme ça, en tout cas, je ne sais pas où on va. Il y a aussi que je me demande sur quelle base la compagnie locale de micro-finance s’est retrouvée attributaire, si on peut dire, de ce marché».

Thierry Nabyouré






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