San
Finna N°511 du
20 au 26 Avril 2009 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
ME
YAMEOGO ET LA LOI SUR LE QUOTA DE 30 % POUR LES FEMMES
C’est
par une majorité massive de 87 % que l’Assemblée
nationale a voté le 16 avril 2009, la loi portant
fixation des quotas aux élections législatives
et municipales. Dans son esprit, cette loi oblige les
partis politiques à faire figurer désormais
sur leurs listes, un minimum de 30 % de candidatures
féminines. Si dans son ensemble, cette loi peut
être considérée comme une avancée,
il reste que des objections se font jour sur certains
aspects de son contenu. En effet, la non extension de
la mesure aux postes nominatifs ou bien le caractère
coercitif ajouté à sa non-application,
travestissent le sens et la portée de cette loi
et amoindrissent l’envergure historique qu’elle
aurait pu avoir.
C’est pour en parler que nous avons tendu notre
micro à l’un des hommes politiques burkinabé
les mieux avertis en matière de représentativité
paritaire. En effet, Me Hermann Yaméogo, puisque
c’est de lui qu’il s’agit, a toujours
intégré la dimension Genre dans son combat
politique. Souvent contesté au sein de son propre
parti pour ses idées avant-gardistes sur la question,
l’homme sait de quoi il parle quand il aborde
le sujet.
Me, quel est
votre point de vue sur la question du quota qui fait
actuellement l’actualité ?
Mon point de vue, je l’ai exprimé dans
une réflexion parue dans les médias. Je
n’y enlève aucune virgule. En une phrase,
pour ceux qui n’auraient pas lu la réflexion,
c’est une « avancée considérable
pour la Femme mais il y a des mais ».
Etes-vous satisfait
du vote de ce quota par l’Assemblée ?
Je n’ai pas encore
le texte définitif pour porter un jugement pertinent.
Mais je pense que la vraie réforme, en
dehors du fait qu’il faille revoir tout notre
système de gouvernance pour permettre à
la femme de l’opposition de jouer au même
niveau que la femme de la majorité, aurait été
de faire en sorte que le quota ne s’applique pas
dans la seule dimension politique, que sa fonction réparatrice
concerne l’Administration en général
et même le Privé. Non seulement nous en
sommes loin parce que tous ces aspects n’ont pas
été pris en compte, à ce qu’il
semble, dans la loi mais le texte définitif n’aurait
retenu le quota que sur les listes et non sur les résultats,
ce qui fait que leur classement sera toujours laissé
au bon vouloir des hommes : autant dire qu’elles
n’en mèneront pas large ! Bref, si
c’est le cas, c’est du bruit pour rien.
Nous n’en serions pas là si nous avions
mis autant d’ardeur à œuvrer sur
les fondamentaux de la démocratie que sur la
seule promesse du seul quota. Je peux dire, en substance,
que le pouvoir tire le meilleur bénéfice
de cette loi en faisant plaisir au Partenaires techniques
et financiers, en donnant le sentiment que l’opposition
est contre le quota et en se moquant des femmes.
Comment expliquez-vous
alors que certains en soient à vous taxer
d’être contre les femmes ?
J’entends véhiculer abondamment cette
idée.
Je considère que les propagateurs de cette rumeur
sont soit des gens qui ont mal lu ma réaction,
soit des gens mal intentionnés, soit des gens
qui ne veulent pas qu’on dise certaines vérités.
Ce n’est pas parce que je suis pour les droits
de la femme que je vais, dans une analyse, occulter
les pesanteurs sociales qui agissent toujours en leur
défaveur. Une chose est de les dénoncer,
une autre est d’y adhérer. En tout état
de cause, je pense qu’il faut prendre cette question
de la femme comme une mesure de réparation historique,
d’une injustice, d’une ségrégation
comme il en existe dans la dimension Genre, entendue
dans son sens le plus exhaustif mais éviter de
donner une vision thaumaturgique des femmes en les présentant
comme si elles devaient être promues à
sauver le monde des vilains hommes, et pire, à
vouloir les enrôler dans une nouvelle guerre de
femmes contre hommes. Sinon, je n’ai aucun complexe
par rapport à mon engagement dans ce combat.
Mais encore…
Je pense avoir été un des pionniers de
cette lutte au Burkina Faso. Je n’ai pas lutté
seulement avec des discours pour faire plaisir à
Pierre ou à Paul, mais par conviction et avec
des résultats concrets.
J’ai fait organiser des conférences sur
le concept de parité progressive ; j’ai
développé l’idée de la discrimination
positive en matière de femmes ; j’ai
demandé de recourir à une politique d’incitation
de l’Etat pour prédisposer les partis politiques
à inscrire les femmes sur leurs listes, et en
bonne position ; je me suis battu pour offrir le
seul exemple en Afrique, je voudrais même oser
dire dans le monde, d’une liste nationale alternée
femme/homme, et Dieu seul sait dans quelles conditions
nous avons réussi ce prodige. Des femmes ont
été élues à l’Assemblée
parce que je me suis battu à cet effet. D’autres
ont été nommés ministres parce
que j’ai agi dans le même sens. On ne peut
pas aujourd’hui, à moins d’être
habité par l’intention de nuire, avancer
que je suis celui-là au Faso, qui se bat contre
les femmes.
Mais quelle
est votre approche du quota qui selon vous, pose problème ?
Pour moi, le problème fondamental du Faso, c’est
celui de la gouvernance. Tant qu’on ne va pas
se mettre en posture de rétablir les équilibres
à tous les niveaux, de revenir à la normalité
démocratique, on ne pourra pas avancer durablement
dans la résolution de certains problèmes.
La question du quota, et je dirai encore de la parité
progressive, ne peut profiter aux femmes, à la
démocratie et à la communauté nationale,
que si elle s’inscrit dans la politique d’ensemble
de réforme des institutions pour libérer
les femmes de certaines pesanteurs, pour restaurer l’opposition
dans ses droits et faire en sorte qu’au Burkina,
on n’ait pas peur de militer dans un parti d’opposition.
Si l’on ne mène pas de front ce combat
pour les femmes et pour la démocratie, on ne
pourra pas, de mon point de vue, obtenir des garanties
aux mesures que l’on va prendre dans les multiples
secteurs de la vie nationale, dont celui concernant
le Genre.
Ca, c’est
votre conviction ?
C’est ma conviction profonde. Et je veux profiter
de l’occasion pour repréciser que ma position
par rapport au Genre n’a pas été
déterminée par les instructions des Partenaires
techniques et financiers, par des calculs politiciens
mais par des convictions profondes que j’ai au
demeurant mises en œuvre.
Alors, j’en appelle aux femmes, aux institutions
qui œuvrent dans le Genre, aux ONG, au NDI et
autres, à avoir toujours à l’esprit
que le combat mené ne peut pas s’abstraire
du combat général de la bonne gouvernance.
Un mot courageux de temps en temps pour dénoncer
telle ou telle sortie de route, ça peut aider
et faire avancer les choses.