Mise à jour le 10/05/2009
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San Finna N°514 du 11 au 17 Mai 2009
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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LYCEE MIXTE DE GOUNGHIN
GENIE CHERCHE DESESPERAMMENT SA FILLE !

Depuis le jeudi 30 avril dernier, les élèves du Lycée Mixte de Gounghin sont confrontés à un phénomène que l’on semble associer à du paranormal. Les filles du premier cycle c'est-à-dire de la 6ème à la 4ème sont victimes d’évanouissements inexplicables en apparence. Le pic des 50 filles évanouies a été atteint le lundi 4 mai dernier dans la soirée. Nous sommes alors allés sur place pour recueillir des informations et tenter de percer le mystère.

Les supputations et autres conjectures sur le phénomène qui frappe exclusivement les jeunes filles vont bon train et cela a vite quitté le cadre du lycée pour s’inviter dans les gargotes. Chacun y va de son petit commentaire et l’on se met à imaginer des scénarios tout aussi rocambolesques que fantasmagoriques. Et comme toujours, on nous ressort l’histoire du génie qui aurait perdu sa fille ou son fils,

 c’est selon. Une histoire qui traverse le temps et les générations malgré le fait que les filles ne soient plus des esclaves de l’obscurantisme. Tenez ! De notre petite expérience sur le sujet, nous pouvons vous rappeler certains faits qui avaient en leur temps suscité les mêmes commentaires. L’année scolaire 1979 – 1980 allait voir à Ouagadougou grandir une psychose suite à un évènement qu’on avait dit inexplicable et qui s’était produit à l’école Gounghin Nord. Un élève avait en son temps déclaré avoir vu un génie à la recherche d’un enfant perdu. Une maîtresse aurait tenté de s’interposer et l’on a raconté qu’elle aurait subi des sévices corporels.

Pendant plus d’une semaine, les cours furent perturbés à Ouaga et chacun y allait de son remède miracle. Un bout de ficelle rouge attaché au poignet et le tour était joué. Ensuite, l’année scolaire 1983 – 1984, où durant le mois d’avril, une épaisse couche de poussière allait rendre pendant trois jours la visibilité nulle, avait donné libre cours à des commentaires et à des scénarios de science fiction, mettant en scène un génie. Il y  eut une psychose qui amena les citadins à  badigeonner leur mur de cendres et de bouses de vache pour conjurer le mauvais sort. Donc le phénomène n’est pas nouveau même si ce qui s’est passé aujourd’hui au Lycée Mixte de Gounghin dépasse tout entendement  et bat des records.

Serait-ce un phénomène paranormal ?

            Nul n’a pu nous renseigner au Lycée Mixte de Gounghin, ce mardi 5 mai. Le paranormal est le terme surtout utilisé pour qualifier un ensemble de phénomènes dont les causes ne font pas partie des lois scientifiques établies. Donc lorsqu’on ne peut pas expliquer par la loi naturelle connue, cela est toujours taxé de paranormal. Alors ça laisse le champ libre à des interprétations, à des supputations et à l’imagination. Pour tenter de percer le mystère, nous avons échangé avec beaucoup d’élèves, d’enseignants et avec des membres du corps médical du lycée. Parmi ceux-ci, Louise Beloum et Linda Sawadogo, toutes deux élèves en classe de terminale A. Pour les deux filles on ne s’explique pas ce qui arrive aux élèves du premier cycle. Elles ne veulent surtout pas tomber dans les généralités mais Linda Sawadogo explique : ‘‘C’est assez inquiétant et on ne s’explique pas le phénomène. Je suis allée en dehors de l’établissement pour acheter des gâteaux et un vieux du quartier s’est intéressé au sujet. Il m’a affirmé que la zone du terrain et les classes qui abritent le premier cycle se trouvent être en partie sur un vieux cimetière et en partie sur un lieu de culte animiste. Mais le plus surprenant c’est ce que racontent les élèves. Il semble qu’un couple de génies aurait perdu leur fille et que présentement il soit à sa recherche. C’est comme ça que les élèves tentent d’expliquer le phénomène’’. Pendant ce temps, une bande de garçons se passionnaient pour le football et une vive discussion les opposait sur la performance de certains joueurs africains. Ils avaient occupé l’allée centrale comme si la veille on n’avait pas admis 50 jeunes filles à l’infirmerie pour perte de connaissance. L’inquiétude se lisait aisément sur la face des filles alors que chez les garçons, c’était l’indifférence. Mais Linda Sawadogo venait de dire quelque chose de très important pour nous qui tentions désespérément de savoir ce qui se passait. En parlant de cimetière, une idée nous vint à l’esprit. Y avait-il des odeurs que vous sentez quelquefois par ici ou en classe ? Question tout aussi logique que nous avions posée ‘‘Pas du tout et je n’ai pas souvenance qu’un élève se soit plaint de ça.’’ Alors qu’est-ce que c’est ? La deuxième piste, c’est à l’infirmerie que nous allions l’avoir. Nous avons rencontré deux dames d’un âge avancé, assez sympathiques mais très réservées. A force de questions et de suppositions, une lâchera avant de se rétracter : ‘‘Ça peut être à cause de la chaleur et comme il faisait particulièrement chaud le lundi soir…’’ Nous avons alors profité pour savoir s’il y avait des ventilateurs dans les classes avant d’aller vérifier. L’autre dame pas très rassurée nous dira : ‘‘Oui ! Mais il y a quelques-uns qui sont en panne’’ !  Non, dira l’autre, tout en nous rassurant que tous les ventilateurs fonctionnent.

La piste de l’asthme

            Sabine Sanou, élève de la 5ème 2, a été victime d’évanouissements. L’avoir sous la main, même si elle a été réservée quand elle a vu notre appareil photo, allait finir par nous mettre sur la bonne piste. Sabine raconte : ‘‘J’ai eu à m’évanouir trois fois. A chaque fois, ça commence par des problèmes de respirations et ensuite je perds connaissance. Pour ce qui concerne les visions, je n’en ai pas fait l’expérience.’’ Il y aurait-il des asthmatiques dans l’établissement surtout dans les classes du premier cycle ? A cette question, Sabine répond : ‘‘Oui beaucoup ! Mais moi je ne suis pas asthmatique. Quand on m’a amenée à l’infirmerie, le médecin m’a prescrit ainsi que pour les autres du ‘‘Buta-Asthma’’ alors que je ne suis pas asthmatique.’’ Mais un professeur, qui a préféré garder l’anonymat, va nous éclairer encore sur le phénomène. ‘‘Quand une fille fait une crise, ou bien elle est agitée avant de s’évanouir, cela provoque chez ses camarades surtout filles de fortes émotions et cela les amènes à suivre le mouvement. La plupart du temps, elles se plaignent de problèmes de respiration. S’il y a une asthmatique dans une classe non aérée ou bien en surpopulation, les échanges des gaz respiratoires peuvent déclencher un malaise et provoquer du même coup des allergies chez les autres enfants. Les symptômes ressemblent fort à ceux des asthmatiques. Les autres cas peuvent s’expliquer par l’émotion, la compassion, la peur et la psychose liée à ce génie qui chercherait son enfant. Posez-vous la question de savoir pourquoi les grandes filles de l’établissement ne font pas de crise alors que les plus jeunes en font ? C’est simple, elles sont plus influençables.’

48 heures de repos

            Face à notre étonnement de voir Sabine Sanou encore à l’école alors qu’elle bénéficiait de 48 heures de repos, elle nous dira : ‘‘Il y a les devoirs groupés et je n’ai pas encore fini de recopier toutes mes leçons suite à mes malaise passés. C’est dur de rester à la maison, d’ailleurs il n’y a personne.’’ Toutes les filles qui ont eu des évanouissements ont semble-t-il bénéficié d’un repos de 48 heures. Nous avions souhaité rencontrer le proviseur que nous avons entrevu mais celui-ci est ressorti avec le président de l’APE pendant que nous étions sur le terrain en train d’enquêter. Sa secrétaire qui nous a reçus nous dira : ‘‘Même si vous laissez votre adresse, il ne vous rappellera pas. Vos confrères qui sont venus ici étaient obligés de revenir pour le rencontrer parce qu’il était absent.’’ Nous avons néanmoins promis de l’appeler même si cela n’a pas été le cas. Dans d’autres démocraties, cela allait amener les autorités scolaires et même sanitaires à convoquer une conférence de presse afin d’éclairer l’opinion et dissiper la psychose, mais nous sommes au Burkina. Bref ! Parmi les filles qui ont gardé des séquelles de ces évanouissements, figure une qui serait vraiment affectée. Elle habite sur la rue 17-73 avec ses grands-parents. Les jeunes garçons que nous avons trouvés à l’école pensent que le problème viendrait d’un figuier qu’ils vouent aux gémonies. En effet, un grand figuier trône dans la cour du Lycée Mixte de Gounghin et les élèves veulent qu’on le déracine une bonne fois pour toutes afin de conjurer le sort. Un riverain, qui a préféré aussi garder l’anonymat, nous dira que l’espace du Lycée Mixte de Gounghin serait la propriété du Kougr-Singhin Naba (chef du quartier. Celui-ci serait allé le lundi 4 mai dernier dans la soirée, selon toujours le riverain, accomplir certains rites dans la cour du lycée. Voilà une histoire qui se termine comme un vulgaire fait divers. Espérons que cet article contribuera à faire cesser la psychose qui avait saisi avec frénésie la ville.

Aristide Ouédraogo





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