Mise à jour le 07/06/2009
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San Finna N°518 du 08 au 14 Juin 2009
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

  

Au courant de la plume

MEDIATION SENEGALAISE EN MAURITANIE
REGLEMENT D’UN DEFI QUI EN SOULEVE D’AUTRES

La signature de l’Accord-cadre de Dakar ce 02 juin 2009 n’a pas tort d’être célébré comme un chef d’œuvre de compromis pour lequel les talents de juriste du président Abdoulaye Wade n’auront certainement pas été de trop. Cet accord vient sortir, pour ainsi dire, la Mauritanie du gouffre vers lequel elle marchait. Après près d’un an de conflit, l’impasse était totale et l’on voyait d’autant moins comment s’en sortir que la communauté internationale, qui a d’autres chats à fouetter en cette période de crise mondiale, ne se remuait pas beaucoup pour ramener les Mauritaniens dans le chemin démocratique. Et comme l’Opposition, et particulièrement le FNDD, n’entendait pas voir manger sa démocratie en herbe, on était parti pour des batailles helléniques. Et le fait qu’Ould Daddah, président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) ait rejoint le pôle des défenseurs de la démocratie était une équation de plus à résoudre.

C’est donc un défi de taille que viennent de relever les Mauritaniens grâce à

Le président sénégalais Wade (3eD) et les participants aux négociations sur la présidentielle mauritanienne, le 2 juin 2009 à Dakar (Photo AFP)

la médiation sénégalaise, et on comprend pourquoi tous s’enthousiasment pour la conclusion de l’accord.

Celui-ci porte manifestement la griffe d’un souci de consensus, de transparence, d’instauration d’un dialogue inclusif pérenne pour la promotion de la bonne gouvernance politique. Il ne pouvait donc que rogner aux marges des exigences des uns et des autres.

Les trois pôles de la vie nationale mauritanienne (Majorité parlementaire soutenant la Junte, FNDD et RFD) se sont accordés sur les mesures consensuelles ci-dessous dans la perspective de sortir d’une crise qui a révélé la pugnacité des Mauritaniens à défendre leurs acquis démocratiques même sans le soutien des grandes nations de démocratie.

Le premier consensus fondateur, c’est la transition consensuelle. Toutes les parties acceptent le principe de la transition mais sans valider le coup d’Etat puisqu’il est demandé au président déchu Sidi Mohamed ould Cheikh Abdullahi de signer un décret portant formation d’un gouvernement transitoire d’union nationale, que dans le même temps, il annonce sa décision volontaire, pour les besoins de la cause, de transférer ses charges d’intérim de président de la République au président du Sénat.

Après cette trouvaille pour sauver la face aux uns et aux autres, le pôle de la Majorité parlementaire soutenant le Général Abdelaziz proposera le premier Ministre au pôle FNDD et RFD mais dans le gouvernement, les postes-clé de l’Intérieur, des Finances et de la Communication reviendront au pôle FNDD/RFD. C’est ce gouvernement de transition qui conduire la gestion des affaires de l’Etat jusqu’à la mise en œuvre de l’Accord-cadre.

Le deuxième point de consensus concerne l’élection présidentielle. Elle est reportée au 18 juillet pour le premier tour et au 01 août, pour le second.

Le troisième point d’accord concerne le calendrier électoral : le gouvernement transitoire en sera le maître d’œuvre.
Quatrième point d’accord : la CENI. Les parties se sont entendues sur sa composition et son fonctionnement.

Cinquième point de consensus : des mesures d’apaisement du genre « arrêt des campagnes médiatiques négatives », « neutralité de l’Administration », « ouverture à tous les médias publics »… D’une même voix, en sixième point, les parties ont appelé à la contribution de la communauté internationale pour permettre la bonne conduite de l’accord.

En septième point, il a été accepté par tous de poursuivre le dialogue national inclusif pour renforcer les bases de la pratique démocratique pluraliste, pour prévenir les changements anticonstitutionnels, d’une manière général promouvoir la bonne gouvernance.

Mais en même temps qu’à Dakar, on a trouvé réponse à un défi, on en a soulevé d’autres. Le tout premier réside dans l’application même de l’accord. Le gouvernement tiendra-t-il ? Ne va-t-on pas assister à des batailles de tranchées entre les différents pôles ? Toutes les structures d’accompagnement prévues vont-elles fonctionner à bon escient ? Là se trouvent des questions qu’il ne faut pas prendre à la légère, s’en remettant à la seule ambiance vertueuse de la conclusion d’un compromis.

Il y a ensuite que de plus en plus, on parle de la candidature d’ Ely Ould Mohamed Vall. A en croire le Site www.ferloo.com  du 03 juin 2009, la chose serait ficelée :  «L’ancien président du CMJD, le colonel Ely Ould Mohamed Vall qui recevait, hier soir, dans son domicile, un groupe de jeunes venu lui demander de se porter candidat à la présidentielle du 18 juillet prochain a déclaré que « c’est une requête qui ne peut être refusée pour deux raisons. D’abord, parce qu’elle émane de la jeunesse laquelle est de bonne foi et je suis heureux que vous soyez avec moi. Ensuite parce que c’est une affaire bien plus importante que toute autre chose ». C’est Ani.mr qui le rapporte. Cependant, jointes par nos soins, nos sources à Nouakchott confirment l’information et jubilent. "Ce n’est plus une hypothèse, Ould Vall est candidat. Il va revenir en sauveur de la Mauritanie".

Si la chose se confirmait effectivement, on assisterait à un défi lancé par l’ancien chef d’Etat à la classe politique, à l’Armée et au Général Aziz. Une foultitude de questions se poseraient alors, non sans inquiétude. L’Armée va-t-elle appuyer Ould Vall et dans ce cas, le Général Aziz va-t-il se désister de sa candidature, trouvant dans celle de Vall, une porte de sortie honorable pour lui, ou bien va-t-il persister et signer ? Ensuite, comment, alors qu’est célébrée la victoire d’un consensus célébré à Dakar, la classe politique, essentiellement composée de civils, va-t-elle réagir ? Ira-t-elle en rangs dispersés à la présidentielle pour prendre le risque d’assurer une victoire de l’un ou de l’autre des militaires ? Ou bien comprendra-t-elle que l’heure est grave et que pour assurer un véritable retour à un régime civil, il faut taire toute ambition et faire front derrière un candidat civil unique ?

Voilà de grands débats à venir qui laissent entrevoir que si les Mauritaniens ont franchi un obstacle de taille à Dakar, il leur en reste encore beaucoup à franchir pour atteindre les zones apaisées de la démocratie.

La Rédaction





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