San
Finna N°551 du 25 au 31 Janvier 2010 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
CHEFFERIE TRADITIONNELLE EN PAYS MOSSI A QUAND L’OUVERTURE AUX FEMMES ?
Quasiment tous les secteurs d’activité jusqu’aux plus machistes comme l’Armée, s’ouvrent aux femmes. On se souviendra de l’interview que nous a accordée Pélagie Kaboré ? Major de sa promotion à l’école des Officier d’active à Pô. D’autres secteurs comme la maçonnerie, la conduite des remorques, etc.sont également touchés.
Statue de Yennega
Des religions sont même gagnées par cette prise en compte de la gente féminine ainsi qu’en témoignent la nomination de femmes comme évêques dans les Eglises anglicanes des USA et d’Angleterre. Actuellement, en France, il faut savoir qu’on vote une loi pour imposer un quota de femmes en entreprise. Si tel est le cas, on se demande pourquoi les évolutions du même type ne pourraient pas être impulsées au Burkina Faso au niveau de la Chefferie traditionnelle.
Le Burkina est un pays activiste en matière de Genre. Des partis politiques et des mouvements de droits de l’homme ont joué les leaders dans ce domaine, amenant l’Etat au vote de cette loi imposant un quota de 30% au niveau du dépôt des candidatures pour les élections. Des femmes sont élues maires au même titre que les hommes sans qu’on trouve à y redire. De secteur en secteur, on peut envisager de porter la réforme au cœur de la Chefferie traditionnelle. Nous avons voulu tâter le pouls de ceux qui actuellement en constituent l’armature, pour en tester la faisabilité. Et pour dire vrai, nous avons buté devant des résistances tellement les mentalités sont crispées sur les privilèges masculins dans ce domaine.
Si le Ministre de la Justice du Mogho Naba, le Poë Naba, que nous avons rencontré, s’est dit disposé à nous trouver un répondant, nous attendons toujours ce dernier à l’heure qu’il est.
Qu’à cela ne tienne. Nous avons poursuivi nos contacts avec des chefs traditionnels qui, tout en se prêtant à nos questions, ont requis l’anonymat. Ca veut dire ce que ça veut dire !
S’ils reconnaissent que le rôle de la femme est immense puisqu’elle est par nature à la fois reine et mère du futur roi, ils diront que les subtilités et la complexité de la fonction de chef ont de tout temps dissuadé les coutumes d’attribuer un quelconque rôle de premier plan à la femme. Bref, la femme reste au terme de la coutume, une « incapable » au double sens juridique de l’âge et des capacités intellectuelles. Comme l’enfant et le simple d’esprit, elle doit être tenue loin de certaines responsabilités. Et c’est tout naturellement que dans l’organisation du pouvoir central, les rôles sont clairement définis avec une femme marginalisée. Et on nous dira, pour montrer la force de la coutume qui gouverne, ne laissant que le seul règne au roi, que sommes en présence d’une inamovibilité des règles établies depuis la nuit des temps.
Si le patriarcat, dans d’autres sociétés, a pu évoluer au fil du temps, il ne semble pas qu’il puisse en être de même de sitôt pour celui qui caractérise la société mossie. La femme, du point de vue de ces chefs, ne peut tout au plus aspirer qu’à un rôle de conseillère ou de gardienne de certaines valeurs si ce n’est des fétiches. Il nous a été dit que mis à part la reine mère Yennega, aucune femme n’a pu dans l’empire mossi exercer le pouvoir d’Etat. Et de revenir tout naturellement sur les responsabilités édifiantes qui sont celles du chef mâle : ‘‘C’est n’est pas une fonction de complaisance être chef ! Il faut réagir au quart de tour, et au moment où l’on construisait la présente configuration, l’empire avait de nombreux ennemis. Les frontières n’étaient pas sûres et une femme comme chef, ce n’était pas évident. Il ne fallait pas s’amuser avec la vie des nôtres. Un chef doit être vif, prompt et très alerte dans ses décisions, et confier cette tâche à une femme, c’est se laisser entraîner à travers une méfiance, des questionnements et une lenteur dans la décision’’, dixit un Kam Naba (chef des jeunes) d’un quartier périphérique de Ouagadougou.
Pour d’autres chefs, ce sont des considérations physiques et morphologiques -si ce n’est biologiques- qui empêchent la femme d’aspirer à la Chefferie. ‘‘La femme a beaucoup de contraintes et vous le savez ! Quand elle a ses menstrues ou quand elle allaite, elle est diminuée et cela n’est pas bon pour certains de nos fétiches surtout que pendant ces périodes, elle ne doit pas se montrer en public. Que voulez vous ? Un chef doit être fort et imposant’’, lancera un autre chef traditionnel de Saaba. Ici, nous tombons dans l’argument mythique de l’impureté attachée par destination à la femme, argument propre aux premières collectivités humaines.
Mais heureusement, il y a quelques rais de lumière qui pointent avec quelques-uns qui pensent que l’on peut aujourd’hui aussi ouvrir la porte aujourd’hui à l’autre moitié du ciel. ‘‘ Je ne suis pas opposé à cela. Nous sommes aujourd’hui dans une ère nouvelle et l’on peut verser cela dans le folklore pour permettre aux touristes de venir admirer cela. A coup sûr, ça drainera beaucoup de monde vers celle qui sera intronisée mais je me demande avec autant d’années de conditionnement si ses sujets vont accepter jouer le jeu même si c’est le Mogho Naba qui l’intronise !’’, lâchera un chef de terre en poste dans l’administration publique. On reste dans le registre de la supériorité masculine mais c’est déjà ça !
A la lumière de nos recherches, il ressort clairement que l’intronisation des femmes comme chef ne sera pas chose faite de si tôt, pas seulement à cause des oppositions au sein de la Chefferie mais aussi à cause de celles qui se manifestent dans une société qui, dans son ensemble, est très machiste. Et quand Noraogo Paul Ouédraogo, mécanicien au Secteur 28, nous dit, à la fois ironique et péremptoire : ‘‘La chefferie c’est l’affaire des hommes, les femmes n’ont rien à y voir dedans !’’, il n’est pas dans le contexte, forcément ridicule.
Toutefois, rien n’est immuable, et bien de situations apparemment acquises ont été bouleversées, soit par le fait collectif, soit par le fait individuel. Ici, le Mogho Naba pourrait être à l’origine de grands changements qui le grandiraient. Il pourrait se prévaloir du fait qu’à l’origine de l’empire mossi, il y a tout de même une princesse Yennega, cavalière émérite qui s’est imposée aux hommes par son courage et son intelligence, pour lancer un aggiornamento dans une société qui, quelque part, pourrait avoir sinon trahi, dévié d’une coutume en formation grâce à cette fondatrice d’empire. L’homme est d’autant plus indiqué pour de tels changements que dès son intronisation, il a provoqué un véritable « tsunami » dans la maison mossie qu’on n’aurait jamais imaginé du vivant de son père. Le Mogho Naba maintenant est toujours de sortie, assiste aux cérémonies, se prête à des publicités, shoote dans le ballon, acceptant même de prendre la balle en pleine figure ou se jeter à terre pour empêcher le marquage d’un but ! En d’autres temps, on lui aurait imposé la cigüe traditionnelle pour atteinte grave à l’autorité de l’Empire.
Si donc, il peut aujourd’hui révolutionnariser l’Empire mossi par de telles innovations, pourquoi ne pourrait-il pas faire nommer des femmes à la Chefferie ? Il pourrait d’autant plus le faire que, autre argument, il y a dans la coutume actuelle, des réminiscences de Yennega avec la pratique du système des régences féminines à la mort du Mogho Naba mais aussi à la mort de certains chefs de niveau moindre. San Finna s’en était en son temps fait l’écho en rencontrant la chef de Savili, régente à l’époque et remplacée depuis par un homme.
Alors, pardi ! Féministes et mouvements Genre de tout genre, à vos marques !