San
Finna N°421-422 du
09 au 22 Juillet 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
POINT
DE VUE
LES SOLDATS BURKINABE N’ASSURERONT PAS LA SECURITE
DE GUILLAUME SORO.
Le
contraire eût étonné !
Lorsque la rumeur a couru que des éléments
de la sécurité présidentielle burkinabé
prendraient en charge la sécurité du 1er
ministre Ivoirien, beaucoup, incrédules, se posèrent
beaucoup de questions. Mais lorsque RFI par la voix de
Alpha Barry donna du crédit à la rumeur
et qu’il fut relaté que la venue de Guillaume
Soro à Ouagadougou y trouvait en partie sa justification,
les doutes tombèrent. Alors que certains s’en
inquiétaient, les plus satisfaits de cette décision
n’hésitèrent pas à se répandre
en félicitations. Ca peut se comprendre. Si l’on
prend en considération les autorités burkinabé,
elles ne pouvaient que s’enorgueillir à l’idée
que les forces armées nationales courent au secours
de la stabilité ivoirienne. Elles qu’on accusait
hier de mettre la Côte d’Ivoire et toute la
sous région sens dessus dessous, les voilà
qui non contentes de mettre d’accord les protagonistes
ivoiriens, s’engageraient ainsi à leur assurer
la sécurité. Ce que les forces de défense
et sécurité FDS/FN, FDS/CI, la MUNICI et
la Licorne ne peuvent pas, foi de Blaise Compaoré,
la sécurité présidentielle burkinabé
le pourra. Rien de tel pour laver définitivement
les gouvernants du pays des hommes intègres de
tout soupçon.
Mais
il est aussi des gens d’un tout autre acabit qui
se réjouissaient de cette heureuse perspective.
Des militaires burkinabé en nombre en Côte
d’Ivoire, cela peut entraîner de bonnes affaires
à faire. Il y a dedans des indemnités juteuses,
du trafic d’influence, des rétro commissions.
Et puis au nombre de ceux qui applaudissent, il ne faut
pas s’y tromper, il y a aussi ceux qui n’ont
accepté l’Accord de Ouagadougou que de mauvaise
grâce et qui n’étaient pas mécontents
qu’ayant donné de la main droite, on puisse
reprendre de la gauche. Voilà en gros un aperçu
des raisons qui auraient pu expliquer qu’à
Ouagadougou, Abidjan, en France, les médias aient
pu vendre la peau de l’ours avant de l’avoir
tué.
Mais
un tel projet, pour peu qu'on ait pris le soin de l'examiner
calmement, aurait découragé toute approbation
exaltée Du point de vue professionnel, politique,
militaire et diplomatique, le projet péchait par
beaucoup de côtés et on comprend pourquoi
la décision n'a pas été confirmée
par les autorités ivoiriennes.
Le dernier Conseil des ministres du gouvernement ivoirien,
(précédé par des déclarations
du 1er ministre Soro et de Sidiki Konaté), a en
effet formellement démenti l’affirmation
de l’envoi de troupes burkinabé pour protéger
Guillaume Soro. Voilà recadrées les choses.
Finalement, on peut dire que c’est le bon sens qui
s’est imposé. Car comment ne pas avoir mesuré
la gravité des blessures qu’auraient pu éprouver
beaucoup d’Ivoiriens si la mesure avait été
suivie d’effets ? Cela aurait pu d’abord en
tout premier lieu heurter les sentiments de tous ces patriotes
qui n’ont pas craint les canons et baïonnettes
pour défendre leur liberté menacée.
Mais nombre d’Ivoiriens, quelles que soient leurs
obédiences, y auraient vu le signe d’un mépris
de leur souveraineté, de leur dignité.
Si
maintenant l’on considère les choses du point
de vue militaire, on mesurera le gros danger que cela
aurait pu constituer pour Laurent Gbagbo lui-même
et son régime. Ces FDS/CI qui ont tout fait pour
lui, qui aux temps les plus fort des incertitudes de la
solitude lui ont juré fidélité, il
en aurait bradé à vil prix l’honneur
et la fidélité. Sur un autre plan et diplomatique
cette fois-ci, les éléments de la sécurité
présidentielle paradant à Abidjan et en
Côte d’Ivoire d’une manière générale
alors que s’y trouvent les forces impartiales (la
MUNICI LA LICORNE LE 43e BIMA), c’était là,
un monumental pied de nez à la communauté
internationale. Enfin et nous en tenant à notre
propre contexte national, ce n’est pas certain que
l'opinion et même l'armée auraient été
totalement acquis à ce projet. Evidement, les habitués
et tous ceux qui ont toujours su tirer profit des ingérences,
les organes d’Etat contrôlés (exécutif,
législatif, judicatifs) les contres pouvoirs noyautés
(opposition, syndicats, mouvements de droits de l’homme,
confessions religieuses, chefferie coutumière,
médias, liges) auraient applaudi des deux mains.
Mais cette opposition qui opte pour la résistance
et pour l’opposition reconstructive aurait immanquablement
fait connaître la différence. Et ce n’est
pas tout : l’armée burkinabé elle-même,
quoi qu’on puisse en penser encore à l’extérieur,
n’aurait pas dans sa totalité adhéré
et sans résistance à l’idée.
Beaucoup
en son sein -on le sait- sont de plus en plus critiques,
protestataires voire séditieux, se montrant soucieux
de refondation de leur grande maison qu’ils voudraient
moins tournée vers les aventures dévoreuses
d’hommes et si nuisibles à l’image
du pays.
S’il
faut donc au total se réjouir que la raison et
le bon sens aient prévalu, il convient tout de
même de chercher à comprendre pourquoi cette
affaire a emballé autant de monde, d’identifier
à qui elle aurait le plus profité pour ne
pas demain avoir à faire face à tels traquenards
que les médias nationaux et internationaux y accorderaient
leur caution.