DROIT
DE REPONSE DE L'EGLISE CATHOLIQUE
SUITE A LA PUBLICATION DU MESSAGE DE SOUTIEN
DE LA COMMISSION EPISCOPALE "JUSTICE ET PAIX"
AU MOUVEMENT DES "FEMMES EN NOIR"
MESSIEURS LES DIRECTEUR DE PUBLICATION
Suite à la publication du message de soutien
de la Commission Episcopale "Justice et Paix"
au Mouvement des "Femmes en Noir", des lecteurs
ont exprimé leurs points de vues dans certains
médias qui interpellent le Président
de ladite Commission.
Tandis que certains lecteurs considèrent ce
message à la fois, comme une marche en arrière
de l'Eglise catholique dans le cadre du processus
de réconciliation nationale et un désaveu
du Président de la journée nationale
du pardon, d'autres désapprouvent totalement
la démarche. Sans polémique et tout
en remerciant les auteurs des différents écrits,
je vous prie de bien vouloir publier la réponse
du Président de la Commission Episcopale "Justice
et Paix", son Excellence Monseigneur Thomas KABORE.
Le Secrétaire National
François de Sales BADO
Tél.: 50 30 15 85
Fax: 50 31 01 61
Une
lettre inspirée en guise de droit de réponse.
Lorsque
Monseigneur Thomas Kaboré évêque
de Kaya, président de la Commission Justice
de Paix a adressé une lettre aux « Femmes
en Noir » cela a comme qui dirait produit l’effet
d’un coup de tonnerre dans un ciel bleu azur.
Les médias y sont allés de leurs commentaires,
certains suspectant dans le document un reniement
de l’Eglise vis-à-vis de la Journée
de pardon voire la volonté de ravir la vedette
aux collectivités .Pour peu, certains auraient
dans leur élan, traité Monseigneur Kaboré
comme une pâle copie de l’archevêque
PIUS NCUBE. L’Eglise a pris le temps de la réflexion
et avec un flair canonique elle a répondu.
Si nous n’avions pas peur du blasphème,
nous dirions que la réponse du Monseigneur
est tout simplement le fruit d’une inspiration
divine : sa plume ne raille pas, elle ne distille
pas le fiel ni ne blesse ; elle touche à l’essence
des maux pour projeter en nous plus de lumières
sur l’idée du bien que nous portons tous
en partage à des degrés divers ; assurément
c’est un biblio qui fera date. Mais parcourez
plutôt la lettre dont les mots parleront à
votre âme avec beaucoup plus de vérité
et de justice que tout autre commentaire.
RECONCILIATION NATIONALE
A
propos de l’article Réconciliation Nationale
« L’Eglise fait-elle marche arrière
? » du Journal du Jeudi N°821 du 14 au 20
juin 2007, l’auteur du Message au femmes en
noir que je suis, s’est senti le devoir d’apporter
une réponse aux questions posées par
l’article, en espérant infirmer les deux
hypothèses que l’auteur proposait aux
lecteurs.
L’intention
de l’Evêque de Kaya n’est pas d’instaurer
une polémique avec qui que ce soit, mais d’assumer
la responsabilité que ses pairs lui ont confié,
celle de présider la Commission Justice et
Paix, une commission pontificale dont celle du Burkina
n’est qu’un démembrement. En instituant
une telle commission, l’Eglise veut assumer
son rôle prophétique à travers
le monde. Ce n’est pas au Collectif des organisations
démocratiques de masse et de partis politiques
que l’Eglise emprunte son vocabulaire, mais
aux prophètes que Dieu « établit
sur les nations et sur les Royaumes, pour arracher
et renverser, pour exterminer et démolir, pour
bâtir et planter. » Jer.1,10
La
Politique et la Pastorale
L’Eglise agit et prend position sur les questions
et les problèmes communs, non par calcul politique
mais dans une attitude pastorale. Le pasteur veut
le bien de tous dans la vérité; la conversion
des agresseurs et le réconfort des victimes
; le bien de celui qui s’est égaré
par sa faute, comme de ceux qui sont restés
dans le droit chemin. Il importe donc pour l’Eglise
de dénoncer l’injustice avec fermeté,
et en même temps, de ne diaboliser personne,
de n’éloigner personne.
Lors
de la journée du pardon, l’Eglise a mis
en oeuvre cette attitude pastorale que les politiques
comprennent difficilement. Elle ne pouvait se tenir
à l’écart pour tirer partie d’une
lourde faute, afin d’assommer un coupable, (ou
un ennemi pour certains). Cela aurait sans doute réussi
à exacerber les sentiments d’hostilités,
avec leur cortège de haines et de violence,
mais n’aurait nullement apporté l’apaisement
souhaité.
Dès
lors qu’il s’agit de « Pardon »,
les forces de paix ne se doivent-elles pas de faire
leur possible pour apporter le meilleur d’elles-mêmes
afin de donner des chances, si minces soient-elles,
à la recherche de la paix ? C’est ce
que firent toutes les religions, protestante islamique
et catholique L’attitude pastorale veut ainsi
le bien de tous : du coupable et des victimes ; ils
doivent continuer de vivre ensemble, et mieux, de
construire ensemble leur Faso commun.
Pour
travailler à la paix, il faut y croire !
L’Eglise suit encore une logique de foi en la
réconciliation : les coupables comme les victimes
sont tous des frères qui doivent se réconcilier.
Ce n’est pas faire preuve de naïveté
comme penseraient les politiques, c’est au contraire
le réalisme même. La Bible enseigne que
dès l’origine de l’humanité,
les premiers frères furent ennemis et homicides.
Caïn tua Abel ! mais ils étaient malgré
tout des frères. Le plus important c’est
cette affirmation de leur fraternité parce
qu’elle porte le germe d’une possible
réconciliation, d’une espérance.
L’Eglise sait donc que la guerre est aussi vieille
que l’humanité, mais elle refuse d’ériger
la lutte des classes et la guerre systématique
en méthode et en idéologie. La démarche
pastorale vise donc à la réconciliation
et à la paix, parce que l’Eglise y croit,
vit et travaille pour cela.
L’analyse
faite dans le journal du Jeudi à propos du
virage à 180° de l’Eglise suit une
autre logique que celle de l’Eglise : cette
logique qui ne croit pas à la réconciliation,
qui prend son parti, et lutte à mort, c’est
la logique de la lutte des classes. En définitive
cette logique est celle du « ôte-toi que
je m’y mette ».Il s’en suivra toujours
des incompréhensions irréductibles avec
l’Eglise, car elle ne croit pas à la
lutte systématique, et même, la rejette
; la mentalité de lutte systématique
est malheureusement la méthode par excellence
de la politique et des politiciens.
Heureux
les affamés et assoiffés de justice
Le soutien des femmes en noir, suit aussi cette même
attitude pastorale qui se préoccupe des faibles,
des oubliés, de ceux qui souffrent. l’Eglise
réclame pour eux vérité et justice.
L’Evêque de Kaya n’apporte aucun
désaveu à l’Archevêque de
Bobo, et il n’y a aucune lutte de factions rivales
au sein du collège épiscopal. L’Eglise
affirme seulement par là qu’elle est
attentive aux victimes et réclame ce qui apaisera
le plus leurs souffrances : la justice par la vérité
qui réhabilitera leur disparu ; pour un parent
quoi de plus insupportable que de voir son proche
abattu comme animal ou un criminel alors que l’on
s’attendrait à voir exalter ses mérites
dans le service de la patrie. S’étant
donc engagé pour le pardon, l’Eglise
se reconnaît plus d’un titre pour réclamer
vérité et justice pour les victimes,
afin de rendre le pardon possible.
Enfin,
à propos de l’affaire Norbert Zongo,
l’Eglise s’est exprimé à
propos du non lieu et n’a pas attendu le 3 juin
pour faire ses réserves. Il me plait ainsi
de porter à la connaissance de tous les lecteurs
la toute première des 5 recommandations de
la Deuxième Semaine Sociale de l’Eglise
Catholique du Burkina en Novembre 2006 :
«
Considérant…..
Prenant en compte les vives réactions de désapprobation
enregistrées à la suite du non-lieu
prononcé dans le traitement de l’affaire
Norbert Zongo ;
Estimant :….
Nous,
participants à la 2ème Semaine Sociale
de l’Eglise Catholique au Burkina Faso, tenue
du 06 au 09 novembre 2006 au Centre National Cardinal
Paul ZOUNGRANA, sous le thème « la justice
sociale et la Paix au Burkina Faso : quelle contribution
de l’Eglise catholique ? »
Exprimons
notre vive inquiétude et notre malaise profond
face à ce non-lieu ;
Recommandons vivement aux autorités politiques
et judiciaires :
Que des mesures appropriées soient prises pour
la suite de l’examen de ce dossier en vue d’aboutir
à une justice équitable. » Ouagadougou
le 09 Nov. 2006 Les participants.
L’Evêque
de Kaya se devait de répondre aux questions
posées dans l’article « Réconciliation
nationale » du Journal du Jeudi N° 821 du
14 au 20 Juin 2007 ; il répond que l’Eglise
ne fait ni marche arrière ni marche avant selon
la géométrie de la politique ; elle
suit son chemin propre. Son chemin est sans doute
déconcertant puisqu’elle essaie de suivre
celui de son Seigneur qui aima le pécheur tout
en condamnant son péché ; chemin inconfortable
assurément, mais le seul à même
d’atteindre le but que poursuit l’Eglise
: la vérité et la justice, la réconciliation
nationale et la paix.
Mgr Thomas Kaboré
Evêque de Kaya
Président de La Commission Justice et Paix