AUTOUR
DES PROPOS DE BENOIT XVI SUR LE PRESERVATIF
ET DE L’INTRUSION DE BLAISE COMPAORE DANS
LE DEBAT
Depuis
que Benoît XVI a eu des propos négatifs
sur le préservatif, allant jusqu’à
dire qu’il aggravait le problème
du sida, la polémique n’en finit
pas de grossir au sein de l’Eglise catholique
comme en dehors dans les autres confessions
religieuses et dans le monde laïc. Blaise
Compaoré lui-même (peut-être
à son corps défendant mais c’est
à voir !) semble avoir été
invité dans le débat.
POURQUOI
LE PAPE N’A-T-Il PAS ETE PLUS EXPLICITE
SUR LE PRESERVATIF ?
Grand
gardien de l’Eglise de Pierre, Benoît
XVI voit des fissures qui en menacent
l’édifice avec ce prosélytisme
de l’Islam et du protestantisme
qui a le vent en poupe quand chez les
catholiques, on assiste à une crise
grave des vocations. A terme, c’est
l’assèchement de l’Eglise
qui risque de confirmer certaines funestes
prédictions. Comme si cela ne suffisait
pas, voilà que la maison de Christ
semble gagnée par un renouveau
schismatique. |
Sa
Sainteté le Pape Benoît XVI |
Aujourd’hui,
face à ces multiples défis,
le Pape prêche le retour aux sources,
la formation en carré autour des
principes fondateurs pour tenter de stopper
l’hémorragie et de réveiller
les ardeurs religieuses assouvies. Lorsque
tout se débande et que l’incertitude
gagne les esprits, la seule parole qui
vaille, qui sonne le rassemblement et
évite la dispersion, c’est
celle de Dieu. C’est dans ce sens
que beaucoup s’efforcent de défendre
le pape en expliquant sa sortie qui, loin
de relever d’une vision hérétique
ou négationniste, |
| n’est
qu’une croisade pour garder son intégrité
à l’Eglise. |
Sur la conception, la reproduction, la parole
de Dieu est très claire : «Soyez
féconds et multipliez-vous ! Remplissez
la terre». Un Pape ne peut pas démentir
Dieu en encourageant les méthodes de
contraception dont le préservatif fait
partie. L’Eglise a préconisé
la fidélité, condamné l’adultère
et les relations avant mariage. Elle ne saurait
donc soutenir, dans le principe, des techniques
de contraception, des campagnes de limitations
de naissances, des comportements qui, au final,
sont autant d’incitations à passer
outre les interdits divins.
En plus, l’Eglise catholique est traversée
par des interrogations, des remises en cause
provoquées par le choc civilisationnel
ambiant. L’homme avance tellement dans
la modernité qu’il ne craint pas
la tentation de se mesurer de plus en plus à
Dieu lui-même. Quand on pense à
l’intelligence artificielle, aux biotechnologies,
quand on pense aux possibilités de prolonger
en de centaines d’années, la vie
humaine, de tendre pourquoi pas vers l’immortalité,
on comprend que des questionnements jusqu’alors
tabous, voire des contestations, puissent apparaître
au sein d’une Eglise qui en vient à
entrevoir sa fin possible dans le changement,
dans le dévoilement du mystère
de la vie.
Se conformer à certaines lois de la cité
des hommes dictées par l’évolution
des conditions de la vie en société
(homosexualité, prêtrise des femmes,
mariage des prêtres…), ce serait
revenir sur certains dogmes et partant, blesser
le Corps du Christ. Le Pape, en parlant comme
il a parlé au sujet du préservatif,
n’a fait que reproduire une ligne de combat
qui était déjà celle de
Jean-Paul II, et qui se résume dans la
défense des valeurs sacrées de
l’Eglise. Cette querelle n’est ni
à ses débuts, ni à sa fin.
On aime ou on regrette ce que le Pape a dit
sur ce mode de contraception mais au moins,
on peut juger mais au moins, on peut comprendre.
Mais là où l’on est vivement
interpellé et interloqué, c’est
lorsqu’on constitue Blaise Compaoré
comme l’avocat de Benoît XVI à
travers les mots qu’il aurait tenus récemment
sur le préservatif. Voyons pourquoi.
DEVOIR
DE CLARIFICATION DE BLAISE COMPAORE
Immédiatement après la sortie
du Pape, alors que la polémique battait
son plein, un journal italien, « Eucharistie
Sacrement de la Miséricorde »,
a engagé Blaise Compaoré dans
la controverse en relatant ses propos suivants
: « Le débat sur le préservatif,
tel que vous le présentez, ne nous concerne
pas. Se focaliser sur le préservatif,
c'est passer à côté du problème
du sida.» Comme il fallait s’y attendre,
l’information -ainsi brièvement
fuitée- a fait grand bruit dans l’opinion,
quelques-uns ont apprécié qu’il
vole au secours du Pape, d’autres ont
dénoncé une volonté de
vouloir surfer sur la vague de la querelle à
des fins médiatiques, bref de faire dans
un opportunisme de mauvais aloi. Certains autres
ont eu la dent plus dure en avançant
qu’un tel soutien était politiquement
et juridiquement inconcevable, vu les engagements
pris par le pouvoir sur le plan de la lutte
contre le Sida et contre les maladies sexuellement
transmissibles en général et par
rapport aux instruments internationaux que notre
pays a ratifiés à cet effet.
Et ils ont rappelé que le Burkina Faso
est signataire de la Déclaration d’engagement
sur le VIH/sida du 27 juin 2001, aux Nations
Unies. Le premier Ministre de l’époque,
Ernest Paramanga YONLI y avait alors déclaré
: «Nous apprécions positivement
l'ensemble du contenu du Projet de Déclaration
d'engagement, qui prend largement en compte
nos préoccupations dans les divers domaines
de la lutte contre le VIH/SIDA. Il (Le Burkina
Faso) voudrait, par conséquent, réaffirmer
sa pleine adhésion à la Déclaration
d'engagement mondial de lutte contre le sida,
soumis à notre adoption, et dont la mise
en œuvre ouvrira de nouvelles perspectives
dans la bataille engagée contre le VIH/SIDA
et à terme, souhaitons-le, débouchera
sur la victoire totale sur cette pandémie
du siècle ». Rappelons qu’à
cette occasion, le texte estimait que «
le succès des stratégies de prévention,
de soins et de traitement » exigeait des
changements de comportement et passait par «
un accès accru et non discriminatoire,
à notamment des vaccins, des préservatifs,
des microbicides, des lubrifiants… ».
Le Comité national de lutte contre le
Sida a même prôné l’usage
du condom féminin depuis 2003 avec à
l’appui, un projet pilote d’introduction
de ce moyen de prévention qui fut prolongé
de plusieurs mois et dont il fut constaté
« des acquis notables ».
Mais une fois la révélation du
journal relue posément, beaucoup, revenant
de leur désappointement, se sont rendu
compte qu’il s’agissait (tenez-vous
bien !) de l’extrait d’un entretien
de « Famille Chrétienne »
avec le Chef de l’Etat, publié
le 12 février 2005, c’est-à-dire
il y a plus de 04 ans !!
De surprise en surprise, on se rend compte que
non seulement dans l’entièreté
de l’entretien dudit journal, on ne voit
nulle part apporter un soutien aux propos actuels
du Pape (et pour cause, c’était
en 2005 !) mais qu’au contraire, le premier
Burkinabé a tenu un langage non équivoque
par rapport au préservatif. S’il
est vrai qu’il a dit que se focaliser
sur le préservatif, c’était
passer à côté du problème
du sida et que ça a pu embrouiller, il
a toutefois ajouté ceci : « En
tant que chef de l'Etat, je ne peux pas préconiser
un moyen de prévention exclusif aux dépens
des autres… ». Et il a été
encore plus explicite en concluant : «
Plusieurs modes de prévention peuvent
cohabiter : l'abstinence, la fidélité,
et le préservatif ». Ca veut bien
dire ce que ça veut dire ! Blaise Compaoré
s’inscrit en faux contre les positions
définitives prêtées au Saint
Père.
Mais alors, d’où vient que l’on
réchauffe, après coup ses paroles
-en les tronquant au surplus- dans ce débat
en cours ? Et surtout, pourquoi, compte tenu
des insinuations et de leur résonance
dans l’opinion, Blaise Compaoré
lui-même ou ses services n’estiment-ils
pas nécessaire d’apporter les rectificatifs
pour ne pas faire dire que « qui ne dit
mot, consent », et lâcher la bride
à des critiques du même genre que
celles qui tombent sur Benoît XVI ?
S’emmurer dans ce silence, espérant
en tirer des profits auprès de confessions
religieuses et d’une certaine opinion,
peut aussi avoir le désagrément
de fâcher les partenaires (bailleurs à
90 % dans la lutte contre le sida chez nous
!) et Mme Carla Bruni Sarkozy, Ambassadrice
mondiale pour la protection des mères
et des enfants contre le SIDA, lesquels, sur
le port du préservatif, ne badinent pas
!
Victory
Toussaint