San
Finna N°580 du 30 Août au 05 Septembre 2010 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
AFFAIRE EMPLOIS FICTIFS A LA MAIRIE DE PARIS JACQUES CHIRAC A LA MANŒUVRE POUR UN « PSCHITT » A SA CONDAMNATION PENALE
Nous avons déjà eu à condamner à l’époque, dans San Finna, le crime contre le droit, l’équité, la justice, commis par les superpuissances dans les affaires des attentats du DC-10 d'UTA et de Lockerbie. A l’époque, nous avions trouvé
impensable que des Etats, qui se disent pétris des droits de l’homme, de démocratie, soient arrivés à bafouer un principe intangible du droit pénal qui veut que « le pénal tienne le civil en l’état », autrement dit que les transactions au plan civil ne puissent pas faire échec à la tenue d’un procès pénal. Que s’était-il passé ?
La Libye, dont la responsabilité était mise en cause dans ces attentats terroristes ayant fait pas moins de 270 morts pour Lockerbie et 170 pour le DC 10 (et alors même que les procès pénaux étaient engagés !), a pris sur elle de créer un Fonds qui s’est chargé d’indemniser les victimes, avec l’accord de leurs Etats respectifs, en contrepartie de la libération des rares détenus dans ces dossiers et de la fin des poursuites pénales.
Jacques Chirac
Mars 2010
(Photo REUTERS/Charles Platiau)
Dans l’affaire des infirmières bulgares, c’est la même transaction honteuse qui a eu gain de cause d’un procès également passible de la Cour pénale internationale. Pour préserver les sources d’approvisionnement en énergie, protéger ou accéder à des marchés au pays de Kadhafi, on a marché sur un des piliers du Droit, à savoir cette impossible transaction en matière pénale. Si la compromission avait concerné des pays comme la Russie, la Chine, la Birmanie ou des dictatures africaines, passe encore, mais là, on avait affaire à des templiers de l’incorruptible justice, les USA, la France, l’Angleterre. Ce sont des tristes précédents, avions-nous relevé, à un moment où l’on s’efforce de construire un ordre public international assis sur un droit pénal international contraignant pour tous.
Aujourd’hui, Jacques Chirac, en responsabilité au moment de certaines de ces atteintes ignominieuses au droit, se retrouve engagé dans un processus similaire à travers le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris. Il est poursuivi des chefs de "détournements de fonds publics" et d'"abus de confiance" pour 21 emplois de complaisance présumés payés entre octobre 1992 et mai 1995 par le cabinet du maire de Paris, fauteuil qu'il occupait alors. Il doit comparaître avec neuf autres prévenus dans un procès qui se tiendra à Paris fin 2010 ou 2011.
Qui peut le plus, peut le moins, pourrait-on dire. Ainsi, si plusieurs grandes puissances, reconnaissant la primauté du Droit, ont accepté les compromissions libyennes contre la justice alors même qu’on était en face de crimes contre l’humanité, pourquoi pousser des cris d’orfraie quand, pour d’insignifiants emplois, un ancien président propose avant le procès, des désistements par le paiement d’indemnité aux victimes ?
C’est la question qu’on peut avec amertume se poser à un moment où malheureusement, tout indique que le projet de l’ancien président français risque d’être couronné de succès.
Ici en effet, il a conclu un accord avec la victime, en l’occurrence la mairie de Paris. Bertrand Delanoé (maire socialiste !) est partie prenante à ce règlement de gré à gré !
Des questions, on s’en pose.
Comment en est-on arrivé à ce retournement du Parti Socialiste ? Un parti qui a toujours prôné la transparence, notamment dans ce dossier et qui se retrouve à faire dans l’entrave à la vérité et à la justice ? Les questions, on s’en pose également au sujet de cette substitution de l’UMP au RPR pour payer 2,2 millions d’Euros aux victimes contre 550.000 euros que devra payer directement par Jacques Chirac. Ici, quand on connaît le mode de financement des partis politiques, on ne peut que dénoncer ce subterfuge qui arrive à faire payer les emplois fictifs par l’Etat. Pour Eva Joly, l'eurodéputée d'Europe Ecologie et ex-juge anti-corruption, qui ne mâche jamais ses mots, "Les grands perdants dans cette histoire sont les Parisiens, qui vont payer deux fois, la première avec les fonds détournés et maintenant avec l'argent reversé."
C’est vrai que les élections s’approchent et que Sarkozy peut tout sauf traiter Jacques Chirac pour quantité négligeable puisqu’aujourd’hui, il est l’un des hommes les plus populaires en France ; et il n’oublie pas surtout qu’il a sur son flanc, Dominique de Villepin qui veut lui tailler des croupières. Mais alors, que fait-on de la France des droits de l’homme, des encyclopédistes, de la France républicaine arborant, fière et intraitable sur son fronton, sa devise « Liberté, Egalité, Fraternité» ?
Mais on n’est pas au bout des situations abracadabrantesques puisque le Parquet général lui-même en est à se battre bec et ongle pour un enterrement en grande pompe de la procédure. Comme a écrit de façon imagée le quotidien français « Le Monde », Jacques Chirac aura droit à un procès "pour du beurre". Pas étonnant que des paroles, de ci de là, font état de ce que l’ancien président aurait été jusqu’à dire : « Même pas peur, j'irai donc tâter le cul des juges ». Il sait que le temps est passé, jetant même un baume nostalgique sur ses faits les plus néfastes. On a oublié le niveau jamais atteint de sa baisse de popularité, le slogan « Super Menteur ».
Voilà déjà que l’on estime le coup si bien ficelé que la procédure risque de faire une fausse couche. Mais rien n’est encore dit. La Gauche n’est pas totalement unie derrière Bertrand Delanoé. Manuel Valls dit ne pouvoir cacher son « trouble » car « ça donne le sentiment d'une forme d'arrangement » et le député-maire PS d'Evry déplore également les dégâts politiques créé par une telle décision à gauche : « Faisons attention à tout ce qui donne le sentiment à l'opinion qu'au fond on s'arrange et qu'on passe au-dessus de la justice. En plus, on prête le flanc à des remarques, à des attaques acerbes, notamment de la part d'Eva Joly». Et effectivement, les Verts n’entendent pas laisser passer la chose comme une lettre à la poste. Eva Joly a justement jugé "très grave" le protocole d'indemnisation de la ville de Paris dans l'affaire des emplois fictifs, allant jusqu'à dire que "cela pourrait recevoir une qualification pénale".C’est vrai car pour une entrave à la justice menée en bande organisée et avec des complicités d’Etat, on ne fait pas mieux !
Mais osons rêver : la justice ayant déjà été saisie, elle peut toujours vider sa saisine dans un sens autre que celui qu’on lui indique ! Osons encore rêver que les justes, les femmes comme Eva Joly, sachent redonner aux Français le vrai goût de l’éthique, de la justice égale pour tous !