San
Finna N°580 du 30 Août au 05 Septembre 2010 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
ELECTION GUINEENNE ET SI L’ON CALMAIT LE PERDANT DU SECOND TOUR AVEC UN POSTE INTERNATIONAL ?
Il n’y a pas ce qu’on n’a pas dit pour mettre en garde contre des élections organisées à la va-vite en Guinée. A San Finna en particulier, nous avons
Cellou Diallo et Alpha Condé
demandé de considérer que la Guinée fait sa première expérience démocratique après plus de 50 ans marqués par une domination civilo-militaire. Il n’est pas facile, dans ces conditions, de construire en si peu de temps, un Etat de démocratie solide. Nous avons relevé l’influence des tendances opposées au sein de l’Armée, la mainmise des narcotrafiquants sur le système politique. Tout ceci sans compter le temps nécessaire pour confectionner un fichier électoral
et préparer tous les esprits à accepter un régime bâti sur la volonté du peuple et non plus sur la force des armes, d’une ethnie ou de la volonté extérieure. Mais il fallait que ces élections se tiennent. La soif pour les uns d’accéder sans délai au pouvoir et pour les autres aux ressources de la Guinée, a fait qu’on a mis la charrue avant les bœufs, et hop, on est parti aux élections comme des dératés.
Ce qui arrive aujourd’hui ne peut étonner ni les candidats qui n’en avaient que pour la tenue de cette élection, ni la communauté internationale, maîtresse d’œuvre de ce scrutin à la hussarde. Certes, le second tour révèle des difficultés mais il faut faire avec, s’activer à faire redémarrer la machine sinon, on risque de donner le sentiment qu’on va à l’encontre du suffrage populaire, surtout que ce premier tour a été félicité par tout le monde.
Ce n’est qu’après coup que le mécontentement s’est organisé, allant jusqu’à vouloir changer les règle du jeu entre les deux tours. C’est ça le véritable danger qui risque de faire exploser la Guinée si on n’y prend garde.
On comprend qu’aujourd’hui, Alpha Condé, qui est en très mauvaise posture, soit dans la situation de celui qui voit tout son monde s’écrouler après avoir consacré autant d’années à dénoncer un régime politique. Il a mis sa vie en danger, connu la prison pour l’avènement de la démocratie et ne peut qu’être meurtri dans l’âme de voir que le peuple semble lui préférer un autre, et qui plus est, se trouve être le pur produit de l’ancien régime.
Pour éviter que les lendemains du second tour ne conduisent à l’irréparable, on pourrait imaginer une Facilitation dans la Facilitation. La grande, c’est celle qui a trait à la Guinée, à la sortie de crise définitive dans ce pays, par l’organisation des élections. La petite, c’est celle qui vient en soutien à la première et qui intéresse tout particulièrement le perdant à la prochaine élection. Voyons comment résoudre ce problème.
Une des solutions pourrait être de négocier une place pour le perdant, quel qu’il soit, à la tête de la Francophonie ou de la CEDEAO. A la Francophonie, cela aurait pour intérêt de mettre fin à l’enracinement contesté d’Abdou Diouf et d’empêcher une guerre épique qui interpelle le Genre. A la CEDEAO, ça éviterait d’envenimer les relations entre le Sénégal et le Burkina, et le Facilitateur, grand seigneur, qui accepterait de retirer la candidature de son pays pur l’intérêt de la paix, de la démocratie et du développement en Guinée, mettrait son vis-à-vis sénégalais dans la difficulté de faire moins. Et puis, Diable ! Pourquoi faut-il que ce soit toujours les anciens présidents, les anciens premiers ministres qui aient droit à ces strapontins ? Ici, le Facilitateur qui a si bonne presse au plan international, pourrait œuvrer à l’adoption de cette cote mal taillée dans l’intérêt de la Guinée et de la sous région. La communauté internationale elle-même, pour ne pas se retrouver accusée, au cas où la colère des Guinéens éclaterait devant une entourloupe électorale, gagnerait à appuyer cette idée.
Evidemment, cette formule n’empêche pas de recourir à la solution « tarte à la crème » du gouvernement d’union nationale pour calmer les aigreurs des militants du camp qui aura perdu et qui éprouveraient de la rancœur de voir leur leader, servi, et eux totalement abandonnés sur les bas côtés.
En tout état de cause, le vin est tiré, il faut le boire et le Général Sékouba Konaté, soit dit en passant, qui a tenu un langage de fermeté sur la date du second tour, semble jouer pour sa part, sa partition jusqu’au bout.
Sachons compter sur les capacités de persuasion du Facilitateur qui va recevoir les finalistes de la présidentielle guinéenne cette semaine pour sortir de son chapeau une solution qui préserve la paix et toutes les chances à la démocratie naissante en Guinée.