Mise à jour le 29/08/2010



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San Finna N°580 du 30 Août au 05 Septembre 2010
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"


POINT DE VUE

NON, LA REVOLUTION AU FASO N’EST PAS VENUE ARRETER
UNE GUERRE CIVILE

La récente sortie de monsieur Mahamadi Kouanda sur le rôle de la Révolution dans la stabilité actuelle de notre pays n’a pas du tout été du goût de tout le monde, et c’est le moins que l’on puisse dire. Depuis Nouna où il réside, monsieur Bakary Traoré a tenu à réagir. Lisez son point de vue.

« C’est Jo Oueder (Joseph Ouedraogo, NDLR) qui a été  parmi les acteurs qui ont plus ou moins poussé à la Révolution. Lorsque Saye Zerbo a pris le pouvoir, il n’a pas manqué de faire des discours du genre : «Vous les jeunes militaires-là, je ne vous comprends pas, un Samo nous a dirigé près de 14 ans et voilà un autre qui est là ! Ce n’est pas normal : donc vous les jeunes, vous devez vous révolter ». Ainsi est née l’idée de la Révolution. La révolution en tant que telle, n’a pas renversé Saye Zerbo. C’est le colonel Guébré Fidèle et ses hommes qui l’ont fait. Et après trois jours de tractations, le comité a décidé de choisir le médecin-commandant Jean Baptiste Ouédraogo au regard de son profil mi-civil, mi-militaire. Lorsqu’il fut président, il voulut instituer une constitution dans laquelle il était interdit aux militaires de faire de la politique sous réserve de démission. A mon avis, c’est ce qui justifie son départ.

Sankara arrivait ainsi avec sa révolution, mais il n’avait pas tenu compte d’un certain nombre de choses négatives. Par exemple les CDR (comité de défense de la Révolution, NDLR) : ceux-ci du plus petit au plus grand étaient tous armés, ils avaient même des grenades qu’ils ramenaient chez eux à la maison. Tout en regrettant de façon ferme le sang versé, il faut saluer le courage de ceux les plus sincères qui ont eu l’initiative de rectifier la marche prise par le pays à cette époque.

Avec Lamizana, nous avons eu l’occasion en son temps de faire une rencontre avec Sankara au cours de laquelle celui-ci voulait ignorer ce que ses devanciers ont fait pour ce pays. C’est là que nous lui avons rétorqué que si ces derniers n’avaient pas été là, il ne serait pas à la place où il était. Mieux, nous avons même ajouté qu’au regard de sa jeunesse, il avait tout intérêt à se faire entourer par ses aînés nécessairement plus expérimentés que lui. Je n’ai pas hésité à lui donner un exemple. Sa jeunesse n’inspirait pas du sérieux dans sa démarche. En Chine à l’époque, le plus jeune du Bureau du parti unique avait 50 ans. Comme quoi en plus des idées, il faut l’expérience.
Et cette jeunesse de Sankara n’a pas manqué d’être relevée. Il a bafoué nos coutumes, ridiculisé nos sages… Les TPR (Tribunaux populaires de la révolution, NDLR) constituaient le symbole même de l’arbitraire où les lettres anonymes constituaient des preuves pour condamner. Et ces CDR étaient les maîtres. Dans les villages et cantons, il n’y avait plus de chefs, c’était eux les chefs. Or dans la tradition moaga par exemple, un fils de forgeron ne peut être chef. Eh bien, sous la révolution nous avons vu ça ! Dans les milieux urbains, on n’en avait que pour les CDR. Un petit problème ? On va à la permanence ! La gendarmerie, l’armée, la douane ne comptaient plus dans la vie de tous les jours, l’objectif premier c’était d’avoir un ami CDR : c’était à la limite un laissez-passer.

Même dans les hôpitaux, des docteurs se sont vus humilier,  pire, se sont faits renvoyer simplement parce qu’ils ont fait des observations à des infirmiers CDR. Tenez-vous bien, il n’y avait pas d’indemnités, encore moins de dédommagement quand vous étiez dégagés (NDLR : licenciés).

Il faut donc que Mahamadi Kouanda rectifie sa phrase car ce n’est pas vrai que si le pays n’avait pas connu la révolution, il serait tombé dans une guerre. C’est à mon avis le contraire : si la révolution avait duré plus longtemps, c’aurait été la guerre civile. En détenant les chefs, en transgressant nos coutumes, en instituant l’arbitraire comme justice, les gens auraient fini par se révolter.

Si aujourd’hui, on parle de bande de braqueurs armés, vous pensez bien qu’il y a parmi ces armes, de nombreuses qui nous viennent de la révolution puisqu’à cette époque, on en a distribué comme des petits pains. Sankara était arrivé à un point de non retour, il avait même demandé à des officiers de l’armée de ne plus se faire garder par des militaires mais par des CDR. Quand même !

Pour conclure, je veux dire que Mahamadi Kouanda, qui est un homme de courage et de vérité, s’est trompé en tout cas cette fois-ci. La Révolution est venue barrer la route du retour à la démocratie ; c’est seulement quelques officiers et quelques intellectuels qui voulaient aller contre la tradition d’attachement à la démocratie des Burkinabé pour aller au communisme et c’est ça qui a tout gâté. Et si aujourd’hui, on a encore du mal à pratiquer la démocratie, c’est à cause des habitudes de régner dans l’arbitraire de cette époque ! »

Bakary Traoré
Instituteur à la retraite à Nouna


 






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