|
FAUT-IL,
OUI OU NON, COMME LE DEMANDE ME WADE,
SUPPRIMER LA FAO ?
On
savait que le président sénégalais
était remonté contre la FAO puisqu’il
ne tarissait pas de critiques à son endroit
depuis le cycle d’émeutes contre la
faim qui s’est emparé de bien de pays
dans le monde dont le Sénégal. Mais
on était loin de penser que l’adrénaline
monterait jusqu’à finir par une demande,
de la part d’un Président de la République,
de suppression de l’institution que dirige
le Sénégalais Jacques Diouf. Eh bien,
depuis le 04 mai 2008, c’est fait : Wade l’a
demandé lors d’une intervention télévisée.
Coup de tonnerre dans le ciel sénégalais,
africain mais aussi du monde des ONG et du Système
des Nations Unies. Pour avoir fait fort médiatiquement,
il l’a fait ! En attestent ces deux opinions
contradictoires qui, depuis, se déchaînent
: celle qui estime qu’il serait tout à
fait suicidaire de supprimer la FAO et celle qui
pense que ce serait salvateur. Deux sons de cloche.
|
|
CE SERAIT SUICIDAIRE DE SUPPRIMER LA FAO
De
tout temps, les hommes, surtout lorsqu’ils
sont à la tête d’Etat, ont cherché
des faux fuyants pour dévier l’attention
des populations sur leurs carences de gestion et
autres difficultés de gouvernance, et quand
on se trouve en période de crise, cette tendance
peut aller très loin, jusqu’à
la solution de la guerre. On n’en est pas
là au Sénégal mais la crise,
avec les émeutes qui en découlent,
a amené le président Wade à
trouver dans la FAO, le bouc émissaire idéal.
C’est l’histoire, version « wadienne
» de l’étranger de l’humoriste
Fernand Raynaud qui enlève le pain de la
bouche des Français. Oui, si au Sénégal,
il y a la faim, c’est parce que la FAO se
sucre sur les fonds qu’elle récolte,
saupoudre à gauche et à droite, ne
laissant que des miettes aux Sénégalais
: «"La situation actuelle est largement
son échec et les cris d'orfraie n'y feront
rien. Cette institution aux activités dupliquées
par d'autres, apparemment plus efficaces (...),
est un gouffre d'argent largement dépensé
en fonctionnement pour très peu d'opérations
efficaces sur le terrain", a expliqué
le président sénégalais pour
qui, il faut « quitter dans ça ! »,
s’orienter vers des investissements innovants,
rompre avec la politique du « Food »
qui est un euphémisme pour désigner
l’aumône et aller vers celle du «
Help to stand up » qui est l’aide à
l’auto assistance. En fait, nous avons affaire
là à la plus pure démagogie
et dès le mois d’avril 2008, le DG
de la FAO n’a pas manqué, au sujet
des critiques qui se faisaient déjà
fortes de la part de Abdoulaye Wade, de relever
tous les secteurs dans lesquels la FAO intervient
de façon concrète en Afrique et qui
dépassent le simple cadre de l’aumône
pour s’attacher au développement direct
du secteur agricole, à la fourniture d’intrants,
de semences… Il a aussi, pièces à
l’appui, montré combien l’organisation
aidait les gouvernants à préparer
des stratégies pour l’augmentation
de la production et de la productivité agricole.
Pour le patron de la FAO, «ce n’est
pas à s’attaquant à la FAO et
aux Ong qu’on va régler les problèmes
du Sénégal. Et c’est étonnant
que de tous les 190 chefs d’Etat, il n’y
a que lui qui ait tenu de tels propos ». Surtout
que, selon lui, les véritables causes de
la crise alimentaire se trouvent, en ce qui concerne
notamment le Sénégal, dans l’insuffisance
des investissements dans les routes rurales, pour
« l’acquisition de moyens de stockage
des produits agricoles », dans l’absence
de « réflexion poussée sur les
moyens de pénétrer les marchés
dans le monde » comme dans la faiblesse de
la « politique de maîtrise de l’environnement
économico-fiscal »… Quand on
sait que la FAO a déjà alloué
depuis décembre 2007, où elle a lancé
l’initiative pour lutter contre la flambée
des prix, 17 millions de dollars, on mesurera qu’elle
n’est pas là pour bailler aux corneilles.
Et ce n’est pas le moment de décourager
les initiatives individuelles ou institutionnelles
et chercher des poux sur des crânes rasés,
comme on dit. La FAO a le mérite d’exister
; on peut chercher à corriger des erreurs
dans son fonctionnement mais ce serait grave de
jeter le bébé avec l’eau du
bain !
TOMI.
|
CE
SERAIT SALUTAIRE DE SUPPRIMER LA FAO
On peut ne pas être
d’accord avec le président Wade mais
quand le lièvre court vite, il faut le reconnaître.
En demandant avec courage la suppression de la FAO,
il a dit tout haut ce que des milliards de pauvres
pensent tout bas de par le monde. Il a d’abord
mis en cause cette politique d’assistance
dans laquelle se sont spécialisées
certaines institutions et une flopée d’ONG.
C’est un marché porteur qui attire
les margoulins de la pire espèce dont le
seul but, c’est de se faire de la «
thune » en exploitant la misère du
monde et principalement de l’Afrique. Il suffit
de se renseigner sur les super salaires et autres
avantages dont bénéficient tous ceux
qui travaillent dans ces structures, les commissions
prélevées, les détournements
effectués… pour se rendre compte qu’on
a affaire à une vaste escroquerie dont le
Tribunal pénal international gagnerait à
s’occuper. Il a également souligné,
en justification à sa demande, un argument
logique et qui, pour cela, fait mouche : les structures
qui font doublon sont inefficaces et encore plus,
budgétivores. Il y a une multitude d’institutions
relevant souvent du système des Nations Unies
qui s’occupent des mêmes choses : la
FAO a réclamé 1,7 millions de dollars
US pour une initiative d’urgence de distribution
de semences et d’engrais alors que de son
côté, le Fonds international de développement
agricole (FIDA), institution de l’ONU également,
promettait 200 millions de dollars US pour des cultivateurs
pauvres des pays les plus touchés. Voilà
effectivement qui montre que la FAO est larguée
et qui conseille une rationalisation des institutions
du genre par leur fusion ou regroupement. La sortie
du président Wade devrait être examinée
par les différents Etats africains à
un moment où il est question, au-delà
des investissements innovants dans l’agriculture,
de refondation de politique agricole, de révolution
dans les modes vestimentaires, alimentaires, etc.
Du reste et s’agissant en particulier de la
FAO, la chronique a plusieurs fois fait état
de ses gestions qui laissent à désirer.
C’est donc une porte ouverte que le président
sénégalais enfonce, et la suppression
de la FAO pourrait être un mouvement déclencheur
qui permette de mettre de l’ordre dans les
structures d’aide. On a en effet trop souvent
vite fait d’accuser les détournements,
la mal gouvernance dans les pays bénéficiaires
alors que ces faits existent aussi au niveau des
pays et institutions donataires. Pas pour rien que
des experts européens et africains ont joint
leur voix aux critiques du numéro un sénégalais
: "La FAO est devenue un lourd appareil qui
a trop élargi ses prérogatives. Elle
doit se concentrer sur son rôle central qui
est la garantie alimentaire, sinon elle pourrait
devenir superflue", a déclaré
à l'AFP un expert de l'ONG allemande Welthungerhilfe
(Aide mondiale contre la faim), Rafael Schneider.
"Je suis aussi très sceptique et de
plus en plus critique de l'action d'institutions
telles que la FAO. Elles ne sont absolument pas
efficaces sur le terrain", a pour sa part estimé
le Camerounais Bernard Njonga, président
de l'ONG Association citoyenne de défense
des intérêts collectifs (Acdic). Qu’y
a-t-il à rajouter ?
TOZI.
|