L’AMBASSADEUR DE FRANCE A-T-IL BIEN FAIT OU NON
DE REAGIR AU SUJET DE L’ARTICLE 37 ?
Interrogé par Sidwaya dans un entretien publié le 14 juillet dernier sur la question sensible de l’article 37 de notre loi fondamentale qui règle la question de la durée du mandat à deux exercices, l’Ambassadeur de France, Mr François Goldblatt, a dit ceci : « C’est un thème qui a suscité beaucoup d’émotions, beaucoup de passes d’armes, quoiqu’un petit peu moins ces derniers mois. Je crois que le sujet a surgi en juillet 2009, donc ça fait un an aujourd’hui. J’ai eu l’impression qu’il y avait une pointe de tension entre majorité et opposition entre le mois de novembre et le mois de mars dernier, et je me suis parfois demandé si cette tension était inévitable, ou bien si on n’aurait pas pu l’éviter, sans forcément aboutir à un consensus. On ne peut pas demander à des gens qui sont en désaccord sur un sujet important comme celui-là de tomber forcément d’accord. Mais peut-être y aurait-il eu des modalités pour ce débat qui auraient permis d’avoir plus de sentiments pacifiques dans l’expression. On a parfois eu l’impression d’assister à un concours de virilité réciproque entre partisans et adversaires de la réforme. Ce que je peux dire, c’est que c’est juridiquement possible. A partir de là, si le gouvernement souhaite mettre en œuvre cette réforme, il le peut juridiquement. La seule chose que nous pouvons dire, et éventuellement suggérer, c’est que la façon dont cette réforme est introduite, induise le moins de tensions possibles dans la société burkinabè. C’est une question de présentation, c’est une question de timing aussi. Je crois que les autorités ont tous les moyens d’apprécier de quelle façon et à quel moment introduire cette réforme, si elles souhaitent la présenter de la manière qui induira le moins d’angoisse dans le débat politique burkinabè ». Et hop ! La polémique est née. Pour certains, c’est le diplomate français qui lui-même conseille à Blaise Compaoré de déverrouiller l’article 37 aux fins de perpétuation au pouvoir. Pour d’autres, il n’ y a vraiment pas de quoi jeter l’ambassadeur aux orties parce qu’il n’a fait qu’émettre une vérité juridique. Deux sons de cloche. |
F. GOLDBLATT A DIT TOUT SIMPLEMENT CE QU’IL PENSE ET UNIQUEMENT SUR LE PLAN JURIDIQUE
François Goldblatt est victime de l’incohérence pour ne pas dire de la cécité politique de certains Burkinabé. Comment peut-on accepter de lui poser des questions sur les droits de l’homme, la démocratie, l’état de gouvernance du pays, ne pas hésiter à solliciter l’intervention financière de l’Hexagone dans tel ou tel domaine, et pousser des cris d’orfraie lorsqu’il donne son avis sur la révision de l’article 37 ? Si personne ne trouve à redire qu’il parle des droits de l’homme, donne son avis sur la démocratie, pourquoi ne pourrait-il en faire autant pour un article de la loi fondamentale ? Il ne devrait pas y avoir de sujet tabou ! D’autre part, qu’a-t-il dit qui soit contraire à la Constitution, à la vérité ? Personne ne pourra trouver la moindre critique à ce sujet. En effet, si notre loi fondamentale limite le mandat à deux exercices, elle n’interdit pas de revenir sur cette limitation notamment en y mettant fin. Et c’est ce qu’il a voulu faire comprendre aux Burkinabé. Il n’a nulle part donné un avis favorable ou négatif ; il a seulement dit ce qui était en reconnaissant le caractère sensible du sujet et en s’en remettant à la sagesse des Burkinabé pour trouver les voies et moyens de régler la question sans déranger les fondamentaux de la gouvernance nationale. Quand on observe cette espèce de Djihad qu’on veut provoquer contre le diplomate, on comprend ceux qui accusent nos leaders politiques, d’opinion et de médias, de voler bas dans l’argumentaire. Que l’Ambassadeur soit tranquille : ceux qui pensent cohérent au Faso sont plus nombreux que ceux qui cherchent la petite bête là où pourtant, tout le monde sait qu’elle ne s’y trouve pas !
TOMI |
L’AMBASSADEUR DE FRANCE S’EST IMMISCE DANS LES AFFAIRES INTERIEURES DU FASO
On ne peut pas interdire à des journalistes de poser des questions. A celui à qui la question est posée de savoir répondre ou non. François Goldblatt est un étranger, qui plus est diplomate d’un pays qu’on suspecte par ailleurs dans bien de cercles de travailler avec le régime en place dans le seul but de préserver les intérêts français. Dans ce contexte plutôt crispé de cette célébration en duo du Cinquantenaire à Paris entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique, la question de l’article 37 était plus que sensible. L’Ambassadeur le savait et il savait que l’opinion, sur le point, était très divisée. Il aurait dû esquisser la question, dire franchement qu’il ne voudrait pas, en y répondant, donner l’impression de s’occuper de ce qui ne le regarde pas ou jeter de l’huile sur le feu. S’il n’a pas pris ces précautions logiques et diplomatiques, c’est tout simplement parce qu’il n’est pas contre cette révision et qu’il voudrait bien le faire savoir à l’opinion nationale et internationale. D’ailleurs, il a minimisé la qualité de la mobilisation anti-déverrouillage en disant qu’elle a baissé d’intensité, n’étant pas au même niveau d’il y a un an. Il va même plus loin en comparant la lutte des Pour et Contre déverrouillage à des rodomontades, et pour tout dire, à un affrontement de fiers à bras. Ce n’est pas du tout respectueux pour les Burkinabé. C’est donc normal qu’il se retrouve plongé dans une arène dans laquelle il risque de prendre des coups et partant, d’écorner davantage l’image de son pays. Vraiment, ce n’était pas indiqué de faire une telle sortie qui nous replonge dans une ambiance françafricaine qui choque de plus en plus la conscience nationale et africaine en général. Qu’il s’attende à récolter ce qu’il a semé !
TOZI
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